22.11.14  -  Probablement en Italie la nouvelle passera inobservée, pourtant elle est significative du climat général dans lequel est immergée notre planète.

 

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Comme tous les ans depuis quelques années, hier l'Assemblée générale des Nations Unies a approuvé une motion présentée par la Russie qui condamne les tentatives de glorification de l'idéologie du nazisme et la conséquente négation des crimes de guerre commis par l'Allemagne nazie.

 

La résolution exprime "profonde préoccupation pour la glorification sous n'importe quelle forme du mouvement nazi, néo-nazi et des ex membres de l'organisation "Waffen SS", y compris à travers la construction de monuments et mémoriels et l'organisation de manifestations publiques". Le document relève aussi l'augmentation du nombre des attaques racistes partout dans le monde.

 

Une initiative sacro-sainte, on dira, étant donné les remontées fascistes et nazies auxquelles on assiste de plus en plus souvent à plusieurs latitudes du globe.

 

Et bien non. Parce que seulement 115 pays représentés aux Nations Unies ont voté en faveur de la motion, tandis que dans le passé le nombre des oui avait été assez plus consistant, par exemple 130 il y a deux ans. Incroyablement jusqu'à 55 délégués se sont abstenus et 3 représentants - ceux des Etats Unis, Canada et Ukraine - ont même voté contre. 

 

Mais comment, l'antifascisme et l'antinazisme, bien que de façade et de manière, n'est-il pas un patrimoine de ces gouvernements qui ont participé à la défaite de l'Axe dans les années '40, au prix d'énormes sacrifices en termes de morts et de destructions ? Evidemment non. Et en effet l'axe Etats Unis-Canada-Ukraine qui ont voté non avec les pays de l'Union Européenne qui se sont abstenus met en évidence le choix de la part des blocs occidentaux de dédouaner le fascisme en tant qu'ennemi numéro un de l'humanité, tout en le remplaçant avec un extrémisme islamique auparavant personnifié par Al Qaeda et maintenant avec le bien plus dangereux Etat Islamique. Avec une bonne dose d'hypocrisie et de double jeu, étant donné que comme ce qui en était advenu avec les fascistes et les nazis, les jihadistes aussi sont amplement utilisés par les gouvernements qui les définissent le 'mal absolu' contre les pays ennemis et les gouvernements à déstabiliser au Moyen Orient.

 

La Russie a décidé d'écrire un document qui rende applicable de manière universelle la Convention Internationale sur l'Elimination de toute forme de Discrimination Raciale, approuvée dans les années '60 du siècle dernier  mais restée en partie lettre morte.

 

Tout en survolant sur l'ample liberté de mouvement et sur la relative impunité sur lesquelles les mouvements néo-nazis et racistes peuvent jouir dans le pays de Poutine, une initiative sûrement louable. Et qui a mis à nu un changement de paradigme de la part de l'Union Européenne qui avait échappé à la plupart. Les gouvernements des Etats Unis n'ont jamais hésité à utiliser les groupes et les partis nazis pour atteindre leurs buts, en soutenant depuis toujours des dictatures militaires d'extrême droite en Amérique Latine ou bien des groupes fascistoïdes en Afrique contre les mouvements de libération nationale ou les mouvements anti-coloniaux. On comprend donc le 'non' explicite de Washington et de son satellite canadien à la motion russe. Des milliers de hiérarques nazis et fascistes furent sauvés de la punition qu'ils méritaient à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et insérés dans les appareils de l'intelligence des nouvelles 'démocraties' occidentales à des finalités anti-soviétiques. Mais il n'était jamais arrivé, jusqu'à aujourd'hui, que les gouvernements européens s'associassent si directement aux Etats Unis pour soutenir un coup d'état fasciste dans un pays de l'espace européen comme l'Ukraine. Qui, comme par hasard, est le troisième pays qui s'est rangé contre la condamnation de la glorification du nazisme.

 

D'ailleurs ce n'est pas un secret que quelques uns parmi les leaders politiques et des organisations actuellement au pouvoir à Kiev pratiquent cette revalorisation et célébration du nazisme, de ses symboles, de ses 'valeurs' et de ses leaders historiques - un parmi tous Stepan Bandera - que la motion russe entend condamner.

 

Que les pays de l'Union Européenne se soient abstenus est assez significatif, et la présumée neutralité exprimée avec l'abstention sonne comme une prise de position inquiétante et intolérable.

 

 

Marco Santopadre 

 

Contropiano.org

 

http://contropiano.org/internazionale/item/27681-l-onu-condanniamo-il-nazismo-l-ue-si-astiene-usa-e-ucraina-votano-contro

 

Martin Luther King I have a dream (sous-titres français) © Texwolf

http://www.dailymotion.com/video/x2vlq1_martin-luther-king-i-have-a-dream-s_news

 

Un vrai défenseur de la liberté et de la justice,

Monsieur le Président.

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Un mois après, nous voilà aux conséquences :

 

L'ukrainien Yatseniuk re-écrit l'histoire : "en 1941 l'URSS envahit l'Allemagne"

 

10.01.15 - Le Ministère des Affaires Etrangères russe a demandé officiellement à l'Allemagne de commenter les déclarations de jeudi dernier du Premier ministre ukrainien Arseniy Yatseniuk à la télévision allemande ARD, selon lequel "nous tous nous nous souvenons bien de l'invasion de l'Allemagne et de l'Ukraine de la part de l'URSS en 1941", au cours de la Deuxième guerre mondiale. Berlin s'est en effet abstenue jusqu'à aujourd'hui de tout commentaire sur les paroles de Yatseniuk, qualifiées par Moscou comme "extrémistes et falsificatrices de l'histoire".

 

Le Président de la commission des Affaires Etrangères du Conseil fédéral russe, Konstantin Kosacev, a écrit sur son propre blog que les leaders européens doivent exprimer leur propre position à propos des paroles de Yatseniuk : "il ne s'agit pas simplement de la falsification de notre histoire commune. - a dit Kosacev - Celle-ci est un justification de l'hitlérisme et une offense à la mémoire des héros et des victimes de la lutte contre le nazisme, y compris les ukrainiens eux-mêmes".

 

Même le Président de la commission des Affaires Etrangères de la Douma Aleksei Pushkov a dit attendre une prise de position de la part de Berlin : "c'est surprenant, mais nous n'avons pas encore entendu une seule réponse de la part de l'Allemagne ; aucune sérieuse et significative réponse publiée par un moyens d'information" a dit Pushkov à la Tass, ajoutant comment la conductrice de l'interview "ait tu et n'ait d'aucune manière commenté les paroles " de Yatseniuk. "Mêmes les politiciens allemands se taisent" a poursuivi Pushkov, "surgit donc légitime la question si à Berlin ils soient d'accord avec une telle lecture de l'histoire, soit que l'URSS "envahit" : c'est-à-dire commit une action illégitime et à condamner, entrant sur le territoire de l'Allemagne de l'époque. Nous voudrions entendre dans les prochains jours une réponse à cette question".

 

De sa part, le porte-parole de Yatseniuk a tenté d'expliquer ce qu'entendait le premier ministre ukrainien : "Arseny Yatseniuk avait en tête la division de l'Allemagne de la part de l'Union soviétique après la deuxième guerre mondiale. Berlin fut même divisée par un mur, pour rendre impossible le transfert des Allemands de l'est à l'ouest".

 

Mais depuis Berlin on a déjà fait savoir qu'il n'y aura aucun commentaire aux paroles de Yatseniuk, se limitant à déclarer que d'aucune manière on remet en doute "la responsabilité allemande pour la mort de citoyens soviétiques dans la Deuxième guerre mondiale".