Le pilatisme de l'UE (et de l'Italie) sur l'antinazisme – par Fabrizio Poggi

Lors de la 3e commission de l'Assemblée générale de l'Onu 125 pays ont voté en faveur de la résolution proposée par la Russie, visant le nazisme et son héroïsation, le néonazisme et d'autres pratiques discriminatoires. 51 pays se sont abstenus dont l'UE. USA et Ukraine ont voté contre. Pendant ce temps, pour les néonazis la "conquête de l'Europe" n'est pas seulement une métaphore.

18 NOVEMBRE 2017 – PAR FABRIZIO POGGI (Contropiano.org)

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La Troisième commission de l'Assemblée générale de l'ONU a adopté la résolution proposée par la Russie et 49 autres pays, - parmi lesquels Bélarus, Venezuela, Egypte, Inde, Kazakhstan, RPDC, Cuba, Serbie, Syrie et Afrique du Sud - contre le nazisme et son héroïsation, le néonazisme et d'autres pratiques discriminatoires. Etats-Unis et Ukraine ont voté contre.

La résolution exprime sa profonde préoccupation au sujet de la célébration des anciens membres de la Waffen SS et les « tentatives continues de détériorer ou détruire les monuments dédiés à ceux qui se sont battus contre le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale ». Il lance également une alerte contre l'augmentation des regroupements néonazis et « sur le nombre croissant de positions de relief occupées par des représentants de partis racistes ou xénophobes dans toute une série d'assemblées législatives nationales et locales. »

125 pays ont voté en faveur de la résolution ; parmi les 51 abstentions : les immanquables pays de l'UE, avec la Turquie, la Géorgie, l'Australie et d'autres. La résolution sera examinée par l'Assemblée générale en décembre.

Très clair le renvoi à la situation de l'Ukraine putschiste sans oublier bien évidemment celle de la Pologne nationaliste, où depuis un certain temps, sont en train d'être détruits un après l'autre les monuments érigés aux soldats de l'Armée Rouge tombés pour la libération du nazisme.

Pendant ce temps, Der Spiegel publie une autre alerte sur le bataillon néonazi ukrainien Azov, lancé pour le « salut de l'Europe » en vue de « sa nouvelle conquête », avec ses rangs renforcés par les néonazis allemands et d'autres pays européens. Selon le magazine allemand, la propagande qui a été développée par Azov pendant les trois dernières années, lui aurait assuré une croissance qui lui aurait permis de passer de 850 à 2500 membres actuels.

La campagne de recrutement menée en Allemagne pendant le mois de juillet dernier semble avoir eu un certain succès : pendant le festival Rechtsrock de l'extrême droite à Themar, en Thuringe, qui a réuni plus de six mille personnes, Azov a distribué des tracts avec l'appel à « entrer dans les rangs des meilleurs. »

En plus du dossier du Spiegel , Dmitrij Rodionov rappelle sur Svobodnaja Presscomme comment l'annèe dernière, la police brésilienne avait mené une opération dans l'état de Rio Grande do Sul contre les recruteurs de  Azov et les néonazis locaux qui se préparaient à partir pour le Donbass. En mai dernier, même la Chambre des représentants du Congrès USA avait proposé d'interdire à l'Ukraine de verser les fonds occidentaux au bataillon néonazi et d'interdire aux instructeurs militaires d'entraîner les recrues. Une chose qui est évidemment difficile à prendre au sérieux, étant donné que depuis des années, bien avant le coup d'état de février 2014 – bien au contraire : en vue de ce tournant – des instructeurs non seulement USA, mais aussi d'autres pays occidentaux, sont en train de former les forces de l'Ukraine putschiste y compris les sections de plusieurs bataillons néonazis, accusés de crimes de guerre même par des organisations sûrement pas "communistes", comme Human Rights Watch et Amnesty International.

Et la « conquête de l' Europe » n'est pas seulement une métaphore. Selon le politologue Igor Šatrov, depuis que « les opérations du Donbass se sont transformées pour la plupart en une guerre de position, plusieurs éléments des bataillons, y compris Azov ont été amenés en Europe à la recherche de nouvelles opportunités pour montrer leur 'talent' de sorte que même le Spiegel a été obligé de le remarquer. » Malheureusement, poursuit Satrov, dans de nombreux pays européens, « la rhétorique officielle encourage la diffusion de l'idéologie néofasciste, avec la répétition de l'idée de nations supérieures à d'autres, de systèmes sociaux, économiques et politiques supérieurs à d'autres, etc. ».

En ce qui concerne spécifiquement le bataillon (maintenant régiment) Azov, issu du programme "Patriote ukrainien", le politologue Eduard Popov rappelle comment, dès 2009, se répandit « la stratégie d'une confédération des peuples d'Europe centrale, formée par l'Ukraine, la Biélorussie, les pays baltes et l'union successive avec les radicaux d'Europe occidentale, qui auraient pris à leur tour le pouvoir avec des 'révolutions nationales'. » Lorsque Azov guerroyait dans le Donbass, poursuit Popov, « on l'ignorait. Maintenant que les adeptes du "führer" Andrej Biletskij se répandent aussi en Allemagne, les médias allemands commencent à s'inquiéter. Et il faut souligner qu'il ne s'agit pas de nationalistes, mais de nazis explicites. »

Selon Popov, la plupart des recrues d'Azov, en plus de l'Allemagne, vient de Scandinavie. Quant aux autres pays européens, les groupes de droite, par exemple grecs ou tchèques, il est connu qu'ils se sont toujours exprimés contre le maïdan. Il semble par contre qu'un certain appui à Azov viendrait d'Italie. Ce n'est pas étonnant d'un pays où on inaugure des mausolées aux "héros" les plus féroces de la période fasciste, dans lequel les administrations social-fascistes dédient des rues et des places à des représentants modernes du néo-fascisme et du néonazisme italique ; où les plus hautes autorités républicaines signent des protocoles d'entente avec des représentants, comme c'est écrit maintenant dans la résolution de l'ONU, « des partis racistes ou xénophobes » occupant « des postes de relief » dans « des assemblées législatives nationales et locales »; un pays où les partis qui légifèrent et mettent en œuvre au-delà de leurs frontières des pratiques des camps de concentration, ont éliminé de leurs plates-formes - de manière cohérente, pourrait-on dire - toute référence à l'antifascisme.

Ce n'est pas étonnant même pour un pays, l'Ukraine justement, où la pratique néonazie est mise en œuvre contre sa propre population, et dans lequel, tel que rapporté par le magazine Luxembourg Herald, Marina Porošenko, épouse du putschiste N°1, parvient, à travers l'appareil présidentiel et la société Ukraine forte à détourner sur les comptes des sociétés offshore et des entreprises privées, la soi-disant charité internationale pour les enfants ukrainiens orphelins ou invalides.

En seulement quelques jours, l'Italie a donc réussi à se faire reprouver par l'ONU deux fois, une fois explicitement à cause d'une politique qui, dans les déserts d'Afrique du Nord, fait écho, en style contemporain, à des stratégies impériales de funeste mémoire, et une autre fois implicitement, pour les poignées de main et les accords officiels avec les héritiers modernes des hommes de main du IIIe Reich. Bravo …

http://contropiano.org/news/internazionale-news/2017/11/18/ponziopilatismo-ue-italiano-sullantinazismo-097824

Maïdan - Les Snipers témoignent... (Canale 5) © les-crises

http://www.dailymotion.com/video/x6a1gxp

Incroyable témoignage sur le massacre de la place Maïdan le 20 février 2014, diffusé dans l'émission Matrix de la grande chaîne italienne Canale 5 le 15 novembre 2017..

Script et commentaires à lire sur https://www.les-crises.fr/no-news-temoignage-des-snipers-du-massacre-du-maidan-les-ordres-venaient-de-l-opposition/

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