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Billet de blog 25 févr. 2013

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Radical et souverain : Scott Walker "Bish Bosch"

Il est loin le temps où l'écoute d'un disque de Scott Walker prenait à la gorge d'émotion - qui peut rester insensible à "Boy Child" ("Scott 4", 1969) joué à un volume suffisant ? Aujourd'hui, l'effet est diamétralement opposé : "Bisch Bosch" serait plutôt du genre à serrer les boyaux et faire courir au petit coin. Ca soulage, me direz-vous.

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Il est loin le temps où l'écoute d'un disque de Scott Walker prenait à la gorge d'émotion - qui peut rester insensible à "Boy Child" ("Scott 4", 1969) joué à un volume suffisant ? Aujourd'hui, l'effet est diamétralement opposé : "Bisch Bosch" serait plutôt du genre à serrer les boyaux et faire courir au petit coin. Ca soulage, me direz-vous.


Scott Walker est vraiment peu aimable. En quarante ans, il est passé de la séduction (années 60) à la glaciation ("Climate of hunter" en 1984, "Tilt" en 1995), et finalement à l'agression ("The drift" en 2008 et le présent "Bisch Bosch"). Il y aurait de quoi faire une thèse – ce dont certains ne se privent pas – sur les liens de plus en plus visibles entre la musique contemporaine et celle de Walker. Cela n'est pourtant pas récent : citons comme exemple les aplats de cordes presque atonales de "Such a small love" ("Scott", 1967). Cette inclinaison se double maintenant d'un rapport à l'histoire du rock : "Jesse", le frère jumeau mort-né d'Elvis (sur "The drift") ; et à l'histoire de l'art plus de manière plus vaste, puisque "Bisch Bosch" fait référence au peintre flamand Jérôme Bosch (14e-15e siècles).
L'âge rend Scott de plus en plus radical, et peut-être plus libre qu'il ne l'a jamais été. Il refuse d'utiliser les instruments de manière mélodique, fait s'entrechoquer des sources sonores diverses (bruits corporels, guitares metal ou tranchantes, percussions, nappes de cordes) dont la collision produit un subtil et inconfortable mélange de trivialité et de beauté. Sur ce paysage mouvant, parfois aride et balayé par des vents contraires, la voix de Scott Walker, souveraine autant qu'intimidante, est le point d'ancrage sur lequel repose toute l'humanité du disque.
Tout cela s'écoute-t-il ? "Bisch Bosch" se révèle plus accessible que "The drift" (que nous avons surnoté à l'époque), qui prend la poussière sur l'étagère et nous lance des regards mauvais (on n'ira pas le déranger). On dira même que c'est un beau disque.


Scott Walker       Bish Bosch

2012

Pop Rock          Note 10.0

Un CD 4AD Beggars Banquet 

Une chronique SEFRONIA de Jérôme Fiori

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