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Billet de blog 29 sept. 2022

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En Lozère, l’État acte sa défaite dans la bataille pour la protection du loup

À Mende, le 26 septembre dernier, cent-quatre-vingts éleveurs déchargèrent leur ressentiment sur la place du Foirail : ils étaient las des attaques du loup sur leur cheptel. Faisant cas de leurs revendications, le Préfet céda et accorda le tir du loup en toutes circonstances. Par ce biais, l’État abjura une fois encore la mission qui lui est confié, à savoir faire cohabiter loups et pastoralisme.

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Les événements eurent lieu conjointement à la réunion du « comité grands prédateurs », instance de dialogue chargée d’appliquer, dans le département, la politique prévue par le Plan National d’Actions (PNA). L’épisode fut violent : certains se risquèrent à forcer l’accès de la salle, sans succès, les forces de l’ordre parvenant à les maintenir à l’extérieur à l’aide de gaz lacrymogène. Parmi les nombreux éleveurs présents, Hervé Boudon, président des Jeunes agriculteurs de la Lozère, soutint qu’il « faut tuer les loups, point ». Jean-François Maurin, président de la FDSEA, réclama la possibilité de « tirer sur le loup en toutes circonstances ». 

Une de la Lozère Nouvelle du 20 septembre 2022

Il n’est ici pas question de faire fi des importantes difficultés connues par l’élevage pastoral suite au retour naturel du loup, et agissant ainsi, de délégitimer la colère exprimée. Mais simplement de suggérer qu’une possibilité de cohabitation existe ; et que c’est à l’État de la consacrer.  

Le loup disparaît au début du XXème siècle du Gévaudan et dans les années 1930 de l’ensemble du territoire français. Il revient naturellement soixante ans plus tard d’Italie. Il s’installe d’abord dans les Alpes du Sud avant de s’étendre à l’ensemble de l’arc alpin. Le loup est repéré ponctuellement en Lozère à partir de 2005, puis se sédentarise et se reproduit à partir de 2014. Mais, en plus de vingt ans, l’État a-t-il anticipé la venue du prédateur, tel que le laissait présager l'évolution du front de colonisation ? 

Tout d’abord, la puissance publique n’a souhaité intervenir qu’en compensation — notamment financière — des attaques. C’est ici un point essentiel. Certes, son aide est vitale pour les agriculteurs en « zone à loups » ; mais l’État s’est toujours défilé lorsqu’il fallut tenir une position d’agissant. En effet : a-t-il créé, ou s’emploie-t-il à étendre un système d’aide humaine au berger comme l’a fait la Pastorale Pyrénéenne en zone à ours ? Se saisit-il de la mission de formation des éleveurs et bergers à la mise en place des chiens de protection comme poursuivie par l’Institut de l’Élevage ? Finance-t-il la pose de clôtures sérieuses pour les éleveurs non-transhumants comme le propose FERUS ? L’immobilisme ; c’est là qu’est la bévue de l’État. 

Et voici donc, qu’au jour où le loup s’étend progressivement sur notre territoire, les décideurs politiques restent atones pour défendre les exploitations qui auront à connaître la présence du prédateur dans les années à venir. Ainsi, en Limousin, une région qui ne connaît pas encore la présence de meutes établies, le GHML (Groupe Mammalogique et Herpétologique Limousin) vient déjà en appui des éleveurs locaux en leur proposant une aide au gardiennage. Il y a quelques années, la Lozère était dans ce cas. Aujourd’hui, le ras-le-bol s’y exprime : aucune partie ne saurait y trouver satisfaction. 

Les raisons de cette sclérose sont politiques. Généraliser ces aides reviendrait pour les lobbies agricoles à admettre explicitement la présence à long terme du loup. Or, cela est déjà le cas implicitement en raison de la protection juridique que trouve l’espèce dans notre pays. 

Mais, au lieu d’insuffler un élan en ce sens, le préfet préfère autoriser le « tir de prélèvement ». Ce tir permet à une équipe autorisée de tirer le loup en toutes circonstances. En Lozère, seuls les « tirs de défense » étaient autorisés ; ils consistent à tirer le loup lorsqu’il est en phase d’attaque. Ce dispositif est évidemment à privilégier, d’autant plus lorsqu’il s’agit de supprimer les loups qui « attaquent les animaux de la ferme » comme l’a clamé le préfet devant les manifestants. L’autorisation du tir de prélèvement ne sert qu’à acheter la paix sociale, les éleveurs le réclamant. Si le préfet autorise par arrêté la destruction du loup par tir de prélèvement, le département sera le seul en France à procéder de la sorte. Aucun loup n’a été abattu de la sorte en France en 2021 ; pas même dans les départements alpins où la pression du prédateur est autrement plus forte. La promesse du préfet n’a donc aucun sens.

En aucun cas, ce tir ne constitue une solution de long terme. Celle-ci ne réside que dans le triptyque chiens de protections / présence humaine renforcée / protection des pâtures. Le tir ne peut venir se greffer ponctuellement, il ne constitue pas une réponse de fond. 

Le cas de la Lozère est donc symptomatique des erreurs politiques qui minent la possibilité d’une cohabitation saine. D’une part, les éleveurs sont légitimement en colère en raison des attaques nombreuses sur le cheptel ; ils s’organisent et trouvent d’eux-mêmes des réponses. D’autre part, le monde naturaliste milite pour la protection du loup et va, lui aussi, jusqu’à proposer des solutions concrètes. Entre ces deux mondes trop souvent opposés, l’État fait un pas en arrière et esquive ses responsabilités. Le projet commun des mondes agricoles et naturalistes doit donc consister à soumettre le monde politique à ses devoirs. La situation ne s’assainira que par ce biais.  

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