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Billet de blog 13 août 2021

Pour se sentir vivants !! Ceramic Dog "Hope"

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Le trio Ceramic Dog est une centrifugeuse gloutonne qui absorbe tous les styles et les recrache tout concassés, emboîtés dans des constructions surprenantes jusqu’à l’absurde, le bruitisme ou la pure poésie. Malgré des conditions particulières d’enregistrement au printemps 2020 nécessaires pour préserver les poumons du bassiste, l’ADN du trio est intact : le vétéran Marc Ribot (guitares) 67 ans, Shahzad Ismaily (basse, électronique) et Ches Smith (batterie) sont une implacable machine à groover, qui fait son miel de toutes les musiques urbaines et mal peignées – funk, rock, hip-hop, punk et bien sûr jazz pour leur talent à jouer vraiment ensemble, improviser, inventer de nouvelles voies. Ribot y trouve un débouché incandescent à ses penchants dadaïstes pour la déconstruction depuis "Rootless cosmopolitans" (1990).
Le précédent "YRU still here ?" (2018) puisait son énergie dans le début du mandat de Donald Trump. La plume acerbe de Ribot trouve à s’exprimer avec "B flat ontology" et "The activist", dont sept minutes d’un rythme absolument infectieux suffisent à peine pour dégoiser son ras-le-bol des activistes de salon. "Wanna" est construit autour de la répétition d’un riff à la Keith Richards (The Rolling Stones) un peu naïf et distordu, qui glisse vers une sortie de route à la juvénilité libératrice. "Nickelodeon" est un mix dansant de funk, reggae et hip-hop alors que "Bertha the cool" est l’occasion d’un solo made in Ribot aux airs de Carlos Santana. Sur "They met in the middle", le saxophoniste Darius Jones éventre furieusement son instrument à la James Chance dans un style no wave (mouvement new-yorkais que Ribot a bien connu) : c’est un peu épuisant mais deux longs titres instrumentaux "The long goodbye" et "Maple leaf  rage" prennent leur temps pour s’éveiller, s’agiter bruyamment et s’apaiser. "Maple leaf rage", sorte de thème ralenti, étiré et découpé, retourne à un quasi silence. Le disque se clôt avec "Wear your love like heaven”, une reprise de Donovan (1967) dont la mélodie n’a rien à voir avec l’original : c’est plutôt le texte qui est mis en sons, faisant la part belle à son beau nuancier de couleurs. Ce n’est d’ailleurs pas la seule référence au barde anglais : l’ensemble des compositions enregistrées lors des sessions de "Hope" ne rentrant pas sur un seul Cd, Ceramic dog a publié via son Bandcamp en octobre dernier un EP de six titres, le bouillant "What I did on my long ‘vacation’". On y entend une référence à la chanson "Season of the witch" (1966) sur le ravageur "Hippies are not nice anymore".

"Hope" est un disque cyclothymique qui fabrique son propre carburant à partir d’un mélange très contemporain de frustration, de rage et d’euphorie : des émotions qui font se sentir vivant.

Ceramic Dog  Hope          France Etats-Unis Pakistan   2021

Pop Rock    Note 8.5       Un CD Enja / Import

Une chronique SEFRONIA de  Jérôme Florio

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