Financial Times : "Le défaut de Kiev est la vraie menace pour l'Europe" - PandoraTv

3.08.15 - La crise grecque est depuis des mois, sous les spots de la politique et des médias, présentée comme l'ennemi public n° 1 pour la tenue de l'euro et de l'Europe. Mais elle passe sous silence la vraie menace à la stabilité de l'Europe : l'Ukraine, techniquement en faillite le 24 juillet dernier, s'il n'y avait pas eu une providentielle injection de liquidités de l'Union européenne, qui a servi à payer des euro-bonds à échéance. Un default exorcisé de justesse, et renvoyé à une date non encore fixée. Parce que la dette de Kiev, beaucoup plus que celle d'Athènes, s'enroule sur elle-même inexorablement.

 

Il faut croire qu'il ne servira pas à grand chose le milliard et 700 millions de dollars envoyé le 25 juillet par le Fonds Monétaire International, qui en tout, de milliards à Kiev, en enverra 40, enserrant le pays dans la tenaille des mesures draconiennes. 

 

L'économie de l'après-Maïdan est en pièces : des dettes contractées en value étrangère et à des taux très hauts, impossibles à rembourser avec la dévaluation de la monnaie locale et avec les caisses de l'Etat vides ; une contraction de la croissance de 5% en 2014, et un -10% de prévu pour 2015 ; effacés les projets de Chevron et Shell d'extraire le gaz de schiste dans le Donbass, 300 mines inaccessibles dans l'Est du pays, coupées les fournitures du gaz qui, à travers la Crimée, arrivaient depuis la Mer Noire ; pour le gaz et le charbon, l'Ukraine maintenant doit s'adresser à l'Australie et à l'Afrique du Sud, en plus que naturellement à la Russie. Et elle les paie chers, à l'avance et avec une value forte. 

 

Les échéances de la dette de Kiev rendent chaque mois de plus en plus concret le spectre de la faillite, un cauchemar pour le Premier Ministre Arseni Yatseniuk, qui le 13 juillet dernier est volé à Washington où il est chez lui, chercher des investisseurs dans le cadre d'un improbable business forum USA-Ukraine. La dette de l'Ukraine encore plus que la grecque, pèse comme une pierre sur le futur de l'Europe, jusqu'au point où même le Financial Times il y a quelques jours, a lancé l'alerte, le risque le plus immédiat est que depuis l'Ukraine, se déversent sur les pays de l'Union 1 million de réfugiés facilités par des frontières poreuses comme celles de la Roumanie et de la Pologne, effaçant d'un seul coup le martèlement médiatique et politique sur la Grèce, source de tous les malheurs, et nous faisant enfin douloureusement comprendre que la vague migratoire de quelques milliers d'individus à travers la Méditerranée est en termes strictement numériques, une émergence mineure.

 

Adolfo Marino 

Pandora TV 

 

PTV news 3 agosto 2015 - Financial Times: "Default di Kiev vera minaccia per l'Europa" © PandoraTV
 

https://www.youtube.com/watch?v=G00WMGD99mk

 

 


Les Russes n’aiment pas les faux-culs

 

Alexander Mercouris

 

 

Russia Insider

23.07.15 - L’histoire que racontent les médias grecs, que la Russie a rejeté une demande de la Grèce portant sur 10 milliards de dollars, semble être une tentative de détourner les reproches dirigés vers Tsipras.

Mais le vrai résultat est que cela va rendre furieux Poutine et le gouvernement russe.

 

Le gouvernement russe a officiellement démenti des articles parus dans le journal grec To Vima selon lesquels, dans les heures qui ont suivi le référendum, Poutine a refusé un appel de Tsipras qui lui demandait 10 milliards de dollars pour soutenir une nouvelle drachme.

L’article, en fait, n’a aucun sens. Poutine n’aurait pas été en position d’accéder à une telle demande si jamais elle avait été formulée.

La Russie ne pourrait procurer 10 milliards de dollars à la Grèce dans un délai aussi court qu’en puisant dans son Fonds national de prévoyance. C’est interdit par les règles du Fonds qui empêchent celui-ci d’investir dans autre chose que des titres notés AAA. La note de la Grèce a le statut junk [à haut risque], donc un prêt à la Grèce aurait violé les règles du fonds.

Poutine a donné une fois l’ordre au fonds de prêter de l’argent à un emprunteur dont la cote de crédit ne remplissait pas les conditions pour un prêt. C’était en décembre 2013, lorsqu’il a accepté de prêter à l’Ukraine en utilisant de l’argent tiré du fonds.

Depuis lors, les Russes ont regretté cette décision. Inutile de dire que les Ukrainiens ont soutenu que puisque le prêt avait été accordé en violation des règles du fonds, cela en fait une dette privée – plutôt qu’une dette publique – ce qui les autorise à ne pas la payer.

Les Russes ne sont pas prêts à être mis de nouveau dans cette position et ils ont exclu à plusieurs reprises et publiquement un tel prêt à la Grèce. Il est inconcevable que Tsipras n’ait pas été conscient de cela lorsqu’il a parlé à Poutine puisque les Russes se sont exprimés plusieurs fois à ce propos.

La seule autre source de financement possible aurait pu être un pré-paiement de Gazprom comme partie d’un accord sur un gazoduc. Les Russes ont offert un tel pré-paiement en avril, lorsque Tsipras et le gouvernement grec l’ont rejeté – un fait que To Vima admet.

L’accord sur le gazoduc finalement signé en juin ne comprenait pas de pré-paiement et il est difficilement croyable que dans les heures suivant immédiatement le référendum, Tsipras ait pu croire que l’accord dans sa totalité ait pu être renégocié dans un délai très court pour accorder un tel pré-paiement.

Si Tsipras avait fait une telle demande à Poutine dans les heures suivant le référendum – ou même dans les semaines qui l’ont précédé – alors il aurait seulement renforcé l’impression des Russes qu’ils négociaient avec un amateur incapable de prendre une décision et à qui on ne peut pas faire confiance.

Il est beaucoup plus probable – et beaucoup plus cohérent avec les faits connus – que la demande pour les 10 milliards de dollars n’a jamais été formulée.

Tout au long de leurs discussions avec Tsipras, les Russes ont affirmé à plusieurs reprises qu’il ne leur avait pas demandé d’aide financière pour la Grèce, mais qu’ils considéreraient une telle demande si jamais il la faisait.

Il est possible que les Russes aient dit cela pour aider Tsipras à sauver la face, mais il est plus probable qu’ils disent la vérité.

Varoufakis, qui serait en mesure de savoir, n’a jamais mentionné une telle requête dans les récits détaillés qu’il a donnés sur les diverses négociations, et il est difficile de voir pourquoi il ne l’aurait pas fait si une telle demande avait effectivement eu lieu.

Pourquoi, si elle est fausse, cette histoire sort-elle maintenant ?

La réponse courte est que c’est à cause de la crise politique en Grèce. Alors que la crise s’approfondit, il devient urgemment nécessaire pour Tsipras et ses partisans de proclamer qu’il n’y avait pas d’alternative et de rejeter le blâme sur quelqu’un d’autre.

Cela semble être le motif derrière cette histoire, où Poutine, avec Téhéran et Beijing – qui auraient aussi rejeté les demandes d’aide de Tsipras – sont classés comme les gens qui ont laissé tomber la Grèce au moment où elle avait besoin d’aide, laissant Tsipras sans autre choix que de se soumettre aux injonctions de l’UE.

Malheureusement, cet incident pourrait avoir de graves répercussions.

J’ai déjà écrit au sujet de l’approche manipulatrice de Tsipras, qui aura offensé et rendu furieux les Russes.

Ce dernier incident est en train d’aggraver significativement les choses.

Poutine a fait savoir à plusieurs reprises que rien ne le met plus en rage que de voir ses conversations confidentielles avec des dirigeants étrangers utilisées à mauvais escient pour colporter des versions déformées ou inventées de choses qu’il a dites en privé.

Il s’est plaint publiquement de la manière dont Anders Fogh Rasmussen l’avait fait lorsqu’il était premier Ministre du Danemark.

Lorsque Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a fait la même chose pendant la période la plus intense du conflit en Ukraine l’an dernier, Poutine a menacé de publier l’enregistrement sténographique de toute la conversation, forçant Barroso à un démenti public.

Si Poutine pense que Tsipras a fait la même chose, alors il aura irrémédiablement détruit la confiance que Poutine pouvait avoir en lui.

Poutine sera de toute façon plus prudent à partir de maintenant à propos de ce qu’il dit à tous les visiteurs qui viennent de Grèce pour le voir.

 

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

 

source :

http://lesakerfrancophone.net/les-russes-naiment-pas-les-faux-culs/

 

Articles liés :


La tesselle grecque dans le puzzle géostratégique - par Dante Barontini

 

avec en 2e position : "Gaz : la Grèce s’associe avec la Russie, un camouflet pour les Européens"


22 JUIN 2015 



Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.