Pino Cabras - Mourir pour Kolomoisky, le Self-Frankenstein ?

Jeudi 4 septembre 2014 - Kolomoisky, plurimilliardaire avec la citoyenneté d'Ukraine, Chypre et Israël, mérite d'être aussi sous les projecteurs de chez nous. Tignasse de Beppe Grillo et coeur de Totò Riina. (Pino Cabras) 

Ceux qui le connaissent ne sont pas nombreux chez nous mais Ihor Kolomoiskyriterait les spots des médias italiotes aussi. Ce plurimilliardaire avec la triple citoyenneté ukrainienne, chypriote et israélienne - co-propriétaire de la banque Privat et de plusieurs sociétés qui veulent mouiller le biscuit sur les grosses réserves de gaz naturel tout juste dans les zones ukrainiennes en guerre - aurait beaucoup de qualités pour s'installer sur notre scène, parce qu'il inclut dans sa personne un collage de personnes diversissimes mais quelque part à nous familières : il a une tignasse identique à Beppe Grillo, mais le même coeur que Totò Riina, l'estomac aspire-tout de De Benedetti, les tentacules médiatiques de Berlusconi, le poches de Mario Draghi, les visqueuses toiles d'araignée de Licio Gelli. Et il a aussi les mêmes amis que Netanyahu.

 

Qui l'a assemblé ? Personne, il se vante d'être un self-made man. Un Self-Frankenstein, en somme. De plus, un grimpeur avec une idée sienne précise de la méritocratie : une enquête de Forbes a décrit en effet que 

 

"Kolomoisky a employé des forces "presque-militaires" de la banque Privat pour faire valoir l'acquisition hostile d'entreprises, enrôlant un groupe de "hooligans, armés de battes de baseball, de barres de fer, gaz et pistolets avec des projectiles de cahoutchou et de tronçonneuses" pour arracher de force une usine sidérurgique à Kremenchuk en 2006 et il a utilisé "un mix d'ordres factices du tribunal (souvent par la main de juges et/ou greffiers corrompus) et de méthodes musclées" pour remplacer des administrateurs dans les conseils d'administration des sociétés desquelles il achetait des participations".

 

C'est vrai, un entrepreneur si performant ne s'arrête point là. Le gouvernement putschiste qui en février 2014 a conquis Kiev l'avait élu gouverneur de Dnipropetrovsk, la région cruciale pour ses affaires. Malgré qu'il ait le passeport israélien et qu'il soit le fondateur de la European Jewish Union (Union Juive Européenne), il a d'étroitissimes relations avec les partis et les formations paramilitaires néo-nazies qui ont fait le sale boulot soit contre l'opposition dans tout le pays soit dans les zones dans lesquelles il y a les combats de la guerre civile. 

 

Forbes lui attribue un patrimoine de 1,7 milliards de dollars, tandis que Korrespondent dit que ce sont le double de plus. En relisant les données biographiques que j'exposais plus haut, je renverrai à une prochaine date une éventuelle visite d'inspection près de ses entreprises pour vérifier laquelle des revues aura raison.

 

Ce qui compte est ceci : Kolomoisky est un des deux-trois boss qui dictent la loi à Kiev. Le fils du vice-résident des Etats Unis aussi, Biden, en bon oligarque, sait reconnaître un de ses semblables, et il fait des affaires avec lui. Si seulement il n'y avait ces millions d'ukrainiens qui s'obstinent à parler le russe et à avoir une maison où il y a le gaz ! Un million de réfugiés n'ont pas suffi, il y a encore plusieurs millions de russophones, tous encore là, et maintenant ces têtus du Donbass se sont même organisés à tel point qu'ils ont renvoyé dans des centaines de sacs en plastique les nervis qui voulaient les déloger, en plus des pauvres soldats envoyés au casse-pipe par les chocolatiers de Kiev.

 

Et pourtant Kolomoisky ne s'arrête pas devant une défaite. Pendant que Porochenko parle de cessez-le-feu, lui se rappelle être un ami de Netanyahu. Et qu'est-ce qu'il propose ? Une belle idée ! Un grand mur qui casse en deux le continent, semblable à celui construit par les israéliens contre les territoires palestiniens, seulement trois fois plus long : une muraille de 1900 km, entourée de mines anti-personnel, avec l'objectif d'arrêter la Russie. L'idée a été formulée par Kolomoisky en juin, mais le premier ministre Iatzeniuk la dépoussière en septembre. Inutile de dire qu'il s'agit d'une idée politiquement hystérique, masochiste et surtout militairement idiote : l'Armée Russe aurait quelques moyens de plus que les bantoustans palestiniens pour réduire le mur en boulettes avec son infanterie et le chevaucher par toute sorte de solution aérienne.

 

Tous les derniers voyages en Europe du président USA Barack Obama ont consisté en un vulgaire tour promotionnel en faveur des armements de son complexe militaro-industriel. Le sommet OTAN d'aujourd'hui aussi est orienté par une seule chose : crier au danger russe, récompacter les moutons que nous nous obstinons à appeler leaders européens, et augmenter les dépenses militaires. Il n'y a plus le mur de Berlin ? Le Rideau de Fer n'existe plus depuis vingt-cinq ans ? Patience ! Il y a toujours un Kolomoisky qui fera monter quelque muraillon. De toute façon, ce ne sont pas nos journaleux qui essaieront de raconter dans quelles mains nous sommes en train de mettre le futur de nos enfants.

 

 

Pino Cabras 

 

megachip.globalist.it

 

http://megachip.globalist.it/Detail_News_Display?ID=108955&typeb=0&Morire-per-Kolomoyskyi-il-Self-Frankenstein- 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.