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Billet de blog 16 juil. 2014

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Ukraine : l'internationale noire aux ordres des putschistes

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Mardi 15 juillet - Pendant ces derniers mois, nous avons lu et entendu des fleuves de paroles sur la présence en Ukraine, parmi les files des soi-disant "philorusses", de centaines voire de milliers de mercenaires étrangers ou issus des troupes spéciales russes, envoyés par Poutine, pour aider les milices qui s'opposent au régime putschiste installé à Kiev au mois de février. Des fleuves de mots n'ayant reçu presque jamais des confirmations, à l'exception de quelques cas concernant des agents de formations nationalistes russes opérant dans plusieurs théâtres de guerre - Tchétchénie, Dagestan, Ossétie - qui sont bien peu de chose comparés à l'emploi de la part du gouvernement, par exemple, de plusieurs centaines de mercenaires de l'ex Black Water, maintenant Academi, arrivés concomitamment au renversement violent du président Yanoukovitch avec un calendrier plus que suspect.

Et puis nous avons découvert que, aux côtés des soldats et des miliciens aux ordres du gouvernement putschiste, oeuvraient des agents de l'extrême droite de plusieurs pays occidentaux, parmi lesquels ce Francesco Fontana que les sites néo-fascistes italiens - avec le soutien des médias mainstream toujours bienveillants - ont déjà transformé en une 'icône héroïque". 

Or un journaliste de droite, Fausto Biloslavo, nous fournit quelques éléments d'information et de réflexion de plus, sur un théâtre de guerre devenu le point de référence et d'entraînement pour des formations néo-fascistes de toute l'Europe. Une fois épuré des nombreux éléments propagandistes et idylliques - l'héroïsme désintéressé des combattants, la dimension romantique présumée - le reportage publié par Biloslavo est intéressant, parce que non intentionnellement - ou même intentionnellement - il démentit beaucoup de clichés que le récit mainstream de la guerre 'civile' ukrainienne a fourni jusqu'à maintenant au grand public. Et il met en évidence la grande contradiction non résolue des mouvements néo-fascistes de tout le continent. Qui combattent, même avec l'arme au poing, au service de la stratégie de l'OTAN et de l'Union Européenne contre la Russie tout en déclarant cependant, avec une faible dose de crédibilité, être une alternative à ces mêmes puissances impérialistes et à leurs 'fausses valeurs'. Bonne lecture.

Hommes noirs


traduction de l'italien du reportage de Fausto Biloslavo publié sur le site de Il Giornale.it 

La guerre civile en Ukraine de plus en plus sanglante et oubliée aligne aux premiers rangs un détachement fidèle à Kiev, qui enrôle des volontaires européens originaires de l'Italie, de la Suède, de la Finlande, des pays Baltes et de la France. Le bataillon Azov, accusé de sympathies nazies, est en train de combattre avec ses 250 hommes sur le front oriental de l'Ukraine contre les rebelles philorusses. Une douzaine de volontaires étrangers, qui jurent ne pas être payés, ont déjà prêté sermon. D'autres 24 sont en train d'arriver et sur Facebook, le vétéran français de la guerre en Croatie, Gaston Besson, a lancé depuis Kiev un appel à l'enrôlement. Pendant plusieurs jours, nous avons suivi depuis la base de Berdyansk, dans l'est du pays, le bataillon Azov, qui est sous le contrôle du ministère de l'Intérieur.

Parmi les volontaires européens, l'italien Francesco F. a laissé la vie de manager pour combattre aux côtés des ukrainiens contre les rebelles philorusses. Le tireur d'élite Mikael Skillt, l'un des rares à parler à visage découvert, a sa tête mise à prix par les séparatistes. Et parmi eux il y a aussi un russe qui voudrait abattre le gouvernement de Moscou. A cause de la couleur de l'uniforme et de la provenance depuis l'extrême droite ukrainienne et européenne, ils sont connus comme "les hommes noirs".

Le volontaire italien

Le colosse alourdi par le gilet pare-balles, un passe-montagne noir sur le visage et des lunettes noires, se plie sur un genou pour mieux pointer la kalachnikov et appuie sur la gâchette. Puis se redresse et change le chargeur pour continuer à tirer. Francesco, 53 ans, est l'italien du bataillon Azov, que tout le monde appelle "don" ou "oncle".

"Sur les barricades de la place Maidan je me suis retrouvé par hasard, fasciné par une révolution populaire - raconte le volontaire avec le béret noir - Et par les jeunes centuries de Praviy Sektor (formation de l'extrême droite nationaliste ukrainienne n.d.a.) avec les boucliers médiévaux ensemble avec les babucke qui portaient le thé à 17 degrés sous zéro ou les jeunes filles affairées à remplir d'essence les bouteilles vides pour les transformer en molotov".

Dans les années soixante-dix, à Pise, il avait milité d'abord avec Avanguardia Nazionale et puis dans le Fronte della gioventù (Avangarde Nationale et Front de la jeunesse, ndt), la branche jeune du Mouvement social italien (l'équivalent du FN français de l'époque,ndt). Diplômé dans les études de droit il a fait le manager, avant d'être foudroyé sur le chemin de Kiev.

Après l'annexion russe de la Crimée et la rébellion philo-Moscou en Ukraine orientale, Francesco a décidé de s'enrôler et combattre dans la "Légion internationale" qui est en train de naître. "Dans le moment du danger un ressort a sauté. - explique-t-il dans la base des hommes noirs - Comme nous le disons en Italie, la comédie est terminée. Ce n'était plus un jeu. Qu'allais-je faire, revenir à la maison et abandonner les camarades dans les barricades de Maidan ?".

Le baptême de feu est arrivé le 13 juin avec la bataille de Mariupol, la ville côtière sur la mer d'Azov conquise par les rebelles. 

"C'est nous qui avons été de l'avant. Nous avons pris une défense contre-aérienne tout en la positionnant à hauteur zéro et nous avons pulvérisé les barricades des philo-russes". Un ami à lui ukrainien, nom de bataille "légionnaire" a été blessé. Parmi les jeunes ukrainiens du peloton, y compris quelques ultras de la Dynamo Kiev, il y a le mythe de l'empire romain et de l'Europe des croisades. Sur les pectoraux et les biceps des "hommes noirs" abondent les tatouages de runes et de croix celtiques. Les quelques fois qu'ils sortent de la base en civil pour faire un tour ils sont en couple et prennent avec eux les armes dans un sac de gymnastique.

"Nous sommes des volontaires. On ne nous paie même pas les cigarettes - souligne l'italien sur le front de l'Est - Une expérience comme celle-ci je la rêvais depuis une vie. Nous voulons une Ukraine unie, mais indépendante ni avec la Russie, ni avec l'OTAN ou avec les fausses valeurs de l'Union Européenne".

Le recruteur

"Je ne suis pas un mercenaire et pas un agent secret non plus. Je ne me cache pas. Je me définis comme révolutionnaire, idéaliste, qui a traversé deux guerres et trois insurrections en Croatie, Bosnie, Birmanie, Laos, Suriname". Parole de Gaston Besson, 46 ans, vétéran de première ligne à plusieurs latitudes.

Des yeux verts, des cheveux blancs. Nous le rencontrons sur la place Maidan, parmi les ruines des barricades. Né au Mexique de parents français, lorsqu'il était adolescent il a quitté l'école pour suivre l'aventure comme chercheur d'or en Colombie. Sa mère, qui produit du vin en Bourgogne, lui a ordonné : ou bien tu travailles dans l'entreprise familiale et bien tu entres dans l'armée. Besson a choisi cinq ans chez les parachutistes et dans les forces spéciales. Puis Paris l'a envoyé non officiellement dans le Sud Est Asiatique, où il a reçu le baptême du feu. en Croatie pendant la guerre contre les serbes il a été blessé trois fois. A Besson le terme ne plaît pas, mais il est recruteur des volontaires européens qui combattent contre les rebelles philo-russes.

"Beaucoup viennent des pays du nord Europe comme la Suède, la Finlande, la Norvège. Les demandes parviennent aussi depuis l'Italie - révèle le français - Les fils des croates qui ont combattu dans le années 90 veulent venir donner leur contribution" (en italien "fare la sua parte" mêle l'idée sociale de contribution et l'idée théâtrale de rôle, ndt). 

Dans la base du bataillon Azov à Berdyansk il y a l'incroyable "Mike' avec une barbichette et des cheveux blonds de viking. Ex tireur d'élite de l'armée suédoise il est venu faire le sniper en Ukraine, après avoir vu les images des affrontements sanglants de Maidan. Les philo-russes ont mis sa tête à prix pour 5.000 euros, un montant important dans ces régions. Et lui, il hausse les épaules : "Je ne les crains pas. S'ils veulent, qu'ils viennent me chercher".

Dans la Ligue Internationale il y a aussi Muran, un jeune russe qui voudrait abattre le système à Moscou. "Plutôt que de me faire prendre vivant je me fais sauter en l'air avec une grenade" jure le jeune homme masqué qui vient des montagnes de l'Oural.

Le vétéran français Besson révèle : "Tous les jours je reçois des dizaines de mails de demandes, mais j'en écarte 75%. Qui veut s'unir à nous doit acquérir le billet d'avion avec son propre argent. Et puis réussir à Kiev au cours d'une période initiale d'entraînement avant d'être envoyés en première ligne. Nous ne voulons pas de fanatiques, des gens à la gâchette facile, des drogués ou bien des ivrognes. Nous avons besoin d'idéalistes sans paie, pas de mercenaires gagés".

En Croatie, pendant la guerre d'indépendance de 1991, il commandait 500 hommes originaires de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Irlande, d'Italie. Pendant les durs combats autour de Vukovar, la Stalingrad croate, il a reçu l'ordre d'évacuer les civils d'un village menacé par l'avancée serbe. Lorsque ses hommes étaient en train de s'en aller Besson a entendu les pleurs d'une petite fille. "Je l'ai cherchée désespérément pendant que les autres me hurlaient qu'il fallait déguerpir - raconte le français - A la fin je l'ai trouvée cachée, terrorisée et je l'ai mise en sécurité". Cette fille avait 6 ans. En 2007 Besson est revenu en Croatie sur les lieux où il a combattu. Dans un bar il a connu Ivana, bien plus jeune que lui, qui est devenue sa femme. Les parents lui racontaient qu'elle avait été sauvée par un étranger pendant la guerre. "Mais seulement après un certain temps nous avons compris - raconte Besson - Ivana était l'enfant qui pleurait dans les ruines près de Vukovar". 

Rédaction Contropiano 

http://contropiano.org/internazionale/item/25276-ucraina-l-internazionale-nera-agli-ordini-dei-golpisti 

l'article de Fausto Biloslavo a été publié originairement dans le quotidien italien en ligne Il Giornale.it, où on trouvera les vidéos de son reportage dans la base de Berdyansk  :

http://www.ilgiornale.it/static/reportage/ucraina/uomini_neri.htm 

Et à propos de Vukovar, une proposition de referendum sur le bilinguisme en Croatie, par les nationalistes croates et les vétérans de la guerre des années 90 va bientôt être examiné par la Cour Constitutionnelle. Analyse des conséquences éventuelles pour les Serbes de Vukovar et pour les autres minorités linguistiques.

Croatie : nationalistes et droite contre les minorités linguistiques 

Mercredi 16 juillet - Le Parlement croate a passe la balle à la Cour Constitutionnelle qui devra s'exprimer donc sur l'admissibilité d'un referendum sur la restriction de l'emploi public de l'alphabet cyrillique à Vukovar, ville où pendant la guerre fratricide des premières années '90 des centaines de milliers d'appartenants à la communauté serbe furent tués et expulsés de leurs maisons et de leurs territoires et contraints de se réfugier en Serbie et en Bosnie, où la plupart d'entre eux sont restés jusqu'à aujourd'hui dans l'impossibilité de revenir dans leurs maisons.

En novembre une association de groupes nationalistes croates, composés en majorité par des vétérans de guerre, ont recueilli 526.000 signatures pour organiser un referendum qui vise à monter à 50% (contre 33% de la loi actuelle) le seuil de la population minoritaire qui vit dans une ville ou une commune afin d'avoir droit au bilinguisme. Le recensement de 2011 a montré que à Vukovar 34% de la population est composée de Serbes, chiffre qui a déclenché la clause sur le droit à l'usage du cyrillique dans la communication publique, mais aussi une série de protestations organisées par les organisations nationalistes qui demandent que la ville qui plus que toutes les autres, a souffert dans la guerre contre les Serbes, doive être exonérée de cette loi. Selon les promoteurs du referendum le cyrillique serbe représente symboliquement "ceux qui ont agressé et détruit la ville en 1991, en tuant des milliers de personnes".

Selon la majorité parlementaire, composée par des partis de centre-gauche, le questionnaire du referendum proposé est en violation de la Constitution de la Croatie, du Traité d'adhésion à l'UE et d'autres traités internationaux qui règlent les droits des minorités ethniques. 

De plus, si la loi sur la tutelle des minorités fusse réellement approuvée dans le sens demandé par les promoteurs du referendum, elle entacherait les droits de toutes les minorités sur tout le territoire du Pays, et non seulement celle serbe à Vukovar.

Le gouvernement s'est exprimé contre le referendum, en le définissant incivil et en violation des obligations internationales de la Croatie, mais c'est la Cour constitutionnelle qui doit en décider. Les Serbes sont la minorité ethnique la plus nombreuse de la Croatie, 4% des 4,3 millions d'habitants. 

Rédaction Contropiano

http://contropiano.org/internazionale/item/25308-croazia-nazionalisti-e-destra-contro-le-minoranze-linguistiche 

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