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Billet de blog 7 févr. 2015

L'Otan veut l'affrontement militaire avec Moscou, l'Ue en alerte

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6.02.15 - Comme c'était prévisible, les 'apprentis sorciers' de l'impérialisme états-unien et de celui de l'Union européenne - à la remorque de Washington dans la déstabilisation de l'Ukraine et dans le coup d'état qui s'en est suivi - ont induit une escalade qui à ce qu'il paraît a produit non seulement une guerre civile qui a provoqué des dizaines de milliers de morts, mais qui risque maintenant d'impliquer directement des puissances militaires de niveau global qui jusqu'ici s'étaient confrontées par l'interposition d'une tierce personne.

A imposer une nouvelle impulsion à l'escalade, comme c'était arrivé jusqu'ici, de nouveau une initiative provocatrice des Etats Unis qui, face aux défaites militaires successives des troupes de Kiev, ont pensé biend'intervenir plus ou moins directement aux côtés du régime fantoche Porochenko-Yatseniuk. En correspondance de la visité de John Kerry à Kiev l'Otan a re-confirmé son propre interventionnisme dans le contexte ukrainien. L'enjeu, après que les militaires et les milices d'extrême droite maïdanistes avaient déjà reçu des fonds, des fournitures et des armes des Usa, de l'Otan et de quelques pays européens, aussi au moyen de triangulations, est l'envoi sur le territoire ukrainien de troupes occidentales et d'une grande quantité d'armes sophistiquées qui fasse revenir la balancier du côté de troupes démotivées et à la dérive.

Dans une intervention volontairement provocatrice, l'alliance atlantique a re-confirmé son intention d'utiliser dans ce théâtre là sa nouvelle version renforcée de la "force de réaction rapide" issue du sommet historique de Newport, forte de 5.000 hommes lourdement armés et qui devraient bientôt monter jusqu'à 30.000.

Après la réunion des ministres de la Défense des Pays membres à Bruxelles, le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a expliqué que cette spearhead ("pointe de lance") aura le soutien "des forces aériennes, maritimes et spéciales" mais surtout "sera prête à l'action en 48 heures" avec le support de l'aviation, la marine et les forces spéciales.

La nouveauté n'est pas seulement la confirmation du choix agressif stipulé au sommet du Galles, mais l'accélération d'un processus de militarisation du flanc est de l'Otan qui prévoit, a expliqué le secrétaire de l'Alliance Atlantique, d'installer "immédiatement" les premiers six groupes de commandement et de contrôle qui joueront le rôle de base logistique dans l'Est européen : en Lituanie, Lettonie, Estonie, Pologne, Bulgarie et Roumanie.

Dans l'ensemble la capacité de la Force "de réponse" de l'Otan, actuellement composée de 13.000 soldats sera renforcée avant 2016 "pour répondre à toutes les menaces, tout autant à l'est qu'au sud", Moyen Orient compris, et sera composée complexivement de 30.000 soldats. Les pays qui participeront à la force comme "framework nation", par roulement, sont la France, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne, l'Espagne et le Royaume Uni. Trois "nations cadre" auront la charge de coordonner l'action. Un pays, dit en "stand-by" assurera pour une année la disponibilité de ses troupes avec un préavis brévissime : de deux jours pour les premiers éléments à une semaine pour les autres. Les deux autres nations cadre devront garantir de pouvoir s'unir en une période de quatre à six semaines. La Grande Bretagne a annoncé qu'elle prendra le commandement de cette force en 2017, en mettant à la disposition un millier d'hommes et trois chasseurs Typhoon. La France et l'Allemagne seront les premières autres nations cadre, selon des sources Otan.

Stoltenberg a éclairci qu'il s'agira du principal renforcement de la "défense collective" de l'Alliance Atlantique depuis la fin de la Guerre Froide.

Que l'objectif d'un tel volume de feu soit la Russie c'était clair depuis septembre et ça l'est devenu encore plus dans ces derniers temps. Et à le démontrer c'est aussi une déclaration de la part de l'ex secrétaire de l'Otan, Rasmussen, au quotidien britannique Daily Telegraph, dans laquelle il accuse Moscou de faire ce qu'en réalité elle est en train de faire le front occidental. "Il faut regarder au-delà de l'Ukraine - a affirmé Rasmussen - Poutine veut redonner à la Russie son statut de grande puissance et il y a de fortes probabilités qu'il intervienne dans la Baltique pour mettre à l'épreuve l'article 5 de l'Otan", qui prévoit qu'une attaque armée contre l'un des Pays membres "soit considéré comme une attaque directe contre tous les états membres".

Et pour changer, l'Italie a donné immédiatement sa disponibilité pour participer au nouveau plan d'action de l'Otan bien qu'il y a quelques jours l'exécutif Renzi avait déclaré son indisponibilité à envoyer des armes à l'armée ukrainienne, naturellement à la suite de ce qui avait été déclaré par Berlin et Paris. "Nous avons ouvert à la disponibilité d'être framework nation en 2018, avec un discours à clore en juin, lorsque seront prises les décisions" a affirmé le ministre de la Défense Roberta Pinotti au terme de la réunion de ses homologues de l'Otan.

Comment être surpris de la réaction ressentie de la Russie encerclée ? La réponse de Moscou n'a pas tardé à arriver.

Les Pays baltes pourraient devenir une région de "confrontation militaire" entre la Russie et l'Otan, a averti l'envoyé de la Fédération Russe près de l'Alliance, Alexander Grushko, selon lequel la décision de l'Otan d'instituer des centres de commandement supplémentaires dans 6 Pays aux frontières russes obligera Moscou à des mesures "adéquates", égales et contraires. "L'ouverture de potentiel militaire ultérieur le long de nos frontières n'est rien d'autre qu'une tentative d'exercer des pressions sur la Russie", a dit Grushko.

Déjà hier le leader du Kremlin, Vladimir Poutine, a signé un décret pour mobiliser pendant deux mois les réservistes de l'armée russe. Il s'agit d'une praxis ordinaire annuelle, soulignent les experts. Mais que dans un cadre semblable pourrait assumer une signification assez différente par rapport au passé.

Pendant que Washington et ses pions de la "Nouvelle Europe" - internes à l'Ue - semblent viser le mur contre mur, le risque comporté par cette escalade n'échappe pas au noyau du pôle européen. Ce n'est pas un hasard si juste hier, avec une initiative inédite, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande ont informé d'un voyage urgent à Moscou, dans la tentative de se soustraire au piège de Washington qui pourrait entraîner Bruxelles dans une affrontement dans lequel l'Europe aurait tout à perdre. L'objectif des deux boss de l'Ue, a déclaré sans demi-mots le ministre des Affaires Etrangères allemand Frank-Walter Steinmeier, est de lancer avec Poutine une médiation "avant que le conflit finisse hors contrôle". A ce qu'il paraît c'est le chef du Kremlin qui a lancé l'hameçon aux leaders de Paris et Berlin, en proposant des éléments de tractation pour l'instant non encore officiels. Et tandis que plusieurs représentants de l'establishment états-unien insistent sur la nécessité et sur l'urgence d'envoyer des armes aux gouvernementaux ukrainiens, le ministre de la Défense allemand, Ursula van der Leyen, a défini celui proposé par Washington, comme un "pas erroné".

Entretemps parmi les hypothèses en jeu il y a aussi celle d'un déploiement d'un contingent de casques bleues de l'Onu dans le Donbass. Selon un porte-parole du ministère des Affaires Etrangères russe ce sera l'un des arguments de discussion pendant la rencontre d'aujourd'hui entre Poutine, Merkel et Hollande. Et depuis Donetsk, un des négociateurs des républiques populaires a soutenu que les rebelles ne s'y opposeraient pas.

Marco Santopadre

http://contropiano.org/internazionale/item/28976-la-nato-vuole-lo-scontro-militare-con-mosca-l-ue-in-allarme

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