Flux mondial des réfugiés de 2000 à 2015 (UNHCR) - animation du CREATE Lab

Le CREATE, un laboratoire de l'université Carnegie Mellon de Pittsburgh, en Pennsylvanie, a mis au point un outil cartographique super-puissant permettant de suivre en animation et dans la durée le flux des migrations mondiales. Très utile aussi pour essayer de dissiper quelques fantasmes et réhumaniser l'outil statistique...

https://explorables.cmucreatelab.org/explorables/annual-refugees/examples/webgl-timemachine/

4 JUIN 2017 - the submarine.it

Si on visualise les migrations des dernières quinze années à l'échelle mondiale, même en utilisant une unité graphique très réduite - un point pour 17 réfugiés - notre "urgence réfugiés" n'est même pas visible.

Cette urgence réfugiés qui semble si insoutenable pour l'Italie, si agressive, qu'elle empêche les racistes de dormir et qui fait que les ministres de l'Intérieur donnent chaque semaine des interviews de plus en plus hallucinantes.

En ouvrant la carte en mode plein écran, l'unité de mesure devient 1:1 et alors on entrevoit un peu de bruit sur la botte.

La carte, créée par la Carnegie Mellon University de Pittsburgh dans le laboratoire de la Community Robotics, Education and Technology Empowerment - un amusant acronyme inversé qui forme le mot CREATE - est un instrument très puissant pour dépasser les préjugés émotifs qui ont hanté l'opinion publique à travers la propagande nationaliste des partis de droite (et récemment, aussi de gauche) du pays.

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La rhétorique d'après laquelle le flux des migrations depuis la Syrie serait orienté principalement vers l'Union Européenne est immédiatement démenti : il est immédiatement évident comment les personnes s'arrêtent dans les états frontaliers, et que seulement une minorité microscopique décide - ou plutôt, soit contrainte pour plusieurs raisons - de s'aventurer beaucoup plus loin, vers l'Europe et l'Italie.

Et ceci n'est rien : il suffit de zoomer vers l'Afrique pour assister à des flux migratoires encore plus imposants que le syrien, des histoires qui n'atteignent jamais les unes des journaux, mais qui partagent le même drame, et que nous choisissons d'ignorer, avec nos culpabilités.

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Dans la chronologie de la carte il est possible de voir l'Afghanistan s'embraser, tout de suite après 2001, après l'invasion des forces états-uniennes; en 2006 il est possible d'observer les migrations vers la Syrie, en particulier depuis le Liban ; en 2013 et 2014 il est possible de voir combien de personnes ont fui de l'Ukraine pendant le conflit.

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Le seul flux à l'échelle mondiale qui a impliqué l'Europe digne d'être remarqué est celui orienté vers l'Allemagne, en particulier les réfugiés irakiens, en 2009.

Souvent les graphiques et les infographies à propos de ces arguments, ont un effet contraire de celui désiré : ils éliminent la dimension humaine, racontant au contraire seulement la réalité des nombres. Et les nombres racontent la vraie histoire - comme dans le cas de cette urgence réfugiés - mais ils ne sont pas suffisants : on ne peut pas prétendre que le public, souvent désenchanté ou activement sceptique sur ces arguments, éprouve de l'empathie pour les barres d'un graphique. C'est pour défaire ce noeud de la communication que le lab CREATE, il y a quatre ans, a commencé à développer Explorables, le projet dont fait partie aussi cette carte : construire un outil qui visualise les personnes - d'une manière ou d'une autre - pour raconter les grandes injustices, du chômage à la pollution.

S'il a jamais existé un document qui revèle comment le caractère d'urgence de la situation actuelle ne serait qu'un masque derrière lequel l'Europe a décidé de cacher son incompétence politique sur le sujet, ce document est celui-là. Le phénomène est visiblement prolongé, constant, et il est évident comment à l'échelle continentale il s'agit de nombres absolument irrisoires : l'exact contraire d'une urgence.

C'est un problème à résoudre : à affronter, avec humanité, compassion et surtout sens de responsabilité. Au lieu de cela, dans un chef d'oeuvre de malignité, la propagande a persuadé la moitié de la population que c'était "nous" les victimes de la situation. Regarder ces quinze dernières années se répéter et se répéter sur la ligne de la carte est glaçant, et ça ne pourrait pas raconter une histoire plus différente.

source :

http://thesubmarine.it/2017/06/04/mappa-migrazioni/

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