Le lien entre l'austérité et la montée du nazisme en 1933 - par L'Antidiplomatico

Selon un rapport publié par le NBER l'austérité est un élément qui aide à combler certaines lacunes dans la littérature classique de la Grande dépression, considérée comme cause fondamentale de la montée du régime nazi. Il se concentre sur l'ensemble des réductions de dépenses et des augmentations d'impôts que le chancelier conservateur allemand Heinrich Brüning a adoptées entre 1930 et 1932.

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29 DÉCEMBRE 2017 - PAR L'ANTIDIPLOMATICO (Contropiano.org)

"Des milliers d'historiens, d'économistes, de sociologues et d'autres chercheurs ont passé plus de 80 ans à essayer de comprendre la montée soudaine au pouvoir du parti nazi." Ecrit Dylan Matthews sur Vox présentant le rapport publié par le National Bureau of Economic Research de Gregori Galofré-Vilà de l'Université Bocconi, Christopher M. Meissner de UC Davis, Martin McKee de la London School of Hygiene & Tropical Medicine et David Stuckler (Univ. Bocconi), qui indique que l'austérité est un élément qui aide à combler certaines lacunes dans la littérature classique de la Grande dépression considérée comme cause fondamentale de la montée du régime nazi. En particulier, les économistes se concentrent sur l'ensemble des réductions de dépenses et des augmentations d'impôts que le chancelier conservateur allemand Heinrich Brüning a adoptées entre 1930 et 1932.

En d'autres termes, les économistes ne pensent pas que seule la Grande Dépression explique le nazisme. De nombreux autres pays ont également souffert pendant la Dépression, sans s'effondrer en dictatures totalitaires. "Au cours des années 1920, il n'y avait pas de différences substantielles dans la performance économique des nations qui, au milieu des années 1930, étaient des régimes démocratiques ou des dictatures ", observent les auteurs. "La profondeur de la dépression n'était que légèrement plus grande en Allemagne qu'en France ou aux Pays-Bas, et elle était encore pire en Autriche (et dans d'autres pays d'Europe de l'Est) et aux États-Unis. Parmi ces pays, l'Autriche a également connu une dictature d'extrême droite sous Engelbert Dollfuss en 1932. Mais la France, les Pays-Bas et les États-Unis n'assistent pas à une radicalisation des partis de droite qui prennent le pouvoir.

Le fait que les chômeurs n'étaient pas particulièrement enclins à voter pour les nazis est tout aussi préoccupant en ce qui concerne l'explication économique la plus simpliste. Les auteurs citent de nombreuses recherches qui montrent que les chômeurs étaient plus enclins à voter pour les communistes ou les sociaux-démocrates. "Ce n'est pas qu'Hitler n'ait pas essayé d'attirer les masses de chômeurs", notent-ils, "mais c'est le Parti communiste qui était perçu comme le parti représentant traditionnellement les intérêts des travailleurs."

Un facteur uniquement allemand qui pourrait contribuer à expliquer la montée des nazis est la dure réparation de la guerre, qui représentait 260 % du PIB de l'Allemagne de 1913, imposée par le traité de Versailles par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Déjà en 1920, John Maynard Keynes avait prévenu que la douleur économique causée par le fait de forcer l'Allemagne à payer cette dette pourrait conduire à la montée d'une dictature. Mais les auteurs notent que la dette de l'Allemagne n'a pas été remboursée en grande partie ; le président américain Herbert Hoover avait annoncé un moratoire sur les paiements en 1931, puis les Alliés les avaient suspendus à la Conférence de Lausanne en 1932.

Et alors ? Selon les auteurs du rapport, l'Allemagne a été le seul grand pays occidental à appliquer l'austérité. L'ampleur des coupes imposées par Brüning de 1930 à 1932 est vraiment stupéfiante. Les auteurs estiment que Brüning a réduit les dépenses publiques allemandes d'environ 15 % sur la période considérée. Les conséquences économiques furent terribles. Le PIB chuta de 15 %, tout comme les recettes publiques. Le taux de chômage passa de 22,7 % à 43,8 %. Et Brüning devint le "Chancelier de la faim".

"Bien que l'Allemagne n'ait pas été le seul pays touché par la Dépression, elle a été le seul grand pays à appliquer des mesures d'austérité prolongées et de grande portée", écrivent les auteurs. Galofré-Vilà, Meissner, McKee et Stuckler ne sont certainement pas les premiers à lier la douleur causée par l'austérité à la montée des nazis, conclut Matthews, mais ils sont parmi les rares à avoir tenté de quantifier l'effet. Tout d'abord, ils estiment le niveau d'austérité dans chaque état et district d'Allemagne en utilisant le taux d'imposition moyen de chaque zone locale.

Alors que le gouvernement Brüning augmentait l'impôt sur le revenu de façon générale, la plupart des impôts sur le revenu étaient locaux, de sorte que les augmentations de l'impôt fédéral ont entraîné des hausses de différentes tailles dans différents endroits. Et les auteurs ont constaté que dans les régions où les taux d'imposition moyens avaient augmenté de façon plus marquée, la part des votes du parti nazi avait également augmenté lors des élections de juillet 1932, novembre 1932 et mars 1933. "Indépendamment de la façon dont nous mesurons l'austérité, l'estimation de l'association de l'austérité avec le quota électoral nazi est positive et statistiquement significative dans la plupart des modèles, compte tenu des différentes élections entre 1930 et 1933, " concluent-ils.

Selon une estimation, une augmentation de 1 % des réductions de dépenses est associée à une augmentation de 1,825 point de pourcentage de la part des votes nazis. Les résultats sont encore plus probants si l'on considère uniquement les réductions des retraites municipales, le soutien au chômage et aux soins de santé et si l'on utilise l'appartenance au parti nazi comme une variable dépendante, plutôt que comme une part du vote nazi, poursuivent les auteurs.

Pourquoi les nazis et non les communistes ou les sociaux-démocrates bénéficièrent-ils de la ferveur anti-austérité ? Les sociaux-démocrates étaient des alliés du parti du centre de Brüning dans la coalition gouvernementale et furent punis pour ce soutien. Les communistes avaient reçu de nombreux votes, en particulier de la part des chômeurs et de la classe ouvrière, en même temps que les nazis grandissaient. Bien que les auteurs ne donnent pas de réponse définitive à la question, ils notent donc que les nazis ont mis en œuvre une plate-forme anti-austérité, complétant leurs thèmes hypernationalistes et antisémites. Ils ont promis des allègements fiscaux, "maintenu le système de sécurité sociale", pour assurer "une expansion généreuse de l'aide aux personnes âgées" et pour accroître les investissements dans les autoroutes. Cela n'engendra pas le soutien des nazis parmi les chômeurs et les classes populaires, qui affluèrent en masse vers les communistes. Mais ce fut le cas, écrivent les auteurs, dans un axe "entre les classes moyennes et supérieures qui, malgré la profondeur de la Dépression (c'est-à-dire après avoir contrôlé le niveau de production et d'emploi) avaient encore quelque chose à perdre."

Source : http://contropiano.org/documenti/2017/12/29/nesso-lausterita-lascesa-del-nazismo-nel-1933-099210

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