Sanctions suicidaires pour l'UE. La Russie efface le South Stream

2.12.14 - A qui feront mal les sanctions voulues par les USA et avalisées - avec des limitations - par l'Union Européenne contre la Russie ? Plus à l'Europe qu'à la Russie, a-t-on envie de dire.

Sanzioni suicide per la Ue. La Russia cancella il South Stream 

Le pourquoi est assez clair : l'Europe dépend des importations de gaz et pétrole pour faire face à son besoin énergétique, tandis que la Russie - qui dépend certainement des exportations de ces matières premières - peut choisir parmi plusieurs clients possibles. Tout d'abord la Chine, avec laquelle elle a conclu des accords pour 400 milliards de dollars.

 

L'Europe n'a pas beaucoup de fournisseurs alternatifs. En acceptant la stratégie étatsunienne elle a d'abord éliminé et puis récupéré avec une grande lenteur un exportateur comme l'Iraq. Les sanctions USA rendent l'approvisionnement depuis l'Iran faible et risqué. La Libye a été neutralisée - en tant que producteur et exportateur - par l'autonome initiative franco-anglaise ; une fois Kadhafi éliminé, de là n'arrive presque rien, surtout on ne peut pas planifier des réapprovisionnements futurs sûrs.

 

L'Arabie Saoudite et l'Algérie envoient ici beaucoup de leur production, mais ne peuvent couvrir à elles seules la demande potentielle d'un système industriel intégré et habité par un demi milliard de personnes.

 

Le mythe du gaz de schiste ou du pétrole de schiste étatsuniens est, justement, seulement un mythe. Les Etats Unis, en effet, n'ont jamais même pas commencé à construire des infrastructures portuaires (gazéificateurs, etc.) sur la côte orientale, qui seraient indispensables pour l'exportation vers l'Europe. Ni il semble logique que les USA exportent de l'énergie après tout le mal qu'ils se sont donnés pour récupérer une mineure dépendance des importations. Dans tous les cas, le bas prix du pétrole - plus de 40% en moins depuis juin à aujourd'hui - est en train de faire devenir anti-économique la technique d'extraction de la fracturation. Les prévisions les plus fiables parlent de faillites prochaines en série pour les sociétés engagées dans l'extraction du schiste, endettées pour des montants colossaux sur les marchés financiers et maintenant aux prises avec un prix qui ne couvre même pas les coûts industriels courants. 

 

Restait seulement la certitude russe. Et maintenant elle n'y est plus. A mettre une pierre tombale sur le gazoduc qui à partir de 2018 aurait du amener en Europe le gaz russe contournant l'Ukraine a été Vladimir Poutine en personne, hier, pendant qu'il était en visite en Turquie (pays qui aurait dû être traversé par le pipeline) : "Si l'Europe ne veut pas le réaliser, il ne sera pas réalisé". Alexej Miller, administrateur délégué de Gazprom a immédiatement assumé la décision : "Le projet est fini".

 

Pour comprendre combien pèse une décision de ce genre, généralement, on regarde les cotations de la bourse. Dans ces jours-ci le secteur énergétique est sous stress, avec des pertes généralisées pour toutes les sociétés pétrolières mondiales. Celle qui va mieux, et qui même n'a perdu presque rien (-1,5%), est justement la russe (et gouvernementale) Gazprom.

 

Pour l'Italie, en particulier, il s'agit d'une nouvelle doublement funeste. Nonobstant que l'Eni eusse déjà été, récemment, effacée du tracé prévu pour le South Stream, elle était restée quand même associée à 20% dans la coentreprise qui devait construire et gérer la conduite sous-marine dans la Mer Noire. Pour l'ex-filière Saipem on calcule la perte de presque deux milliards. Deuxièmement, il faudra repérer ailleurs toutes les fournitures comptabilisées - en futur - sur cette ligne. 

 

Poutine, séraphique, a expliqué que la Russie maintenant préfère "re-diriger ses ressources énergétiques vers d'autres régions du monde". En plus de la Chine, principal client futur et allié "de nécessité", la même Turquie aussi. Gazprom devrait construire avec la turque Botas un autre gazoduc équivalent comme portée au South Stream.

 

Vous êtes sanctionnés, couillons !

 

 

Rédaction Contropiano   

 

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