21 AVRIL 2017 - PAR YOUCEF BENZATAT
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Pour tous les observateurs de la scène politique algérienne, une question revient sur toutes les lèvres : pourquoi le pouvoir algérien laisse faire les séparatistes et les berbéristes zélés ? Alors que ce laxisme apparent les pousse à de plus en plus de manifestations bruyantes et arrogantes dans leur revendication d’indépendance et l’expression sournoise de leur différence, pour les plus modérés, qui rappellent les démonstrations de force du FIS autrefois.
Le laxisme du pouvoir est tel que les partisans du séparatisme chaoui, m’zab et touareg semblent encouragés à emprunter le même chemin avec les mêmes tentations. C’est un laxisme qui est du moins assez problématique ! Pourtant les actes hostiles à l’unité nationale de ces derniers sont ouvertement commis sur le territoire national, avec leurs slogans et leurs symboles des plus provocateurs et des plus explicites ; plus virulents encore que ceux du FIS par le passé, dont la revendication principale était la mise au ban de la société de tous ceux qui ne partagent pas leur projet politique théocratique. De plus, les islamistes n’avaient jamais exhibé ouvertement leurs soutiens idéologiques et financiers, que sont les monarchies wahabites et leurs alliés occidentaux. Alors que les séparatistes ne les ont jamais cachés, plutôt s’efforcent de s’afficher à leurs côtés en faisant appel à leur soutien politique, militaire et financier, ouvertement et dans la transparence totale. Notamment, Israël, Maroc, Bernard-Henry Levy, une personnalité subversive parmi les plus actives du chaos du « printemps arabe », au profit de l’alliance impérialo-sioniste dans leur projet de redistribution de la carte géopolitique du Moyen-Orient.
Néanmoins, ce laxisme apparent a montré ses limites après le passage à l’acte au M’Zab, ayant provoqué des violences qui ont fait plusieurs victimes innocentes parmi la population et qui s’est soldé par l’arrestation des principaux activistes parmi les séparatistes de cette région et le démantèlement d’un réseau d’espions du Mossad.
Les similitudes avec la situation des années 1990 semblent du moins assez troublantes. Le pouvoir semble jouer au chat et à la souris avec tous ceux qui s’engagent dans des chemins sans issues, ceux qui mènent vers l’atteinte à l’unité du peuple algérien, à sa souveraineté nationale et à l’intégrité de son territoire. A savoir, les pousser jusqu’au pourrissement de la situation, pour ensuite sévir. Entre temps, constituer des fichiers pour rendre l’opération d’arrestation et de neutralisation des coupables de ces tentations aisée et efficace. C’est exactement ce qui s’est passé avec les militants les plus actifs du FIS durant la période des années 1990.
On peut s’attendre dans ces conditions à de plus en plus de pourrissement de la situation en Kabylie dans les temps à venir, jusqu’au passage à l’acte, dont les symptômes se sont déjà manifestés lors de la commémoration du 20 avril, où les leaders séparatistes ont appelé à la contestation « physique », en sous-entendant la résistance armée. C’est à ce moment-là, de toute évidence, que l’on pourra s’attendre à une réaction violente du pouvoir pour en finir avec cette mouvance extrémiste. Une hypothèse qui pourra peut-être répondre à toutes les interrogations sur le pourquoi du laxisme dans cette affaire de la part du pouvoir algérien !
Tout laisse à croire que cette stratégie du pouvoir, celle du jeu au chat et à la souris avec les séparatistes, aura pour conséquences la reproduction des troubles advenus autrefois avec le FIS et allonger encore un peu plus la légitimité de sa confiscation du politique, aussi longtemps que les résidus de ce conflit en perspective ne soient neutralisés. Sans vouloir verser dans le pessimisme, le pouvoir dans ce cas n’aura aucun intérêt à l’éradication définitive de ces résidus, comme c’est le cas aujourd’hui avec celui des islamistes. Sans l’émergence d’une opposition en rupture avec le système de pouvoir, capable de s’ériger en un véritable contre-pouvoir, celui-ci aura de beaux jours devant lui dans sa volonté de confiscation du politique et l’ajournement indéfini de l’avènement démocratique.
voir aussi : Les amis sionistes de Ferhat Mehenni : Le Maroc et Israël au secours du MAK
DIA-03 Novembre 2015 - Sihem Sabor