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Billet de blog 6 sept. 2014

Ukraine, trêve déjà violée et nerfs tendus

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M. Santopadre, Samedi 6 septembre 2014 - Les insurgés des Républiques Populaires ont déjà accusé ce matin l'armée de Kiev d'avoir violé le cessez-le-feu signé hier après-midi à Minsk. Un représentant du parlement de la République Populaire de Donetsk a dénoncé que des unités de l'armée ukrainienne et de la Garde Nationale ont bombardé la petite ville de Amvrosievka hier soir trois heures après la déclaration de cessation des combats. Et de nouveau ce matin les chars armés de Kiev ont tiré contre les miliciens à Faschevku.

Quelques heures plus tard le régime ukrainien aussi - pour ne pas être en reste - a accusé les séparatistes d'avoir lancé une dizaine de roquettes contre les positions de l'armée chassée ces derniers jours loin de Donetsk et de Lugansk.

D'ailleurs, avant que à Minsk les représentants des deux partie, après la conversation téléphonique entre Poutine et Porochenko, signassent les 12 points d'un accord qui prévoit aussi le contrôle international de la trêve et l'échange des prisonniers, les combats avaient été féroces, avec l'objectif - d'un côté comme de l'autre - de parvenir à une trêve tout en ayant conquis plus de territoire possible. En particulier les milices populaires, qui ressemblent de plus en plus à une vraie et propre armée régulière, ont donné l'assaut à Mariupol, sur la mer d'Azov, déjà encerclée dans les jours précédents ; jeudi les milices sont parvenues à pénétrer à l'intérieur d'un quartier périphérique de la ville côtière et de là sont nés des affrontements furieux qui ont coûté la vie à sept civils, y compris deux enfants, tandis que l'ennemi reprenait à bombarder Donetsk en tuant cinq civils. Le bilan officiel des 24 heures précédant le stop aux combats totalise aussi sept soldats de Kiev morts et 59 blessés. 

Mais les milices populaires revendiquent avoir détruit une colonne de blindés du bataillon punitif "Aydar" à quelques kilomètres de Mariupol, et dans les combats avec les paramilitaires de la Garde Nationale qui tentaient de rompre l'encerclement 20 parmi eux auraient perdu la vie.

Les troupes de Kiev en retraite de quelques localités de l'est du pays - même La Repubblica (quotidien italien) a été obligée de le raconter en publiant la correspondance d'un journaliste free-lance présent sur les lieux - se sont laissées aller à de nombreux crimes contre la population locale, considérée comme ennemie dans son ensemble.

© Fort Rus

 http://www.youtube.com/watch?v=t8DJLKr3XZ4

Puis est arrivée l'entente, imposée au président Porochenko par l'humiliation militaire infligée par les 'rebelles' à ses troupes et qui risquait de s'aggraver dans les prochains jours. L'oligarque qui s'est fait élire chef d'état le 25 mai dernier, au nom du nouveau climat théoriquement plus détendu, a affirmé être prêt à une non mieux précisée 'décentralisation' tout en concédant plus de droits linguistiques et culturels aux habitants des régions russophones. Mais Igor Plotnitsky, leader de la République Populaire de Lugansk, une des deux entités de la 'Nouvelle Russie', a déjà clarifié que la cessation des hostilités - en admettant que cela dure - n'implique ni le désarmement des milices populaires ni la lutte pour l'indépendance de Kiev.

En tout cas dans beaucoup de zones, depuis les deux côtés de la barricade, de nombreux soldats et miliciens se sont éloignés des lignes pour revenir dans leurs villes et l'échange des prisonniers de guerre a commencé (les insurgés en ont fait un millier, surtout dans les derniers jours, tandis que Kiev en vante environ 200) ainsi que le retour à leurs maisons d'une petite partie des 800.000 ukrainiens qui se sont enfouis en Russie des bombardements des troupes gouvernementales et des combats.

Théoriquement dans les prochains jours on devrait procéder au retrait du front d'autres troupes et de moyens lourds, et que des aides humanitaires devraient entrer à Lugansk et Donetsk avec la supervision soit de Kiev soit de Moscou. Un pas obligé mais aussi un revers pour le régime nationaliste monté au pouvoir avec le coup d'état de février qui a dû reconnaître les 'terroristes séparatistes' comme contre-partie, admettre que dans le pays est en cours une guerre civile, et appliquer les propositions russes sur la désescalade.

Des propositions qui à la fin ont été à la base du 'protocole préliminaire' concordé à Minsk en présence de la représentante OSCE Heidi Tagliavini, de l'ex président ukrainien Leonid Kuchma en tant que représentant de Kiev, des deux premiers ministres de Donetsk et de Lugansk Aleksander Zakharcenko et Igor Plotnitski, et de l'ambassadeur russe en Ukraine qui cependant n'a pas signé étant donné que Moscou n'a pas reconnu avoir été impliquée directement dans le conflit.

Un autre revers pour Porochenko et l'OTAN qui continuent d'insister hystériquement sur le fait que le renversement du front de deux semaines est le fruit d'une invasion de l'armée russe que personne cependant n'a documenté.

Pour sauver les apparences l'oligarque a pompeusement revendiqué que "ce processus de paix se fonde sur mon plan de paix, qui se fonde sur l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de mon Pays" mais les analystes, mêmes russes qui se hasardent à collaborer à cette version des faits sont peu nombreux.

Le premier ministre ukrainien Arseniy Iatseniuk, qui pendant les derniers jours avait conduit le parti des faucons contraires au cessez-le-feu, a quand même demandé que ce soient Washington et Bruxelles à contrôler la trêve parce que, il a dit, "Tous seuls avec la Russie nous n'y parviendrons pas, nous avons besoin de garanties". 

De la part de quelqu'un qui propose de construire des milliers de kilomètres de muraille électrifiée le long de la frontière entre l'Ukraine et la Russie c'est le minimum que l'on puisse s'attendre.

Le porte-parole du Conseil de Sécurité et de la Défense de Kiev, Andrij Lisenko, a de son côté dénoncé que la Russie soit en train de renforcer pendant ces heures son propre déploiement militaire en Crimée en vue d'une "invasion en grand style".

Même le chef de la Maison Blanche, qui avait déjà exprimé son scepticisme sur le cessez-le-feu, a répété que "les Etats Unis sont confiants mais sceptiques" sur la tenue de l'accord, ce qui signifie que Washington continuera à poursuivre par tous les moyens le soutien militaire et politique au régime nationaliste ukrainien et l'anéantissement militaire des insurgés de l'est.

De son côté M.me Merkel a été un peu plus magnanime, en affirmant que les nouvelles sanctions préparées par l'Union Européenne contre la Russie pourraient être suspendues si l'accord de Minsk tiendra. De toute façon la question du statut des territoires insurgés - de fait indépendants, ce qui est inacceptable pour les nationalistes ukrainiens - reste très épineuse et la campagne électorale qui mènera aux élections parlementaires du 26 octobre pourrait voir un affrontement féroce entre les différents oligarques en course justement à cause de ça. 

Et dans un pays où chaque tycoon jouit d'une milice armée personnelle il n'est pas dit que la provocation militaire visant à faire ré-exploser le conflit ne soit une des cartes à jouer pour qui souffle sur les braises du mur contre mur.

D'autre part Moscou aussi voit comme de la fumée dans les yeux la demande ukrainienne d'adhésion à l'Alliance Atlantique et l'arrivée dans le pays de milliers de soldats occidentaux pour les exercices prévus dans une dizaine de jours. Si l'Union Européenne veut freiner sur l'affrontement avec la Russie c'est justement sur ces deux questions qu'elle devrait empêcher les faucons de Washington - et leurs alliés de Londres, de l'Europé Orientale et quelqu'un dit aussi de Rome - d'aller tout droit sur leur chemin. 

Mais cela nous le comprendrons dans quelques jours. Pour l'instant, le président français Hollande a affirmé que, si le cessez-le-feu tient, Paris vendra à Moscou les navires de guerre de classe Mistral bloqués il y a quelques jours, tout en irritant considérablement la Maison Blanche.

Mais les provocations militaires déclenchées par l'OTAN et par l'Union Européenne aux frontières de la Russie ne sont pas une moindre chose et pourraient être un obstacle non indifférent à une éventuelle nécessité européenne de recoudre avec Moscou.

Ces jours-ci des centaines de soldats de l'OTAN sont déjà en train de participer à des exercices militaires dans les territoires de l'Allemagne, de la Pologne, de la Lettonie et de la Lituanie, et parmi eux il y a aussi 90 parachutistes de la Folgore. Pour ne pas parler des décisions du très récent sommet de Newport, à partir des 5 nouvelles bases permanentes en Europe Orientale qui violent le traité avec la Russie de 1997, la réalisation de Réaction Rapide en fonction explicitement anti-russe et l'augmentation des dépenses militaires.

L'OTAN a employé la crise ukrainienne "seulement comme prétexte pour mettre en acte des plans conçus depuis longtemps" et ce qui a été annoncé à propos des exercices conjoints de l'Alliance Atlantique en Ukraine ne fera qu' "accroître la tension" et "menacer les progrès du processus de paix", a tenu à déclarer le ministre des Affaires Etrangères de Moscou Sergej Lavrov.

La paix est sûrement lointaine. La guerre est-elle de plus en plus proche ?

Marco Santopadre 

http://contropiano.org/internazionale/item/26166-ucraina-tregua-gia-violata-e-nervi-tesi

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