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Billet de blog 9 août 2016

Les gens lisent seulement les titres puis commentent sur les réseaux sociaux

Une enquête internationale (Université de Columbia et INRIA) sur les réseaux sociaux rapportée par plusieurs sites italiens en ligne, parmi lesquels le livournais Senzasoste, qui n'étonnera personne même au-delà du cas italien ici commenté ... traduction avec en tête d'article quelques remarques en guise d'introduction par la Rédaction de Contropiano.

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7 AOUT 2016 - PAR CONTROPIANO.ORG

Nous l'avons vérifié personnellement et collectivement avec un soupçon de désespoir. Camarades, activistes, militants, "ultra-communistes" les plus purs er durs qui partagent sites fascistes, rouges-bruns, enfumeurs de toute sortes. Tous des idiots?, nous sommes-nous demandés ... 

Sans douter de l'existence, souvent majoritaire, d'esprits pas brillants, nous avons vérifié nous aussi que beaucoup partageaient en réalité seulement un titre qui correspondait à leurs préjugés, convictions profondément fondées, etc. En somme, qui correspondait au "déjà connu" par chacun. Seulement ainsi du reste, il est possible de "s'approprier d'une nouvelle" sans la lire. Et la commenter tout en délivrant des opinions complètement indépendantes du texte.

Le titre devient une arme d'abêtissement de masse, pour certains une occasion de faire des affaires (la publicité propose des tarifs sur la base des clics, etc.), de  brouiller les pistes politiques pour d'autres, d'orienter les consensus dans une sorte de Pokémon Go informationnel pérenne. 

Le problème est que, en faisant de la sorte, l'information disparaît. Tout au moins il n'y a plus d'information structurée, qui aligne beaucoup d'autres informations, connectées entre elles, donc en mesure de restituer une situation complexe avec un certain degré de fiabilité. 

Mais le "simple" - le slogan, à savoir un titre - n'existe nulle part. Toute réduction de l'information est réduction de la compréhension. 

Ci-dessous, le travail accompli par des camarades de SenzaSoste, qui ont capté le phénomène et, un peu préoccupés, rapporté des études. 

Contropiano.org

*****

Selon une enquête les gens lisent seulement les titres puis commentent sur les réseaux sociaux -

6 août 2016 - Senzasoste.it  

Si ton post a dépassé les mille partages, ne te réjouis pas. Il se peut que personne ne l'a lu. Science Post, site satirique américain, a fait une expérience. Il a créé un article fictif au titre capture-"j'aime" : "Enquête : 70% des utilisateurs de Facebook lit seulement le titre de ce qu'il partage". Résultat 46 mille partages. Dommage que l'article avait été écrit en "faux-texte", le texte dépourvu de sens utilisé par les concepteurs de croquis et des preuves graphiques. Ce que nous aurions pu faire nous aussi avec ce post qui raconte l'expérience. Au lieu de cela, essayons de raconter ce qui s'est passé. 

Giancarlo Donadio - source : http://startupitalia.eu/58960-20160620-lettura-post-online-titolo

startupitalia.eu

6 personnes sur 10 ne lisent pas les post qu'ils partagent 

Si celle de Science Post est juste une blague qui a eu un résultat incroyable, des études plus scientifiques sur le sujet ont été réalisées. L'une d'elles est une recherche à l'Université de Columbia menée en collaboration avec le French National Institute et publiée par le Chicago Tribune. Les résultats parlent d'eux-mêmes : 59% des liens partagés sur les médias sociaux n'ont jamais été cliqués. En d'autres mots les gens partagent ou retweettent sans les avoir jamais lus. Et pire encore, ces liens deviennent importants dans la détermination, comme on peut l'imaginer, de quelles nouvelles sont cruciales pour construire l'opinion publique  sur le web. En bref, retweetter et "partager" ne sont pas des activités ayant une fin en soi, mais ont une influence décisive sur les pensées de vos amis et connaissances. L'expérience est intéressante afin de comprendre les habitudes en ligne des lecteurs. Et des utilisateurs des réseaux sociaux. Les titres font tout. Qu'il s'agisse du journalisme ou du business. 

Une culture, la nôtre, qui n'aime pas l'analyse 

Cette réflexion de Arnaud Legout, l'un des co-auteurs de l'étude: "C'est typique de la culture d'aujourd'hui. Les gens forment leurs opinions sur un titre ou un résumé, sans faire aucun effort pour aller plus loin", dit le chercheur qui, avec son équipe a analysé tous les tweets abrégés en bitly sur cinq des principales sources d'information pendant un mois, puis les a comparées avec le nombre de lectures des articles connexes. Le résultat est ce que nous avions prévu, seulement 4 sur 10 les lisent. 

Les gens lisent plus chez les amis que depuis la source d'origine 

Toujours la recherche a mis en évidence un autre donnée à considérer. Beaucoup de clics aux histoires avaient été faits sur des liens partagés par les utilisateurs et non directement à partir de l'URL affichée sur le profil officiel de l'organisation qui l'a produit (dans ce cas, les journaux d'information). Une question qui n'a rien de nouveau à toute personne qui s'occupe de médias sociaux, où l'avis de l'utilisateur lambda compte plus que celle de la marque. 

Internet entre sharebait et clickbait 

L'auteur de l'article du Chicago Tribune souligne que celle d'inciter les utilisateurs à cliquer et au partage rapide est une habitude à laquelle même les médias traditionnels se sont adaptés. Et qui a eu pour résultat de créer "une culture en ligne qui empêche toute discussion approfondie sur des questions complexes et controversées." 

20 juin 2016 

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Simone Cosimi - source http://www.gqitalia.it

Sur les réseaux sociaux nous lisons tant de titres mais aucun article. A qui vraiment  la faute ? Nous nous poussons avec une extrême difficulté au-delà du titre et les aperçus sur les plateformes telles que Facebook et Twitter. Et nous préférons partager un article plutôt que de le lire. 

"Si auparavant on feuilletait rapidement le journal au bistrot, on épiait les titres par dessus l'épaule du voisin du bus, maintenant le comptoir est devenu le News Feed de Facebook et les titres seront parcourus encore plus vite, parce que du  temps à perdre pour lire il n'y en a pas. Pour commenter ce que l'on n'a pas lu, cependant, il semble qu'il y en ait en abondance." Ceci est le cœur d'un éditorial  très partagé en ce moment mais il sort justement sur Facebook. Il a été écrit par  Emanuele Capone du Secolo XIX qui part des événements d'une brève lancée il y a deux jours sur la page du journal sur le réseau social de Menlo Park pour renvoyer au rapport de plus en plus compliqué avec les faits qui nous entourent et les informations sur les plates-formes sociales. 

Qu'est-il arrivé? Le titre est "Expulsé et sans travail, il tente de se mettre le feu devant sa femme et sa fille." Il a recueilli le premier commentaire après 4 minutes et pendant quatre heures il a donné naissance à un certain nombre de réactions du type "Aidons les Italiens", "Par contre aux immigrés", "Mais nous ... nous pensons à ces maudits d'immigrés (comme dans le texte, ndr )." Seulement quatre heures après un utilisateur a fait remarquer que le trentenaire était un citoyen étranger : "24 commentaires et personne n'a lu l'article, étant donné les réponses!" La teneur de la discussion change et baisse : le racisme et l'indifférence prennent  possession des utilisateurs qui avaient visiblement contribué au débat en lisant seulement le titre et imaginant un scénario tout à fait différent. Quelle misère n'est-ce pas ? 

Cela n'a rien de nouveau: que sur les réseaux sociaux on écrive avant de lire, c'est-à-dire que l'on commente en se basant uniquement sur les extrait de texte (snippet) en avant-première, les encadrés avec le titre et le sommaire lisible, est un péché absolu de la "nouvelle" opinion publique. Il y a un mois le site de nouvelles humoristiques Science Post a essayé un test en publiant un faux-texte (le fameux lorem ipsum) avec un titre particulier: "Selon une étude, 70 pour cent des utilisateurs de Facebook avant de commenter les articles de science lisent seulement le titre." Une méta-espérimentation, en somme, dans laquelle à la sociologie en ligne s'ajoutait également une riche dose de moquerie. Eh bien, cet article vide a été partagé des dizaines de milliers de fois - actuellement 52.700 - même dans ce cas seulement sur la vague de la fascination pour le titre. 

Quelques jours plus tard, en changeant de plate-forme car de toute façon la substance ne change pas d'un clic, est arrivée une enquête signée par l'Université de Columbia avec Microsoft Research, l'Institut national français de recherche en informatique et automatisation, et d'autres laboratoires de Sophia-Antipolis, la Silicon Valley transalpine sur la Côte d'Azur pour confirmer le scénario: six liens sur dix parmi ceux relancés et partagés sur Twitter ne seront jamais cliqués. En bref, à travers ce canal - "le réseau social de l'information"! - les articles sont snobés dans 60% des cas. S'ils circulent et sont retwittés, même dans le même contexte, c'est seulement en vertu du fascinant, alarmiste, dévastateur, dégoûtant, intéressant, petit titre bien calibré qu'il portent en dote. Rien d'autre. 

«Les gens semblent plus enclins à partager un article qu'à le lire - a dit Arnaud Legout, l'un des auteurs - c'est typique de la consommation moderne de l'information. Les gens se font une opinion sur la base des résumés ou des résumés de résumés, sans faire aucun effort pour aller plus loin." 

Reste finalement à savoir pourquoi cet effort n'est pas fait, si c'est par indifférence absolue, faute de temps, ou l'ignorance atavique de l'opinion publique italienne à laquelle certes les réseaux sociaux ne promettent pas de remédier. Loin de là. Probablement dans le discours il y a aussi la volonté de ne pas "sortir" du réseau social dans une sorte d'agoraphobie numérique. Même ceux de la Californie s'en sont aperçus, l'année dernière ils ont lancé les Instant Articles, des articles à lire directement dans la plate-forme. Même Google, avec Amp, a développé un système de chargement ultra-rapide des articles. Parce que souvent, en fait, c'est celui-là l'obstacle à l'expérience utilisateur : trop de secondes s'écoulent entre le clic et le téléchargement et les gens ne lisent pas, reviennent en arrière, s'impatientent. Mais il est certain que ça ne peut pas être une justification. 

Enfin, il y a un thème lié à l'image de soi que l'on entend propager sur Facebook, Twitter et compagnie. En somme, il ne nous importe pas trop d'analyser ce que nous partageons parce que, inconsciemment, nous savons que nous avons besoin de ces contenus plus pour l'effet-vitrine que pour la substance. Autrement dit, pour le pedigree "culturel" et social dont nous nous parons en relançant certains articles. Si ensuite il y a dedans un long lorem ipsum surréel, on s'en fout. De toute façon personne ne le lira. 

source 

http://contropiano.org/news/cultura-news/2016/08/07/la-gente-legge-solo-titoli-commenta-sui-social-082387 

voir aussi sur Atlantico : 

Pourquoi vous serez 60% à partager cette histoire sans même l'avoir lue

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