La "locomotive" allemande, le "roi Knut" et le "prince" Jinping

Ci-dessous, deux articles traitant de deux sujets distincts : une hypothèse géopolitique sur la crise politique provoquée en Ukraine par l'ingérence des USA, et le projet d'une "nouvelle route de la soie" reliant l'Allemagne à la Chine via la Russie. Ces deux sujets convergent sur des interrogations qui ne semblent pas préoccuper beaucoup nos gros médias, engouffrés qu'ils sont depuis le début de la crise, dans une vision atlantiste des relations euro-russes. Qu'ils ne soient pas trop objectifs nous avons eu plusieurs fois l'occasion de le constater, non seulement pour le nombre considérable de mensonges et d'omissions, mais aussi parce qu'ils voilent du même coup les perspectives d'avenir s'ouvrant à l'Europe, en tête de laquelle sa "locomotive", l'Allemagne vers le continent eurasiatique, dont nous sommes géographiquement parlant, l'extrême région occidentale. Certes il ne s'agit nullement de voir tout noir d'un côté et tout blanc de l'autre, mais les mensonges et les silences discréditent les messagers...  

Quoi qu'il en soit, concernant une issue à la crise en Ukraine - dont le coup d'état à Kiev est en train de pousser la partie orientale du pays vers la séparation - et celle concernant les relations économiques entre l'UE et la Russie n'ayant pas encore pris fin, que penser des accords commerciaux Allemagne/Chine qui semblent être en train d'impliquer la Russie mais apparamment, sans la participation de l'UE ?

 

Le premier article ci-dessous est celui d'Immanuel Wallerstein, "The Geopolitics of Ukraine’s Schism". Il est daté du 15 février de cette année, c'est-à-dire une semaine avant le coup d'état de Kiev, I. Wallerstein ne pouvait raisonnablement pas prévoir le niveau de turpitudes auquel les 5 milliards de $ vantés par Victoria Nuland auraient amené les putchistes et les bandes de néonazis qui leur obéissent.

De cette analyse géopolitique il est autrement important de retenir à ce jour son hypothèse centrale : le soutien des USA à la junte de Kiev ainsi qu'à l'action de destabilisation de l'Ukraine, comme action de contraste à des liens plus étroits entre l'Europe et la Russie

Seulement deux mois après, est-ce possible d'étayer cette hypothèse par des faits récents ? comment envisager les toutes dernières évolutions des relations entre la Chine et l'Allemagne, que certains analystes comme  le mexicain Alfredo Jalife-Rahme, qui selon l'article réporté ci-dessous après celui d'I. Wallerstein, intitulé "L'Allemagne et la Chine fondent la nouvelle route de la soie avec la Russie", préconiserait déjà la "troïka du 21e siècle" ?

Quelles sont les implications géopolitiques de ce projet économique reliant Bejing à Moscou jusqu'au port de Duisburg (Allemagne), pour l'Union Européenne ?

Si ce projet allait "à bon port", quelle sera-t-elle la réaction des USA qui ont visiblement dicté jusqu'à ce jour, l'agenda UE du gel des relations avec la Russie ?

 

Immanuel Wallerstein Immanuel Wallerstein

Immanuel Wallerstein



L’Ukraine souffre d’une scission interne depuis un certain temps maintenant, une scission qui menace de dégénérer en une de ces horribles guerres civiles qui deviennent de plus en plus fréquentes. Les frontières de l’actuelle Ukraine sont traversées d’un clivage linguistique, religieux, économique et culturel entre l’Est et l’Ouest, chaque partie représentant environ 50% du total.


L’actuel gouvernement (réputé dominé par la moitié Est) est accusé de corruption et d’autoritarisme dans des manifestations de l’autre camp. Il ne fait pas de doute que ce soit vrai, au moins en partie. Il n’est cependant pas certain qu’un gouvernement dominé par la moitié occidentale soit moins corrompu et autoritaire. En tout cas, dans le pays, la question est posée en termes géopolitiques : l’Ukraine devrait-elle faire partie de l’Union Européenne, ou devrait-elle tisser des liens forts avec la Russie ?


On peut donc être surpris de l’enregistrement diffusé sur Youtube dans lequel on entend la sous-Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes et Eurasiennes, Victoria Nuland, discuter de la stratégie politique en Ukraine avec l’ambassadeur américain. Dans cet enregistrement, Madame Nuland présente la question comme un cas de lutte géopolitique entre les États-Unis et l’Europe (et plus particulièrement l’Allemagne). Elle est filmée dans une tirade, dans laquelle elle dit « Fuck the Europeans »- les européens, pas les russes.


Avant de poursuivre l’analyse, prenons le temps d’exprimer notre sympathie générale à tous les gens importants qui vivent à notre époque. Ces dernières années, on a beaucoup débattu de la perte d’intimité liée aux communications. Mais ce débat a toujours porté sur la surveillance des petites gens par les États, en particulier l’Agence de Sécurité Nationale Américaine. Il semble toutefois que cette perte d’intimité touche même des gens comme Nuland. On spécule beaucoup pour savoir qui a enregistré la conversation pour faire le buzz sur Youtube. L’essentiel est que la pauvre Madame Nuland n’est plus protégée quand elle s’exprime - ou du moins quand elle s’exprime de telle manière qu’elle ne voudrait pas que le monde entier l’entende.


Voyons qui est Victoria Nuland. C’est une survivante de la clique de néocons qui entourait George W. Bush, dans le gouvernement duquel elle a occupé un poste. Son mari, Robert Kagan, est l’un des idéologues les mieux connus du groupe néocon. Il serait intéressant de se demander ce qu’elle fait à un poste clé comme celui-ci au sein du Département d’État de l’administration Obama. Le moins que l’on pouvait attendre de ce dernier et du Secrétaire d’État John Kerry c’était d’enlever les néocons de rôles comme celui-ci.


Maintenant, rappelons nous ce qu’était la ligne des néocons en Europe au temps de Bush. A l’époque, le Secrétaire d’État américain à la Défense, Donald Rumsfeld, avait parlé de la France et de l’Allemagne comme de « la Vieille Europe » par opposition à ce qu’il appelait la « nouvelle Europe » - c’est-à-dire les pays partageant l’idée de Rumsfeld sur l’invasion imminente de l’Irak. La nouvelle Europe, pour Rumsfeld, c’étaient la Grande-Bretagne et surtout les pays d’Europe centrale, qui avaient fait partie du bloc soviétique. Madame Nuland semble avoir la même perception de l’Europe.


Permettez-moi donc de suggérer que l’Ukraine est simplement le prétexte opportun pour une division politique plus large, dépourvue de tout rapport avec un schisme intérieur. Ce qui hante les Nuland de ce monde, ce n’est pas une absorption supposée de l’Ukraine par la Russie - ce à quoi l’Amérique peut s’accommoder. Ce qui la hante, elle et ceux qui partagent ses idées, c’est une alliance géopolitique de l’Allemagne/France et de la Russie. Le cauchemar d’un axe Paris-Berlin-Moscou s’est quelque peu effacé depuis son apogée de 2003, quand la France et l’Allemagne ont triomphé des efforts étasuniens pour faire que le Conseil de Sécurité de l’ONU approuve l’invasion de l’Irak.


Le cauchemar s’est un peu effacé mais il gît là, juste sous la surface, et pour de bonnes raisons. Une telle alliance est pertinente géopolitiquement pour l’Allemagne/France et la Russie. Et en géopolitique, ce qui est pertinent est une donnée contraignante, que l’insistance sur les différences idéologiques affecte peu. Les choix géopolitiques peuvent être ajustés par les individus au pouvoir, mais la pression pour l’intérêt national de long terme reste forte.


Pourquoi un axe Paris-Berlin Moscou est-il pertinent ? Il y a de bonnes raisons. L’une d’entre elles est le recentrage des États-Unis vers l’espace Pacifique, mettant fin à leur longue histoire d’atlantisme exclusif. Le cauchemar de la Russie, et aussi de l’Allemagne, n’est pas une guerre entre les États-Unis et la Chine mais une alliance entre les États-Unis et la Chine (qui inclurait également la Corée et le Japon). La seule façon pour l’Allemagne de contrecarrer cette menace à sa propre prospérité et à son pouvoir est une alliance avec la Russie. Et sa politique envers l’Ukraine montre précisément qu’elle donne la priorité au fait de résoudre les questions européennes en incluant plutôt qu’en excluant la Russie.


Quant à la France : Hollande a essayé jusqu’ici de faire la cour aux Etats-Unis en agissant comme si la France appartenait à la « nouvelle Europe ». Mais le gaullisme a été depuis 1945 le fondement de la géopolitique française. Des présidents prétendument non gaullistes tels que Mittérand et Sarkozy ont en réalité mis en œuvre des politiques gaullistes. Et Hollande découvrira bientôt qu’il n’a d’autre choix que d’être un gaulliste. Le gaullisme n’est pas une « gauchisme ». C’est plutôt la conscience que ce sont les Etats-Unis qui menacent le rôle géopolitique de la France, et la France doit défendre ses intérêts en s’ouvrant à la Russie dans le but de contrebalancer le pouvoir des Etats-Unis.


Qui gagnera à ce jeu ? L’avenir nous le dira. Mais Victoria Nuland ressemble un peu au roi Knut* demandant à la marée de reculer. Et les pauvres ukrainiens pourraient se voir forcés de panser leurs plaies intérieures, qu’ils le veuillent ou non.

 

 

* D’après les légendes, le roi Knut du Danemark aurait un jour installé son trône sur une plage pour ordonner au flux de s’arrêter. Ce dernier aurait fini par le mouiller, désobéissant au commandement royal. (N.d.T.)

 

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Xi Jinping et Joachim Gauck le 28 mars 2014. Joachim Gauck est président de la République allemande depuis 2012.

 

 

Alfredo Jalife Rahme

 

Contrairement à ce qui s’est passé en Allemagne et en Russie, la presse chinoise a accordé beaucoup d’attention à la « nouvelle route de la soie » : un projet de grande ampleur conçu par Pékin pour rapprocher cette ville de Berlin et de Moscou tant sur le plan géographique qu’économique, mais qui, à mon avis, a une portée géopolitique bien plus grande. C’est pourquoi, lorsqu’il s’est rendu en visite à Duisbourg, une ville située dans la région sidérurgique et commerciale de la Ruhr qui, en plus d’être le plus grand port intérieur du monde, constitue un carrefour pour le transport et les activités logistiques en Europe, le dirigeant chinois Xi Jinping a appelé de ses vœux la construction de la ceinture économique de la route de la soie.


 

Ainsi, pendant que les États-Unis se positionnent avantageusement grâce au Partenariat transpacifique et au Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (respectivement TPP et TTIP en anglais), deux accords qui devraient prétendument leur permettre de s’emparer des deux tiers du commerce mondial, la réalisation du projet de « nouvelle route de la soie » aurait pour effet d’unir la Chine, deuxième puissance économique mondiale —sur le point de détrôner les États-Unis—, l’Allemagne (première puissance économique à l’échelle européenne et quatrième à l’échelle mondiale) et la Russie (huitième puissance économique mondiale).

 

 

Toutefois, l’audace du dirigeant chinois sur les plans géoéconomique et géopolitique pourrait remettre au goût du jour la stratégie qui a constitué la clé de voûte de la géopolitique anglo-saxonne depuis l’époque de Sir Halford Mackinder (le théoricien de l’Otan) entre les deux guerres mondiales, à savoir : empêcher à tout prix la constitution d’une alliance entre l’Allemagne et la Russie en Europe. Aujourd’hui, la Chine et l’Allemagne sont reliées par le réseau ferroviaire international Chongqing/Xinjiang/Europe.

 

 

L’agence de presse Xinhua a annoncé que, depuis l’entrée en service en 2011 du réseau ferroviaire « Yu Nouvelle Europe », ce qui a fait passer de cinq semaines (par la voie maritime) à seulement deux jours la durée du transport des marchandises, puis en 2013 de la ligne de chemin de fer reliant en douze jours Chengdu (capitale du Sechuan et sanctuaire des légendaires pandas) à Lodz (Pologne) en passant par les trois marchés émergents que sont le Kazakhstan, la Russie et la Biélorussie, ce réseau, baptisé « Nouvelle route de la soie », est devenu « en reliant la métropole de Chongqing (sud-est de la Chine) à la ville de Duisbourg, la plus importante route commerciale du monde » [1].

 

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D’aucuns prévoient que la Chine deviendra le principal partenaire commercial de l’Allemagne d’ici cinq ans, puisque « les perspectives de croissance [de ses grands partenaires de l’heure que sont la France et les États-Unis] sont des plus limitées ».

 

 

Tout en parlant des sanctions imposées à la Russie par les puissances occidentales, la presse iranienne n’a pas manqué de souligner le rapprochement de la Chine avec l’Allemagne et de publier une interview de William Engdahl, le chercheur germano-américain très versé en géopolitique des ressources énergétiques, de la finance et des produits alimentaires qui enseigne dans des universités chinoises et allemandes [2]. De l’avis du journaliste iranien qui a réalisé l’interview, le président chinois Xi Jingping a réussi, dans le domaine de la diplomatie économique, un coup de maître en contrecarrant « les efforts déployés par la faction néoconservatrice de Washington pour provoquer une nouvelle confrontation entre l’Otan et la Russie ».

 

 

D’après Engdahl, la déclaration de Xi à Duisbourg comporte « des perspectives de croissance économique extrêmement prometteuses pour l’Eurasie ». Cela met en évidence que l’Allemagne et la Chine forment « deux locomotives économiques » situées à chacune des extrémités de la route de la soie et rappelle que le terme de « route de la soie » fait référence à « l’ancienne route commerciale et culturelle construite en 200 avant J.-C. sous la dynastie Han pour unir la Chine, l’Asie centrale, le sud de l’Asie, l’Europe et le Proche-Orient ».

 

 

Durant la troisième séance plénière du Parti communiste chinois, Xi a parlé aussi bien de « route de la soie » que de « route de la soie maritime (sic) ». Pour le dirigeant chinois, la route eurasiatique constitue une « priorité stratégique », puisque la « Chine doit trouver de nouveaux marchés d’exportation, conserver ceux dans lesquels elle est déjà implantée, ainsi que réduire les disparités de développement entre les zones côtières bien développées, comme Shanghaï, et les régions de l’intérieur du pays nettement moins développées », de manière à « garantir la stabilité à l’intérieur de la Chine comme dans les régions avoisinantes ».

 

 

Toutefois, la route de la soie traverse la bouillonnante province chinoise du Xinjiang où sont majoritaires les musulmans ouïghours, un peuple d’Asie centrale d’origine mongole.

 

 

Engdahl fait remarquer que « le tracé de la nouvelle infrastructure passe par la Russie », puisqu’il « n’existe pas d’alternative économique », ce qui rend indispensable le renforcement de la coopération entre l’Allemagne et la Russie et, en définitive, entre la Chine et ces deux pays. Pour Engdahl, il est important de remarquer qu’une semaine avant qu’il entreprenne sa grande tournée des divers pays européens, le dirigeant chinois a reçu à Pékin Bin Abdulaziz Al Saud, le prince héritier d’Arabie saoudite. Il lui a proposé de s’associer à la construction de la ceinture économique des routes de la soie (terrestre et maritime) visant à favoriser « le transport et les échanges culturels ».

 

 

Il est d’ailleurs révélateur que Xi englobe toujours la question culturelle dans les échanges commerciaux, comme l’a montré sa visite historique dans le Yucatán : l’« esprit de Chichén Itzá » [3]. Le dirigeant ne laisse rien au hasard et, tout comme son Premier ministre, il a rendu visite à divers pays d’Asie centrale par où passe la route de la soie, à savoir : le Turkménistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Kirghizstan.


 

La difficile stabilisation de l’Asie centrale sera essentielle à la réussite de la nouvelle route de la soie, un projet avant-gardiste des plus ambitieux de Xi qui dépend de cinq facteurs :
1. la coopération économique des partenaires ;
2. le renforcement de la cohésion de la route en vue de construire un grand corridor de transport s’étendant de l’océan Pacifique à la mer Baltique et de l’Asie centrale à l’océan Indien ;
3. la libéralisation des échanges grâce à l’élimination des obstacles au commerce ;
4. le renforcement de la coopération monétaire, ce qui, à mon avis, finira par affaiblir progressivement le dollar au profit du renminbi chinois, de la roupie indienne et de l’euro « allemand » ;
5. l’approfondissement des relations entre les peuples des pays partenaires : trente mille membres du Conseil de coopération de Shanghaï étudieront dans les universités chinoises au cours des dix prochaines années.

 

 

De l’avis d’Engdahl, la décision prise par la Chine de regarder dans la direction de son « occident » tient compte d’une très importante question liée à sa sécurité, car ce pays serait « très vulnérable à la fermeture du détroit de Malacca, par où transite 85 % de ses importations, dont 80 % de ses ressources énergétiques ».

 

 

Avec son projet de « nouvelle route de la soie », tant dans sa version terrestre que maritime, la Chine tente de remédier à une éventuelle fermeture du détroit de Malacca.

 

 

Passé maître dans l’art de la balkanisation et de la déstabilisation, le couple anglo-saxon laissera-t-il sans réagir se développer l’axe eurasiatique tripartite Berlin-Moscou-Pékin, un axe susceptible d’instaurer un nouvel ordre mondial multipolaire ?

 

 

[1] « Le président chinois appelle la Chine et l’Allemagne à construire la ceinture économique de la Route de la Soie », Xinhua, 30 mars 2014.

[2] “China uses economy to avert cold war”, par F. William Engdahl, Press TV, 17 mai 2014.

 

[3] Chichén Itzá, situé au Yucatán dans l’actuel Mexique, fut le centre religieux des Mayas au Xe siècle.

 

 

 

 

 

Sources :

"La géopolitique du schisme ukrainien", Immanuel Wallerstein, 15.02.14, traduit de l'anglais par Marc Harpon :


http://socio13.wordpress.com/2014/03/02/la-geopolitique-du-schisme-ukrainien-par-immanuel-wallerstein/#more-33746

source de l'article :

http://www.iwallerstein.com/geopolitics-ukraines-schism/

 

"L'Allemagne et la Chine fondent la nouvelle route de la soie à travers la Russie", Alfredo Jalife Rahme, 4.05.14, traduit de l'espagnol par Arnaud Bréart :

http://www.voltairenet.org/article183848.html

source de l'article :

http://www.alfredojalife.com/alemania-y-china-edifican-la-nueva-ruta-de-la-seda-a-traves-de-rusia-la-troika-del-siglo-xxi/

 

 

 

 

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