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Billet de blog 4 mai 2016

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Odessa : deuxième anniversaire du massacre nazi - par Fabrizio Poggi

"On comprend que le régime de Kiev fasse tout pour cacher la vérité sur cette tragédie. Mais il n'est absolument pas compréhensible que les États-Unis, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et d'autres pays, qui se disent civilisés et démocratiques, se taisent sur ce crime." (Nikolaï Azarov, ancien Premier ministre ukrainien)

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3 MAI 2016 - PAR FABRIZIO POGGI (Contropiano.org)

Illustration 1
Maison des syndicats, Odessa 2 mai 2014

Hier à Odessa, les provocations de Pravy Sektor, contre les activistes y compris internationaux (plus de 150 représentants d'organisations  européennes, américaines, canadiennes et asiatiques avaient annoncé leur présence) et les simples citoyens rassemblés à l'extérieur du Champ Kulikovo, n'ont pas manqué de contrer la commémoration des victimes du massacre de la Chambre des syndicats du 2 mai d'il y a deux ans. La zone autour de la Chambre des syndicats et le Champ Kulikovo a été fermée quelques jours à l'avance, gardée par la police. Une surveillance visiblement incomplète puisque dès le matin d'hier il a fallu procéder à la recherche de quelques dispositifs explosifs pour justifier l'encerclement de la zone avec plus de 3.000 agents de police et les unités spéciales anti-terrorisme "Alfa", épaulées par des centaines d'escadrons du bataillon néo-nazi " Azov ". Aucune bombe n'a été trouvée (trois bombes à main ont été trouvées à la place dans un passage souterrain à proximité), mais le cordon de police n'a pas été levé et les cinq mille personnes présentes lors de la commémoration ont déposé des bouquets de fleurs aux pieds des policiers, à l'extérieur du Champ Kulikovo.

Lors de la cérémonie, un manifestant âgé est mort, victime d'une crise cardiaque. Des témoins ont déclaré que les médecins sont arrivés sur les lieux plusieurs minutes après avoir été alertés, nonobstant la présence de nombreuses ambulances en service tout autour du lieu de la rencontre. La mémoire a été donc renvoyée à ce qui a été rapporté par des témoins de la tragédie de 2014, selon lesquels beaucoup d'infirmiers ce jour-là se félicitaient les uns les autres pour le sort de centaines de militants anti-maïdan, dont un nombre important furent  brûlés vifs à l'intérieur de la Chambre des syndicats, où ils avaient cherché refuge contre les assauts des escadrons de Pravy Sektor et de la soi-disant "auto-défense de Maïdan" venus de Kiev, avec des "fans" de l'équipe de football de Kharkov, qui avait marché dans un défilé  "pour l'unité de l'Ukraine". Sur le Champ Kulikovo, les "patriotes" commencèrent par détruire les tentes sous lesquelles se trouvaient les militants anti-maïdan pour réunir les signatures pour le référendum sur la fédéralisation de l'Ukraine et l'octroi au russe du statut de langue officielle ; accablés par les néo-nazis, ils cherchèrent refuge à l'intérieur de la Chambre des syndicats, mais y furent brûlés vifs, ou asphyxiés par la fumée ou moururent en sautant des fenêtres achevés à coups de pistolet aux cris bandériste de "Gloire à l'Ukraine", sous les yeux de la police.

Hier, des sources reprises par Tass, rapportaient que le nombre des morts du 2 mai 2014 pourrait avoir été supérieur à 115 et l'ancien Premier ministre ukrainien d'avant le putsch, Nikolaï Azarov, a écrit qu'il pourrait même avoir dépassé de dix fois le chiffre officiel divulgué à ce jour, de 48 personnes mortes, dont des femmes et un enfant. Azarov cite l'historien odessite Aleksey Ivakin, qui a publié les noms de 397 morts : "On comprend que le régime de Kiev fasse tout", dit Azarov, "pour cacher la vérité sur cette tragédie. Mais il n'est absolument pas compréhensible pourquoi les États-Unis, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et d'autres pays, qui se disent civilisés et démocratiques, se taisent sur ce crime."

Jusqu'à présent, personne n'a été arrêté pour le massacre, bien que des accusations ont été portées contre quelques sommets de la police d'Odessa ; par contre, des dizaines de militants anti-maïdan restent emprisonnés jusqu'à ce jour, d'autres sont en résidence surveillée, accusés de possession d'armes. Fondamentalement, les tribunaux ont établi que personne n'aurait mis le feu "intentionnellement" à la Chambre des syndicats : comme si les bouteilles Molotov lancées sur le bâtiment, au lieu de l'essence, contenaient du vrai cocktail exquis et que les flammes seraient attribuables (comme cela a été dit) au "fort vent" de ce jour-là qui les aurait poussées à l'intérieur du bâtiment, après que les  anti-maïdan avaient eux-mêmes allumé un feu. À la fin de 2015, le Groupe consultatif international créé par le Conseil de l'Europe a établi que les enquêtes menées par les autorités ukrainiennes n'ont pas obtenu de résultats substantiels, en raison des nombreux obstacles rencontrés au niveau politique. Étonnant aussi le silence du Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon : son porte-parole a déclaré n'avoir rien à ajouter au 'pilatesque' * "tristesse pour les victimes des affrontements" exprimé au lendemain du 2 mai 2014.

Entretemps hier aux journalistes il a été interdit de filmer le rassemblement, ainsi les seules images diffusées sont celles des  caméras des téléphones mobiles. À certains journalistes et militants étrangers il a même été interdit d'entrer dans le pays : c'est ce qui est arrivé au journaliste allemand Saadi Isakov, au polonais Tomash Matseychuk et à d'autres correspondants étrangers, bloqués à la frontière. Le premier avait été signalé pour avoir indiqué dans ses services l'actuel président de la Rada Andrei Parubi parmi les principaux responsables de la machination putschiste qui a conduit au massacre de la Maison des syndicats. Beaucoup de ceux qui étaient présents au rassemblement d'hier, portaient en effet des pancartes avec la photographie d'Andrei Parubi et le mot "assassin". À l'époque des faits, il était secrétaire du Conseil national de sécurité, après avoir tenu le rôle de "Commandant de l'Euro-maïdan" et chef de la soi-disant "Auto-défense de Maïdan" et il est désigné par beaucoup comme l'un des principaux responsables des événements du 2 mai 2014. À Tomash Matseychuk il a été interdit d'entrer en Ukraine pendant cinq ans, en tant que "menace pour la sécurité du pays"; Matseychuk a déclaré que le même sort pourrait échouer aux dizaines de journalistes européens et états-uniens dont l'arrivée est prévue en Ukraine pour aujourd'hui et pour les prochains jours.

Des rassemblements en mémoire du massacre d'Odessa se sont tenus dans de nombreuses villes russes et dans le Donbass.

Manquent pour l'instant les commentaires de la part des chefs de gouvernement, mis à part l'habituel gouverneur yankee-géorgien d'Odessa Mikhail Saakashvili, qui n'a pas manqué l'occasion de s'attribuer le mérite pour "l'absence d'incidents" d'hier, "malgré les plans de nos ennemis": après le 25 avril il avait déclaré avoir été chargé par le président Porochenko d'introduire à Odessa un millier d'hommes supplémentaires entre police et Garde nationale. Il paraît qu'ils aient été plus que suffisants pour permettre la provocation tentée par Pravy Sektor et arrêter le seul manifestant qui avait répondu à la provocation par quelques cris.

Digne du personnage par contre, le commentaire du (excusez-nous du  terme) député du Parti radical Igor Mosiychuk, ancien commandant adjoint du bataillon néo-nazi "Azov", qui a appelé à la création d'une "fête nationale" pour le 2 mai. "Il y a deux ans à Odessa ", a déclaré le nazi, les Ukrainiens "remportaient la première victoire dans l'actuelle  guerre de libération nationale. Non seulement nous sauvâmes Odessa de l'agression du monde russe, mais pour la première fois nous montrâmes les dents à l'agresseur. Le triomphe ukrainien à Odessa est devenu le début de la fin du monde russe." Le vœu d'un nazi peut peut-être aider l'ancien Premier ministre Azarov à comprendre "pourquoi les pays qui se disent civilisées et démocratiques, se taisent sur ce crime."

http://contropiano.org/news/internazionale-news/2016/05/03/odessa-secondo-anniversario-della-strage-nazista-078642

Cérémonie de commémoration de la tragédie du 2 mai 2014 à Odessa (Direct du 2.05.2016) © RT

https://www.youtube.com/watch?v=1jR39--GhiI

A voir un documentaire sous-titré en anglais sur le site de News Front à ce lien :

“SPLIT”: HOW UKRAINE PERISHED ON MAY 2

Published: 04 May 2016, 16:20

http://en.news-front.info/2016/05/04/split-how-ukraine-perished-on-may-2/

* Pilatesque est un néologisme (de Pilate), comment traduire autrement 's'en laver les mains' en adjectif ?

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