Survivre dans le Donbass : anatomie de l'énième catastrophe humanitaire dans la "civile" Europe

Cet article de Paolo Selmi bien qu'il date d'il y a juste un mois aujourd'hui, garde toute son actualité, si ce n'est les chiffres des morts, des blessés et des dommages qui devront être corrigés. A la hausse, bien sûr...

 

12 septembre 2014 - La tempête n'est pas encore passée que déjà les journalistes occidentaux diffusent en long et en large leur désinformation, avec le cortège des cris hystériques de la direction baltique et polonaise et par la rhétorique russophobe désormais rassie. Des caricatures d'envoyés spéciaux nous montrent quotidiennement des rues anonymes de Kiev, tout en se dépensant en panégyriques sur la liberté et la démocratie de l'actuelle clique au pouvoir. L'Union Européenne sanctionne et se tait ou plutôt, ensable.

 

Maintenant qu'on tire moins, dans cette étrange "trêve", ça vaut la peine de fournir quelques données utiles à la réflexion commune, à peu moins d'une semaine de distance d'un cessez-le-feu qui a un goût de simple re-positionnement en attente de temps - et aides - meilleurs pour la future contre-attaque : quelques données qu'aucune chaîne soi-disant "all news" et aucun quotidien n'ont jamais eu l'honnêteté intellectuelle de rapporter.

 

Commençons par les morts civils. Depuis mars à aujourd'hui, les victimes d'un conflit qui a produit jusqu'à maintenant plusieurs milliers de morts (et dont le décompte de l'Onu est encore coupablement arrêté à 2593 entre militaires et civils!) avec toute probabilité ont déjà dépassé de loin le millier : le 14 août dans la seule République auto-proclamée Populaire de Donetsk le département régional pour la santé dépendant de  Kiev comptait parmi les seuls civils 839 morts et 1623 blessés (http://www.profi-forex.org/novosti-mira/novosti-sng/ukraine/entry1008222487.html). Considérant l'intensification des affrontements des semaines successives et les données manquantes relatives à l'autre République, il n'est pas difficile de faire un calcul approximatif qui dépasse le chiffre indiqué ci-dessus.

 

La Fédération Russe, oui, celle-là même que les soi-disant civils et démocratiques européens sanctionnent dans l'obéissance couchée aux diktats états-uniens, actuellement accueille 820.000 citoyens ukrainiens, arrivés depuis avril à septembre (source : Itar Tass http://itar-tass.com/infographics/8004). Sur l'autre versant, les refugiés "internes", soit ceux qui ont choisi de migrer dans une région ukrainienne, montent jusqu'à 260.000 (http://ria.ru/infografika/20140731/1018256300.html). Se seraient-ils tous trompés de chemin ?

 

Presque la moitié de la population de la République Populaire de Donetsk (plus de 450.000 sur 949.825) et plus des trois quarts de celle de Lugansk (375.000 sur 424.113) se sont expatriés (ibidem).

 

Depuis mars, l'Ukraine a déjà dépensé 635.000 millions de dollars USA pour financer une opération qui lui coûte environ 128 millions de dollars par mois. Le 31 juillet, la Rada et le Conseil des ministres ukrainien ont approuvé le financement d'ultérieurs :

 

- 791 millions de dollars (paies des soldats et approvisionnement pour l'armée),

 

- 758 millions de dollars (financement ultérieur à l'armée, rappelons que dans l'opération sont impliqués l'armée régulière, la Garde Nationale en étroite dépendance du Ministère de l'Intérieur, des mercenaires de provenance nationale et internationale et des formations néo-nazies autochtones - bataillons Azov, Dnepr, Donbass)

 

- 158 millions enfin - remarquons l'ordre de grandeur - pour la "reconstruction du Donbass" (ibidem).

 

Depuis que l'Union Européenne et l'OTAN ont donné carte blanche à l'actuelle direction ukrainienne, l'unique stratégie a été tout aussi simple que criminelle (mais pas aux yeux des journalistes occidentaux, évidemment) : faire la terre brûlée. Des villes entières et des villages ont été rasés, employant d'abord l'aviation et les lance-missiles Grad (http://www.notiziegeopolitiche.net/?p=41253), que rappelons-le ont une puissance de feu résultant de quarante missiles de 120 mm lancés simultanément contre un objectif loin de 5 à 20 km (http://www.enemyforces.net/artillery/grad.htm) ; dernièrement, étant donné la débâcle (et ayant reçu l'ultérieur tacite criminel consentement de Washington et Bruxelles), contre ceux qu'ils définissent leur connationaux, ces criminels n'ont pas hésité à faire recours à des missiles balistiques Tocka-U (http://www.novorosinform.org/news/id/7020), longs de six mètres, lourds deux tonnes, chargeables avec des têtes "conventionnelles, chimiques et nucléaires' et d'une puissance maximale de 120 km (http://www.military-today.com/missiles/ss21_scarab.htm).

 

La fougue destructrice de Kiev n'a épargné personne, à partir des hôpitaux (dernières dans l'ordre de temps est la clinique sanitaire de Donetsk  http://www.novorosinform.org/news/id/8277 et l'hôpital Kalinin, toujours à Donetsk http://www.novorosinform.org/news/id/7304). Suivent les écoles : dans la seule République Populaire de Donetsk, le premier septembre dans le message inaugural aux étudiants dans celui qui devait être leur premier jour d'école, le Président du Conseil des ministres de la RPD comptait comme étant complètement abattues ou en tout cas impratiquables 93 écoles, 11 instituts techniques professionnels, 9 établissements scolaires à risque de démolition et 27 instituts pour les cours poméridiens (http://www.novorosinform.org/news/id/7496).

 

Le même sort a touché les infrastructures civiles, en particulier les aqueducs, les centrales électriques et les chemins de fer. Même les mines n'ont pas été épargnées : des informations comme celle de ces mineurs qui sont restés emprisonnés sous terre pour un blackout ou pour des dommages matériels aux infrastuctures (http://www.novorosinform.org/news/id/6416) étaient à l'ordre du jour jusqu'à il y a quelques jours. Non seulement les villes mineures, mais aussi Donetsk et Lugansk, des homonymes Républiques populaires, ont vécu dans les derniers mois sans électricité ni eau constantes. Jusqu'à aujourd'hui, 800 maisons de Donetsk sont sans électricité (http://www.novorosinform.org/news/id/8262).

 

En ce qui concerne l'industrie, secteur historiquement central dans les deux Républiques, 396 sont les complexes industriels rasés dans la République populaire de Donetsk et 200 dans celle de Lugansk, pour un dommage global qui monte à des dizaines de milliards de dollars (http://www.novorosinform.org/news/id/8251).

 

Last but not least, un autre indéniable "tanière de terroristes"a été frappée par le feu de l'artillerie lourde : les églises, dans les deux républiques, depuis les premiers jours et jusqu'au dernier (deux parmi les derniers bombardements ici http://www.novorosinform.org/news/id/6685 et ici http://www.novorosinform.org/news/id/6978)  

 

Il s'agit de quelques données, incomplètes certes, mais utiles pour réfléchir sur une catastrophe humanitaire dont encore trop peu de gens parlent. Six mois de guerre civile ont vu s'opposer à une armée occupante, un peuple entier, contre lequel a été déchaînée, avec la plus grande violence possible et dans le silence le plus total des médias occidentaux, une vague de choc depuis le ciel et la terre qui a réduit aux ruines tout ce qu'elle pouvait. Mais elle n'est pas parvenue à le plier. Cette trêve de fait sanctionne, en plus de la reconnaissance factuelle de deux nouvelles entités politiques, jusqu'alors classées comme "terroristes", la tentative qui a échoué, de conduire la catastrophe humanitaire dans le sillage, même pas tellement caché, d'une énième nettoyage ethnique au coeur de l'Europe, cette fois contre les populations russophones du Donbass.

 

A la lumière de ce qui vient d'être écrit, j'espère que même ceux qui, bien que de bonne foi, auraient gardé une attitude prudente sur la question, aient bien clair maintenant combien soit hypocrite la distance égale entre agresseurs et agressés, ainsi que la crédibilité que puisse avoir l'actuelle direction ukrainienne lorsqu'elle parle, à qui elle a détruit la maison et le futur, tué leurs proches, terrorisés et humiliés dans leur propre dignité, d' "autonomie" ou de "fédéralisme". A la lumière de ce qui vient d'être souligné, surgit spontanée la question de quelle crédibilité puisse avoir aujourd'hui une politique étrangère européenne qui ait délibérément tu et ensablé cette barbarie, et non en dernier l' "accident" d'un Boeing qu'on aura fait exploser en vol - désormais cela apparaît de plus en plus clair - par les mêmes auteurs criminels, en plus d'avoir sanctionné sous ordre un Pays tiers qui jusqu'à maintenant à payé plus que tous, en termes d'aides matérielles aux rescapés, les dommages à leurs centres habités frappés "par erreur" par l'armée ukrainienne, et de secours humanitaires aux populations frappées, le prix de cette guerre qui n'est pas la sienne.

 

 

Paolo Selmi 

 

Vendredi 12 septembre 2014

 

Contropiano.org

 

 

http://contropiano.org/documenti/item/26256-sopravvivere-nel-donbass-anatomia-dell-ennesima-catastrofe-umanitaria-nella-civile-europa

Страх і ненависть у Дебальцевому © Громадське Телебачення

http://www.youtube.com/watch?v=CjKstSBqy8c

 

La ville de Debaltsevo, territoire occupé par des soldats de la junte, la colère des habitants…



8 OCTOBRE -  Dans un service développé par Hromadske TV, canal ukrainien créé grâce au financement des « ONG » des États-Unis d’Amérique, est apparue pour la première fois l’attitude de la population locale envers l’armée ukrainienne. Cette vidéo a été enregistrée le 3 octobre dans la ville occupée de Debaltsevo, République de Donetsk.
Après une nouvelle nuit de bombardements par les terroristes de Kiev, les résidents qui sont restés dans la ville, pour la plupart des femmes âgées, insultent les occupants ukrainiens.

 

Vendredi 3 octobre 2014. Debaltsevo a été bombardé par des mortiers de 05:30 à 08:00 le matin. Au moins 11 maisons ont été endommagées.

" Occupez vous à Kiev, de vos élections et qu’ils nous laissent en paix. Nous ne voulons rien d’eux, parce qu’ils nous traitent comme si nous étions leurs choses ? À Kiev, ils se plaignent de ne pas avoir d’eau chaude mais depuis 20 ans, nous avons de l’eau froide pendant 2 heures le matin et 2 heures le soir ! Et Porochenko et son gouvernement sont des meurtriers! " " Nous  travaillons, nous mangeons ici, mais nous devons dormir dans un abri. Je travaille dans une pharmacie et je dois y aller pour travailler, la pharmacie doit rester ouverte " une petite fille pleure et dit: " j’étais chez moi, une bombe a explosé au cinquième étage. Je dormais et  un morceau de  verre m’est tombé sur le visage "  " jusqu’à ce que les Ukrainiens soient arrivés, ici, tout allait bien. Ils ne resteront pas au pouvoir, c’est sûr ! "

Une femme pleure face à un soldat ukrainien sur la route " salaud et comme ta mère " " ferme ta bouche! " a répondu le soldat. La femme répond avec une insulte.

Un tireur d’élite sort d’une maison et il est attaqué par des habitants en colère. " Nous n’avons pas besoin de ces défenseurs. De qui prétendez-vous nous défendre?!? " " Il y a quelques tueurs sur nos toits, envoyés par Avakov, Turchinov, Poroshenko. Ils sont venus pour nous tuer ! Ils tuent  pour emporter nos ressources ! Vous pouvez dire de cet enfant qu’il est un séparatiste ou un terroriste? Il a tué quelqu’un ? Comme le font  Tagnibok et Poroshenko et Turchinov ? "

Un enfant de 8 ans, furieux de colère: " nous avons  le drapeau de l’Union soviétique près du monument de l’Afghanistan. Ils l’ont  déchiré et là ils ont mis un drapeau ukrainien " . (Eh oui, les criminels ukrainiens ont créé un autre séparatiste. Ce petit garçon n’est pas près probablement d’oublier ce qu’il a vu et il n’arrêtera jamais de lutter contre ces envahisseurs terroristes) près d’une autre maison, une femme dit " c’est l’armée ukrainienne qui fait ça. La fusée venait de la région où il y a l’armée ukrainienne " un homme parle de sa deuxième vie, comme il a survécu au bombardement de sa maison.

Une femme dit: " je ne pleure pas. Ma fille pleure, mais jmoi pas. Je garde tout à l’intérieur. J’ai envie de pleurer, mais je ne peux pas " .

 

Danielle Bleitrach


Histoire et Société

 

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/10/08/la-ville-de-debaltsevo-territoire-occupe-par-des-soldats-de-la-junte-la-colere-des-habitants/

 

 

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