La métastase Kosovo re-émerge aussi en Ukraine

"La metastasi Kosovo riemerge anche in Ucraina" est un article de Enrico Vigna, représentant de l'association Forum Belgrade pour l'Italie*. Il a été publié sur le site communiste online Contropiano.org. Ci-dessous sa traduction en français.

 

 

Dans les dramatiques événements et les scénarios de guerre en Ukraine et non seulement, ce qu'on a appelé "question Kosovo" traverse les analyses, les références, les comparaisons, parfois de manière analogique, d'autres fois instrumentale. Qui sème le vent recueille la tempête, on pourrait synthétiser ainsi, en se référant aux stratégies et aux choix des leadership occidentaux et états-uniens in primis. Un aspect émerge sûrement comme une donnée de fait, grâce à l' "opération Kosovo", gérée par l'OTAN, le bouleversement et la neutralisation du Droit international, inaugurés par le processus de destruction de la Yougoslavie et aboutissant à la rapine de la province à la Serbie, a ouvert des scénarios de déstabilisation et de conflictualités s'étalant comme une tache d'huile dans toutes les parties du monde.

 

Mais le Kosovo reste un modèle seulement pour ces réalités philo-occidentales et désireuses de vendre leur propre indépendance et souveraineté aux grands pouvoirs financiers et militaires occidentaux. Au contraire pour les pays et les peuples à la recherche de processus de développement autonomes et indépendants et la solution à leurs problèmes, le Kosovo ne peut pas être un modèle ; simplement parce que le Kosovo est une solution imposée avec une guerre de l'OTAN, étranger à tout processus d'émancipation, libération ou indépendance d'un peuple. Le Kosovo est simplement une entité, qui existe et survit seulement grâce à la présence de forces militaires étrangères qui imposent le statu quo, pour leurs propres intérêts géostratégiques et pour un choix géopolitique, étrangers aux intérêts mêmes de la population albanaise honnête.

 

Sans celles-ci en quelques jours il redeviendrait ce qu'il a a toujours été, une province serbe dans laquelle ont toujours vécu ensemble, quatorze minorités paritaires, et non pas ce qu'il est aujourd'hui : un narco-état  au coeur de l'Europe, théâtre de nettoyages ethniques, violences, terreur et criminalité, imposés par une direction criminelle et terroriste à la population civile, occupé militairement par de milliers de soldats étrangers (occidentaux) et par la plus grande base états-unienne depuis les temps du Vietnam. Ainsi comme a été piétiné le principe qui fut établi aux débuts de la crise yougoslave dans les années 90, par la "communauté internationale" elle-même avec l'aval de l'ONU, dans l'intangibilité des frontières de 1945.

 

Le Kosovo n'est pas la Crimée, simplement parce que le referendum pour l'indépendance a été engagé après une guerre d'agression de l'OTAN contre un pays souverain, un nettoyage ethnique de toutes les minorités, une campagne de terreur et des violences systématiques, contre tout ce qui n'était pas intérieur à une logique "ethnique", allant jusqu'à détruire presque 200 églises, monastères ou lieux sacrés de la culture orthodoxe. C'est un peu différent comme situation, de la réalité de ces peuples qui sont en train de chercher l'affranchissement, une souveraineté propre et une indépendance réelle. Et encore aujourd'hui domine l'arrogance des politiques des puissances occidentales, tout en persistant à nier une vraie confrontation sur des propositions, des idées, des projets pour une solution dans la région, qui ne soit pas fondée sur des chantages ou des menaces, qui concerne les minorités kosovares, des Serbes, aux Roms, aux Goranes, aux autres minorités ; en niant à l'actuelle minorité serbe par exemple le droit de choisir un processus d'auto-détermination, même seulement territoriale ou d'autonomie régionale. Pour eux, ce qui a été permis et soutenu pour la minorité albanaise sécessionniste, est nié et prohibé violemment.

 

 


Avec un background de ce type, faut-il s'étonner si c'est la loi de la jungle qui se répand ?

 

Pendant que l'Union Européenne prêche le dépassement des divisions ethniques et nationalistes à l'intérieur de ses pays membres, dans le cas du Kosovo et d'autres régions on se comporte de la manière opposée.

 

Pour n'importe quel cas auquel on se rapproche, l'hypocrisie de l'Union Européenne et des Etats Unis dans les relations internationales est mise en lumière par la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo ; on déchire le droit international moyennant un tas de mensonges pour justifier ses propres intérêts, et non certes pour des principes de soutien à l'égard des "droits" du peuple kosovar. Ceci est démontré par la position par exemple adoptée à l'égard des situations historiques dans la recherche de l'indépendance des Basques, ou des Catalans, ou des Corses, ou la tragique situation des Palestiniens ou des Kurdes. Il y a ensuite des réalités historiquement, culturellement et légitimement représentatives comme celle de la Pridnestrovie/Transnistrie, de l'Abkhazie, de l'Osétie du sud, du Nagorno Karabakh.

 

Aujourd'hui après le poutch effectué à Kiev, se répandent des aspirations d'indépendance, des affranchissements d'assujetissements non voulus, et d'auto-détermination d'un nombre croissant de peuples, comme un domino international ; sûrement pleines de contradictions et de complexités, mais aucune de celles-ci bien que fondée sur de forts caractères identitaires, nie le respect des minorités, de diversités, de différences politiques ou religieuses. Donc la question à se poser est comment est-ce possible que ces réalités, fondées toutes sur des poussées populaires et avec de fortes identités nationales et d'indépendance, ne jouissent de l'aval ni des Etats Unis ni de l'Union Européenne, à la différence du Kosovo, mais au contraire sont soumises à des menaces, des hostilités, des sanctions et systématiquement criminalisées ? Qu'est-ce qu'il a de différent le Kosovo ?

 

 

Peut-être la réponse est que aucune de ces réalités bien que profondément différentes entre elles, aspire à se faire coloniser économiquement, politiquement, militairement et culturellement. Peut-être après des années de sang et des tas de mensonges autour du monde, pour ces peuples les gouvernements des Etats Unis, d'Allemagne, de France, de Grande Bretagne, le modèle de l'Union Européenne, ne sont plus crédibles. Mais c'est un aspect extrêmement intéressant, surtout dans une perspective future d'émancipation des peuples, qui émerge de ces réalités, et de manière prépondérante dans ces semaines dans les Républiques qui se sont auto-définies "populaires" dans l'Ukraine orientale : et c'est ce protagonisme à la première personne de blocs populaires et sociaux qui sur la base d'intérêts généraux collectifs et unitaires, bien que différents entre eux mais soudés sur des racines historiques liées à la mémoire historique de la lutte contre le nazifascisme, comme valeur historique, éthique et morale de libération, indiscutable, prennent en main leur situation en tant que protagonistes.

 

Celle-ci, est une donnée nouvelle dans le contexte européen à l'intérieur des dernières décennies, vécues par des peuples sur la défensive, si ce n'est dans les échecs. Et elle ré-allume des flammes d'espoir en des temps moins sombres et ténébreux pour les peuples, bien que difficiles à affronter.

 

 

Enrico Vigna, Forum Belgrado Italia

13 mai 2014

http://contropiano.org/documenti/item/23925-la-metastasi-kosovo-riemerge-anche-in-ucraina

Yougoslavie, une guerre évitable © Ninotchka

 

 http://www.dailymotion.com/video/xg9fy_yougoslavie-une-guerre-evitable_news

 

 

 

 

* Pour plus d'informations sur l'association "Forum Belgrade" en Italie : 

http://www.ossin.org/serbia/assemblea-annuale-forum-belgrado-mondo-eguali.html

http://www.resistenze.org/sito/te/po/se/pose9d01-004799.htm

 

Lien de l'association "Centre d'initiatives pour la vérité et la justice" (CIVG) dont le président honoraire est le sénateur Falco Accame (amiral et politicien italien socialiste)   :

http://www.civg.it/index.php?option=com_content&view=article&id=324:15-anniversario-dell-aggressione-della-nato-contro-la-jugoslavia-serbia-e-montenegro&catid=2:non-categorizzato         

 

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