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Billet de blog 6 nov. 2010

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Un dandy en Arizona : Giant Sand "Blurry blue mountain"

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"Giant Sand is a mood". De la bouche même de Howe Gelb, Giant Sand n'est plus tout à fait un groupe, même s'il fête avec ce nouveau disque ses 25 ans d'existence (prélude à la réédition d'une bonne trentaine (!) d'albums) : c'est un état d'esprit, une ambiance de saloon classieusement cool et relâchée que Howe peut déclencher où et avec qui bon lui semble, aussi insaisissable que le cow-boy fantôme Eastwood à la fin d'un western.
Désinvolte avec style, Howe Gelb est le Monsieur Loyal qui décide de la couleur des compositions. Prière de lui fournir un accompagnement pas trop envahissant, le plus souvent en sourdine, aux balais : il peut alors baguenauder librement, casant un petit solo de guitare traficotée par ici, quelques accords de piano cubain par-là, dans une pose de dilettante musicalement surdoué. Il arrive que cet art de la digression rêveuse paraisse un peu gratuit, soumis à d'épisodiques moments de grâce : la majeure partie de "Blurry blue mountain" passe ainsi, sans que l'on puisse en saisir autre chose qu'un reflet, une sensation passagère loin d'être désagréable mais très éphémère. Gelb use et abuse de sa voix grave et sexy (Leonard Cohen, Tom Waits dans les moments les plus narratifs), notamment sur deux duos ("Love a loser" avec Lorna Kelley, "Lucky star love"). C'est une vieille habitude, on se rappelle l'excellent disque sous le nom de OP8 avec Lisa Germano ("Slush", 1997). Il n'hésite pas non plus à recharger son fusil avec une vieille cartouche pas rouillée du tout : "Thin line man", placée en milieu de parcours comme une stèle en hommage au passé, est aussi mordante qu'en 1986 – un one-shot au milieu de paysages parfois à peine esquissés.
Howe Gelb n'a pas son pareil pour mélanger très musicalement, avec un royal détachement parfois ironique ("Love a loser"), le rock'n roll des origines, le registre crooner, un toucher jazz (le piano de "Time flies"), balades à la Gershwin et une raideur électrique issue des eighties (Gun Club... et déjà Giant Sand !) de plus en plus discrète ("Better man than me"). Giant Sand sonne aujourd'hui plus "lounge" (avec les guillemets de rigueur !) que le style country alternatif des débuts dont Gelb est historiquement le parrain. Malgré l'occasion rêvée d'une date anniversaire, "Blurry blue moutain" n'est pas un nouveau départ : plutôt un nouveau mirage que nous propose ce dandy d'Arizona qui semble avoir oublié ce que c'est qu'un horizon.


Giant Sand

Blurry blue mountain

Une chronique SEFRONIA de Jérôme Fiori
Folk Note 7.5
2010
Un CD Fire

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