Donbass. Qui place les bombes contre les commandants de la LNR et la DNR?

Le commandant du bataillon Somali des forces armées de la République Populaire de Donetsk (RPD), Mikhail Tolstykh (surnommé Givi), a été assassiné à Donetsk suite à un attentat terroriste qui a eu lieu à son bureau. Un homme a tiré au lance-roquettes Shmel sur le bâtiment, avant de prendre la fuite.

9 FEVRIER 2017 - PAR FABRIZIO POGGI (Contropiano.org)

Alexej Mozgovoj assassiné le 23 mai 2015 Alexej Mozgovoj assassiné le 23 mai 2015

Après la série d'attentats qui ont décimé les commandants de terrain les plus connus, les plus valeureux et les plus respectés - les derniers par ordre chronologique : Oleg Anaščenko, le 4 février dernier et Mikhail Tolstykh hier - des milices de la DNR et la LNR, le chef de la République populaire de Donetsk, Aleksandr Zakharčenko a dit clair et net qu'il est temps de déclarer le régime de Kiev "organisation terroriste". "Ils ne sont pas en mesure d'arriver jusqu'à nous sur le champ de bataille", a déclaré Zakharčenko, "par conséquent ils agissent de cette façon. Je pense que le pouvoir ukrainien devrait être inclus dans la liste mondiale des organisations terroristes." Se référant à l'attaque d'hier, la DNR a dit que les noms des auteurs sont connus, "nous les trouverons et ils seront punis avec toute la sévérité des lois du temps de guerre." 

"Givi" ucciso in un attentato, video dal luogo + commento di Zakharchenko © DONi Donetsk International Press Center

https://www.youtube.com/watch?v=Ny3OvEq0Hfw

Ce n'est pas un hasard si, depuis hier, se déploie à Kiev une compétition pour les expressions les plus impies et squadristes à propos de l'assassinat de "Givi". Lorsqu'on n'en accuse pas - c'est le cas de l'adjoint au ministère de l'Intérieur, Anton Geraščenko - directement les "concurrents" à la tête des milices, dans une lutte pour le pouvoir, l'argent et l'influence, ou bien on n'en pointe du doigt  la main omniprésente "de Moscou", on multiplie les manifestations de joie. Le député du Front Populaire (de l'ancien premier ministre Arseni Jatsenjuk) et commandant du bataillon néo-nazi "Dnepr-1", Yuri Bereza, a déclaré que l'assassinat de Tolstykh a été "un cadeau pour mon anniversaire", qui tombe le 8 février. Les conseillers du ministre de l'Intérieur Avakov, Zorjan Škirjak, a écrit sur feisbuc que "le meurtrier sanguinaire et terroriste 'Givi' est devenu le énième passager 'de l'ascenseur en colère' et est parti rejoindre l'autre charogne terroriste, son grand ami et bâtard Motorola."

Le vice-gouverneur militaire de la région de Donetsk (la partie sous contrôle ukrainien) Evgenij Vilinskij, avait écrit hier sur feisbuc "merveilleux début de journée. Bienvenue en enfer, givi !!!". La représentante ukrainienne dans le groupe 'humanitaire' pour le Donbass et vice-porte-parole de la Rada, Irina Geraščenko considère l'assassinat de Givi un "nettoyage". La re-"favorite" occidentale JulijaTimochenko, a déclaré à la chaîne 112.ua ne pas vouloir  discuter "ces événements à un niveau si élevé, parce qu'en réalité, cet homme s'est tué tout seul dans la mesure où il a ôté la vie au premier Ukrainien" et de toute façon, a ajouté celle qu'il y a trois ans voulait "bombarder les Russes du Donbass avec l'atomique", après la mort de Givi "l'agression à l'est n'a pas diminué aujourd'hui, au contraire elle s'est étendue avec plus de force", signifiant par agresseur, bien sûr, la Russie. La Pucelle du bataillon "Ajdar", Nadezhda Savcenko, elle aussi sur feisbuc, a déclaré hier que "Porošenko fait tout son possible pour déchaîner un nouveau massacre dans la Donbass, mais après l'acte terroriste d'aujourd'hui, il n'y a aucune chance de faire revenir le Donbass dans le sein de l'Ukraine", ajoutant qu'ils tirent dans le dos de ceux qui ont peur de se confronter dans la bataille.

Texas on the assault of Givi © DONi Donetsk International Press Center

https://www.youtube.com/watch?v=_L2l-hXxQKs

Considérant peut-être un peu plus froidement le coup de bazooka qui a incendié et complètement détruit le siège du commandement du bataillon "Somalie", à Makeevka, tuant le commandant "Givi" et deux de ses assistants, Dmitry Rodionov écrit sur Svobodnaja Pressa que "autour de Givi gravitaient de nombreux espions ukrainiens" et qu'un tel acte n'aurait pas été possible sans une trahison. De l'avis du politologue Eduard Popov, alors que l'assassinat de Anaščenko était dirigé contre les structures du commandement de la DNR, ceux de Motorola et de Givi sont plutôt des "coups psychologiques", mis en exécution conformément à des directives émises et annoncées depuis longtemps à Kiev, pour l'élimination des chefs combattants avec des actions terroristes. Selon Popov, même si les auteurs de tous ces meurtres seront pris, cela indique qu'il y a des problèmes dans les Républiques ; sans trahisons, les saboteurs ukrainiens n'auraient pas pu atteindre des personnes si protégées. On a dit à plusieurs reprises que les L-DNR sont pleines d'agents ukrainiens, jusque même à l'intérieur des structures militaires et, selon Popov, la corruption qui est en train de se développer dans les Républiques n'aide pas à résoudre le problème.

D'un jour à l'autre commencera une guerre majeure avec l'Ukraine, écrit Popov, et à tous les niveaux, civils, mais surtout militaires, est déjà prête une "cinquième colonne" de Kiev dans les Républiques populaires. Et il pose la question "rhétorique" : après de telles actions terroristes, l'Occident que fait-il, il se tait ? Puisque, face aux bombardements ukrainiens avec des roquettes et de l'artillerie sur les villes du Donbass, l'Occident invite "toutes les parties au cessez-le-feu", imaginez-vous s'il aura quelque chose à dire au sujet de ces meurtres, poursuit Popov. Il suffit, ajoutons-nous, avoir vu hier les sites des 'grands' journaux italiens : sur "Givi", même pas une ligne ; en revanche, des larmes de tristesse pour les cinq ans (avec sursis) infligées hier par le tribunal de Kirov au blogueur-fraudeur Aleksej Navalnij qui maintenant, au grand désespoir des fans italiens, ne pourra plus "défier" Poutine aux prochaines présidentielles ; comme si le zérovirgule recueilli par les formations libérales aux élections pour la Douma de septembre dernier, n'était pas déjà en elle-même suffisante pour clarifier les termes de la compétition.

Toutefois, en ce qui concerne les actions terroristes, aux niveaux militaires élevés des L-DNR on considère que de tels meurtres, tout en ne déterminant pas des développements sur le front, agissent psychologiquement sur le moral combatif des milices, selon un modèle de conduite de la guerre, typique des missions américaines à la "Hollywood sanguinaire" : du reste, le lien entre les groupes de saboteurs ukrainiens et les services spéciaux USA a été démontré depuis longtemps.

Sergej Iščenko, par exemple, toujours sur Svobodnaja Pressa, énumère une série restreinte des attentats les plus sensationnels des 7-8 derniers mois ( "Machete": juin 2016 ; "Zarja": juillet 2017 ; Motorola : octobre 2016 ; Valeriy Bolotov, la premier chef de la LNR,  mort soudainement et mystérieusement à Moscou le 27 janvier dernier. Et même auparavant : les commandants Mozgovoj, Bednov, Vozník, Ghilazov, Dremov ...) et écrit que "tous ces cas sont similaires au moins sur un point : à chaque fois, les politiciens ukrainiens, à l'unisson, ont été prompts à jurer que leur pays n'avait rien à voir." Mais, se demande Iščenko, si vraiment dans les Républiques populaires, comme le revendique Anton Geraščenko, tout est de la faute d'une lutte interne sanglante, comment se fait-il que depuis trois ans, sur le champ de bataille, Kiev ne peut pas venir à bout des milices ? Les paroles de Geraščenko, selon lesquelles "les services spéciaux ukrainiens n'ont pas encore reçu l'ordre pour les opérations" comme les attentats, poursuit Iščenko, ne prouvent rien, étant donné que derrière ces actions il n'y a ni le ministère de l'Intérieur, ni celui de Défense, mais plutôt les soi-disant Forces pour les opérations spéciales, créées en juillet 2016, placées sous les ordres exclusifs du président Porošenko et qui, seulement au moment de leur création, ont été financées par Washington avec 20 millions $. Composées de deux régiments (3e, acronymes А-0680 et B-2336; 8e, А-0553 acronymes et В-4252), ainsi que le 140e Centre spécial (А-0661), ces forces sont formées dans des polygones de Krapivnitsk et Khmelnitskij sur le modèle du Special Operations Command (SOCOM) USA США, qui mène des opérations spéciales secrètes contre les "terroristes" en Afghanistan, au Pakistan et au Moyen-Orient.

Residenti di Donetsk contro l'OSCE: "lucrate sulla nostra sofferenza" 03.02.2017 © DONi Donetsk International Press Center

https://www.youtube.com/watch?v=OuzCykDiJCc

L'Occident ne voit pas les bombes ukrainiennes de Donetsk et Lugansk : il ne voit pas les observateurs de l' OSCE sur place - "Des scélérats qui ne servent à rien", "restent assis à l'hôtel et c'est tout", "ne voient et n'entendent rien", disent les habitants de Donetsk - imaginez donc si on les voit depuis Bruxelles, Berlin ou Rome.

http://contropiano.org/altro/2017/02/09/donbass-piazza-le-bombe-comandanti-lnr-dnr-088739

Les donateurs français offrent un nouveau toit et de nouvelles fenêtres à plusieurs familles en RPD © DONi Donetsk International Press Center

https://www.youtube.com/watch?v=U0cB87bwWv4

 

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