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Billet de blog 13 mai 2014

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L'Ukraine au carrefour entre pogrom, subterfuges et facture du gaz - Après Odessa, changement de vitesse

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"L'Ucraina al bivio tra pogrom, inganni e fattura del gaz - Dopo Odessa, cambio di marcia" est un article du journaliste italien Giulietto Chiesa publié le 11 mai, ce que vous lirez ci-dessous en est une traduction. Le texte d'origine est publié sur le site Megachip.globalist.it.


Dimanche 11 mai 2014


Beaucoup doit encore arriver avant le 25 mai. Et il n'y a pas de quoi être optimiste. Il est prévisible que le résultat du referendum dans les régions sud-orientales de l'Ukraine donne une nouvelle force aux demandes de séparation des russes qui ont repoussé l'invitation de Poutine au renvoi.
Mais il est déjà évident que la soi-disant "opération anti-terroriste", organisée par le gouvernement de Kiev, n'a pas fonctionné, ainsi comme il est clair qu'il ne pourra pas y en avoir une autre plus efficace que la première.
L'armée ukrainienne n'a pas été et n'est pas dans les conditions d'effectuer une offensive de grande échelle : pour des raisons multiples, par manque de motivation, pour l'insuffisance de moyens, pour des divisions internes au gouvernement de Kiev même.
On a cherché à y suppléer en envoyant à l'offensive quelques détachements préalablement choisis et bien payés, de fait des mercenaires, disposés à tout : une répétition du système par lequel Boris Eltsine, en 1993, parvint à déployer la dizaine de chars armés et blindés qui tirèrent sur la Maison Blanche de Rutskoi et Khasbulatov. Mais ici on voit que les forces manquent. L'offensive s'est limitée à quelques centres mineurs, comme Slaviansk, Kramatorsk et quelques autres. Et même dans ces cas, bien que sanglants, l'armée n'a même pas essayé d'occuper les centres habités, en se retirant à chaque fois après avoir effectué des incursions de portée limitée.
Une deuxième phase, aboutissant au massacre de Mariupol, apparaît fondée sur celle qu'on a appelée Garde Nationale, peut-être aidée par des groupes de mercenaires étrangers d'une entreprise 'privée' émanant de la tristement célèbre Blackwater. Il n'y a pas de preuve - sauf quelques vidéos - de l'intervention de groupes combattants étrangers, bien qu'il n'y ait aucun doute que des instructeurs militaires occidentaux soient employés dans la planification des opérations de la Garde Nationale.
Cependant il est clair que les insurgés de Maidan, même si désormais encadrés dans la nouvelle structure 'étatique' ne sont à leur tour ni suffisamment nombreux, ni en mesure de conduire des opérations militaires de grande envergure, contre les formations des 'séparatistes' russes, lesquels, à leur tour, apparaissent bien ancrées sur leurs positions.
En effet même l'attaque contre Mariupol a été déployée comme action de diversion, vouée à effrayer plutôt qu'à occuper le territoire : incursion dans le centre habité, fusillades furieuses par des moyens lourds contre des édifices et la population civile, enfin repli rapide et fuite. On n'a jamais vu une armée qui agit comme une bande de guerrilleros : armés avec des moyens lourds, donc en mesure de maintenir un encerclement, mais incapables de tenir les positions conquises.
Voilà pourquoi on doit considérer comme importantes les nouvelles selon lesquelles Kiev, sous le contrôle de Valentyn Nalyvaichenko, serait en train de préparer un changement de stratégie. Qui consisterait dans la concentration de toutes les forces disponibles sur les trois zones de Odessa, de Dnepropetrovk et de Kharkov. Dans les trois de ces chefs-lieux tous décisifs la composition éthnique de la population est moins désavantageuse pour le gouvernement central. La présence russe est très haute, mais équilibrée par celle ukrainienne. Et ici on pourrait (ou il serait relativement plus aisé), de faire converger les bandes nazies de Pravij Sektor et Svoboda, tout en répétant une opération semblable à celle qui permit d'effectuer le pogrom du 2 mai dans la Maison des Syndicats.
Un de ces trois centres habités pourrait devenir la cible sur laquelle concentrer une offensive 'sous fausse bannière'. C'est-à-dire en montant une attaque de manière telle à le faire apparaître comme étant celui d'un contingent militaire provenant de la proche République philo-russe de l'Outre-Dnestr. Objectif : réaliser un grand massacre, pour le présenter après au monde des médias occidentaux comme l' 'oeuvre de Moscou'. La 'sortie' de l'Outre-Dnestr serait facilement expliquée par la situation désespérée dans laquelle se trouve cette république, auto-proclamée et reconnue par aucun pays, fermée de tous les côtés, soit celui ukrainien, soit celui moldave, et donc 'disponible' à réaliser une action de ce genre.
Evidemment les médias occidentaux seraient prêts à accueillir la version de Kiev. Poutine serait placé nouvellement sur la défensive, et en même temps, le pogrom d'Odessa serait occulté par une répétition en grand style, encore plus sanglante, où les morts parmi la population ukrainienne devraient être beaucoup plus nombreux. En somme un autre pogrom, mais à rôles inversés, avec Moscou cette fois sur le banc des accusés, pendant que Kiev - même en prévision d'un résultat  défavorable aux élections du 25 mai - pourrait se présenter à l'Europe en tant que victime d'une agression extérieure explicite.
Mais pour accomplir cette 'diversion' il faut néanmoins disposer de beaucoup de forces, et un niveau de confidentialité de quelques degrés supérieur à celui montré à Odessa par les bandes nazies. Il ne suffira pas d'épingler au col des assassins les 'rubans de Saint Georges' à rayures noires et orange qui symbolisent pour tous les russes la victoire dans la Grande Guerre Patriotique. Il faudra mettre dans le champ quelque chose de semblable à une petite armée. Chose pas facile dans l'Ukraine actuelle, même pas avec l'aide massive de 'conseillers' experts comme le sont ceux de la Cia.
Nous verrons dans les prochains jours combien ces voix sont fondées. Cependant il est évident que le pogrom d'Odessa a été un lourd boomerang contre les putchistes de Kiev. Si le président en charge de l'OSCE s'est décidé à voler à Moscou pour reprendre le dialogue avec Poutine ; si Poutine a pu profiter de l'occasion pour inviter le Donbass à renvoyer le referendum ; si l'Europe a donné plusieurs signes de revirements après avoir constaté un pli des événements qui devenait toujours moins explicable au grand public occidental par la propagande américaine, tout ceci a été aussi - pas seulement - l'effet de l'évidence de la monstruosité dont sont capables les nazis ukrainiens et leurs frères jumeaux ultra-nationalistes. Amener en Europe et dans l'OTAN  un tel allié n'est déjà plus une opération facilement avalable.
Même à Bruxelles, après Berlin, peut-être s'en sont-ils aperçus. Et même d'autres capitales européennes ont commencé à se poser des interrogations que Varsovie, Tallin, Riga, Vilnius - parmi les protagonistes du putch de Kiev - ont essayé de cacher. Ce ne seront pas eux en effet à devoir payer la facture du gaz dans les prochains mois. Et les intérêts industriels de l'Europe pourraient se révéler plus importants de ceux des banques transnationales qui ont forcé la main jusqu'à avant hier même à M.me Merkel.

Giulietto Chiesa
megachip.globalist.it


http://megachip.globalist.it/Detail_News_Display?ID=103213&typeb=0&Ucraina-al-bivio-tra-pogrom-inganni-e-bolletta-del-gas  

http://www.youtube.com/watch?v=sXHNiDxncRo

http://www.youtube.com/watch?v=MOg4e7pLJus#t=276

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