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Billet de blog 11 juil. 2013

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Solennel et intime : The National "Trouble will find me"

Moins de trois ans après l'ennuyeux "High violet", The National remet en jeu son statut de groupe le plus influent de la scène rock indépendante new-yorkaise. Ce relatif manque d'attente, au vu des standards actuels, prend un peu par surprise : c'est tant mieux, car "Trouble will find me" pourrait bien être le classique de The National.

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Moins de trois ans après l'ennuyeux "High violet", The National remet en jeu son statut de groupe le plus influent de la scène rock indépendante new-yorkaise. Ce relatif manque d'attente, au vu des standards actuels, prend un peu par surprise : c'est tant mieux, car "Trouble will find me" pourrait bien être le classique de The National.


Depuis "Boxer" (2007), le groupe a indéniablement trouvé un son très personnel, grave et dense, qui arrive à pleine maturité aujourd'hui. Ramassé sur lui-même, bien campé sur ses fondamentaux rock (guitare - basse - batterie), le groupe décroche ses coups tout en protégeant la voix de Matt Berninger derrière une défense infranchissable : comme le précédent "High violet", "Trouble will find me" déclare un état d'urgence qui ne se traduit pas par une surexposition de riffs tape-à-l'œil, mais plutôt par la construction méthodique d'un mur du son à la fois massif et doux comme du velours. The National préfèrerait-il la défense à l'attaque ?
En règle générale, on fuit les groupes trop conscients de leurs effets, ou qui pris au piège de leur propre image se retrouvent à sonoriser de très chics défilés de mode ; pourtant ici, l'effet de signature joue à plein régime - on retrouve les rythmiques toutes en roulements ("Demons", "Graceless"), avec le côté martial d'un Joy Division pop ("This is the last time") et la recherche de climax (l'épique "Sea of love"). On a l'impression que la voix de Matt Berninger n'a jamais été plus centrale dans le schéma tactique de The National, et bien que le moral soit dans les cordes, il habille son angoisse existentielle de mots qui percent la grisaille et s'impriment dans la mémoire. Un groupe banal accentuerait l'effet anxiogène de la musique pour coller à l'humeur poisseuse de son chanteur : ici au contraire, les guitares ont un son chaud, enveloppant (le picking électrique sur "I need my girl"). Berninger balaie un spectre d'interprétations qui va de la voix très grave ("Demons") à un lyrisme geignard ("Heavenfaced", Bono sors de ce corps !) en passant par la réussite intermédiaire de "Pink rabbits" et son piano gorgé d'écho.
"Trouble will find me" est à la fois solennel et intime, une grosse machine émotive : ses contrastes finalement assez marqués se révèleront à l'auditeur prêt à s'immerger dans un disque à combustion lente.

The National       Trouble will find me      

2013

Pop Rock       Note 9.0

Un CD Beggars Banquet > 4AD

Une chronique SEFRONIA de Jérôme Fiori

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