Russiagate : les limiers du Département de la Justice sur la piste de John Brennan

Selon Ray McGovern (Consortium News), "ce devrait n'être qu'une question de temps avant que les limiers du Département de la Justice, nez collé à la piste, identifient Brennan comme le maître d'oeuvre de la fable du Russiagate."

Au cours de ses 27 années en tant qu'analyste de la CIA, Ray McGovern a été chef de la section politique étrangère soviétique et préparateur/rédacteur en chef du Daily Brief du président. Il est cofondateur de Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) [Vétérans du Renseignement Professionnel pour la Raison].

traduit de l'anglais par Eleuthère Qwark et Juliette Bouchery

13 JUIN 2019 - PAR RAY MC GOVERN (Consortium News)

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Jeudi matin, le New York Times a publié de mauvaises nouvelles pour l'une de ses sources anonymes préférées, l'ancien directeur de la CIA John Brennan.

Le journal rapporte que le Département de la Justice prévoit d'auditionner des officiers supérieurs de la CIA en focalisant sur l'allégation selon laquelle le président russe Vladimir Poutine aurait ordonné au renseignement russe d'intervenir lors des élections de 2016 pour aider Donald J. Trump. Les enquêteurs du ministère chercheront des preuves à l'appui de cette affirmation remarquable que le rapport final du procureur spécial Robert Mueller n'a pas réussi à établir.

Bien que la théorie du complot de collusion ait été mise au rencart, de nombreux Etats-Uniens, y compris des membres du Congrès, de droite et de gauche, continuent d'accepter, malgré sa pauvreté en preuves, le récit inlassablement décliné de l’ « ancien-officier-des-renseignements-se-confiant-aux-médias » selon lequel le Kremlin serait intervenu massivement lors des élections présidentielles de 2016.

On ne peut échapper à l'analogie avec la falsification de « preuves » de la présence d'armes de destruction massive en Irak. Et comme lorsque cette folie de l'invasion de l'Irak éclata en 2002 et 2003, les médias de l'establishment ont tout simplement régurgité ce que des sources de renseignement comme Brennan leur ont raconté à propos d'un Russiagate.

Personne n'a cillé quand Brennan déclara à un comité de la Chambre en mai 2017, "Je ne fais pas dans la preuve." [I don’t do evidence]

L'article en une du New York Times de jeudi. L'article en une du New York Times de jeudi.

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Fuite, pas piratage

Comme nous, Vétérans du Renseignement Professionnel pour la Raison [VIPS], en avons averti à de nombreuses reprises au cours des deux dernières années, il n'existe aucune preuve légale fiable pour appuyer l'histoire selon laquelle la Russie a piraté le Comité National Démocrate [DNC]. De plus, dans un article que j'ai écrit en mai, "Le nuage orwellien plane sur le Russiagate", j'ai de nouveau noté que l'accumulation de preuves judiciaires à partir de métadonnées indique clairement un travail interne au DNC - une fuite, pas un piratage par la Russie ou quiconque.

Brennan et ses partenaires, le directeur du FBI James Comey et le directeur du renseignement national James Clapper ont donc inventé des trucs et donné de la bouillie fine mais explosive aux sténographes affamés du Russiagate qui passent aujourd'hui pour des journalistes obsédés.

Alors, la fête est finie ?

Ce devrait n’être qu'une question de temps avant que les limiers du ministère de la Justice, nez collé à la piste, identifient Brennan comme le maître d'oeuvre de l'histoire du Russiagate. Les preuves, les preuves réelles dans cette affaire, abondent, puisque la bande des trois, Brennan-Comey-Clapper, était certaine qu'Hillary Clinton allait devenir présidente. Par conséquent, ils n'ont pas pris d’assez raisonnables précautions pour dissimuler leurs traces.

Pire encore, les analystes du renseignement ont tendance à s'en tenir aux instructions et aux mandats qui leur sont transmis par des gens comme Brennan et ses lieutenants supérieurs. Il ne sera pas difficile pour les analystes de la CIA de trouver des documents à l'appui de l'excuse : "Brennan m'a forcé à le faire."

Brennan: alors, la fête est finie? ( LBJ Library photo/ Jay Godwin) Brennan: alors, la fête est finie? ( LBJ Library photo/ Jay Godwin)
L'article du Times d'aujourd'hui trahit un peu de sympathie et d'inquiétude quant à ce qui pourrait arriver à Brennan, l'un de ses fils préférés et de ses sources (anonymes), ainsi qu'à ceux qu'il a subornés à inventer des choses sur les Russes.

L'enquête du Département de la Justice, selon le Times, "a provoqué de l'anxiété dans les rangs de la C.I.A., selon d'anciens fonctionnaires. Les hauts fonctionnaires de la C.I.A. se demandent pourquoi le travail analytique de la C.I.A. devrait faire l'objet d'un examen minutieux de la part du procureur fédéral." Le procureur général William Barr supervise l'examen, mais il a chargé le procureur américain du Connecticut, John Durham, de le mener.

Tout les coups sont permis

Barr aborde ce défi avec une détermination et une candeur tranquille rarement vues à Washington - en particulier lorsqu'il s'agit de défier ceux qui dirigent les agences de renseignement.

La grande question, une fois de plus, est de savoir si le président Donald Trump suivra sa pratique habituelle de maîtriser ses subordonnés à la dernière minute, de peur qu'ils ne s'affrontent aux membres vindicatifs et encore puissants de l'État profond.

Heureusement, au moins pour ceux qui s'intéressent à la vérité, certains des auteurs de ce rapport croupion nommé à tort "Évaluation de la Communauté du Renseignement" [ICA] commandé par Obama, orchestré par Brennan-Clapper-Comey, et publié le 6 janvier 2017, vont maintenant être auditionnés. Ce document est encore largement cité comme montrant que "l'ensemble de la communauté du renseignement était d'accord" sur la fable du Russiagate, mais c'est loin d'être le cas. Comme Clapper l'a admis, cette "évaluation" a été rédigée par des "analystes triés sur le volet" de seulement trois des 17 agences de renseignement - CIA, FBI et NSA.

Le procureur américain Durham ferait bien de s’ enquérir également auprès des analystes d'organismes comme l’Agence de Renseignement de la Defense [DIA] et les services de renseignement du département d'État, des raisons pour lesquelles ils croient avoir été exclus. L'Évaluation de la Communauté du Renseignement sur l'ingérence russe est l'exemple d'analyse du renseignement de la plus basse pertinence que j'aie jamais vu. Comme presque tous les petits barons et les médias ne jurent que par elle, j'ai fait une évaluation de l'Évaluation pour son deuxième anniversaire, où j’ai écrit :

"Sous le battage médiatique de l'hystérie anti-russe, des États-uniens crédules ont été conduits à croire que Donald Trump devait sa victoire électorale au président de la Russie, dont la "campagne d'influence", selon les citations du rapport de renseignement faites par le Times, a appuyé "autant qu’il est possible les chances électorales du président élu Trump en discréditant la secrétaire d'État Clinton".

Les preuves tangibles à l’appui de la réthorique des médias et des politiques, ont été aussi insaisissables que les preuves d'armes de destruction massive en Irak en 2002-2003. Cette fois, cependant, une augmentation alarmante de la possibilité d'une guerre avec la Russie dotée de l'arme nucléaire s'en est suivie - que ce soit à dessein, par orgueil ou par vanité de rang. Les conséquences possibles pour le monde sont encore plus graves que 16 années de guerre et de destruction au Moyen-Orient. …

L'Agence de Renseignement de la Défense [DIA] aurait dû être incluse, d'autant plus qu'elle possède une expertise considérable sur le G.R.U., l'agence de renseignement militaire russe blâmée pour le piratage des courriels du Comité National Démocrate. Mais la DIA, elle aussi, a une tendance à l’indépendance et se trouve, en fait, capable de porter des jugements que Clapper rejetterait comme anathème. Juste un an avant que Clapper ne décide de faire l'évaluation de la communauté du renseignement, la DIA avait officiellement béni, dans son rapport "Stratégie de sécurité nationale de décembre 2015", l'idée hétérodoxe suivante :

"Le Kremlin est convaincu que les États-Unis préparent le terrain pour un changement de régime en Russie, conviction encore renforcée par les événements en Ukraine. Moscou considère les États-Unis comme le principal moteur de la crise en Ukraine et estime que le renversement de l'ancien président ukrainien Ianoukovitch est la dernière étape d'une longue série d'efforts de changement de régime orchestrés par les États-Unis ".

D'autres questions sur la raison pour laquelle l'Agence du renseignement de défense a été tenue à l'écart de la table de rédaction de l'Evaluation de la Communauté du Renseignement ?

 

source : https://consortiumnews.com/2019/06/13/ray-mcgovern-doj-bloodhounds-on-the-scent-of-john-brennan/

 

 

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