Le massacre de Mariupol. La guerre de l'Otan en Ukraine est un danger pour l'Europe : interview à Michael Lueders (Phoenix-Tv)

26.01.15 - Ce que vous voyez dans les images est ce qui est arrivé à 9 heures 15 de samedi dernier 24 janvier à Mariupol dans l'Ukraine sud-orientale, c'est filmé avec une caméra à bord de sa voiture par un automobiliste qui est parvenu heureusement à s'enfuir. 


Pendant 35 longues secondes un violent feu de barrage pleut sur un quartier résidentiel dans la zone nord-orientale de la ville. Les missiles des redoutables batteries "Grad" et "Uragan" qui sont officiellement en dotation de l'armée ukrainienne frappent un marché et abattent 30 personnes, un bilan qui est probablement destiné à augmenter. En effet on compte plus de 90 blessés dont beaucoup sont dans des conditions désespérées. Commence immédiatement le renvoi des accusations entre Kiev et les philo-russes et est diffusée tout de suite une revendication de l'attaque de la part du leader de la République Populaire de Donetsk Aleksandr Zachartchenko, revendication qui s'est révélée fausse par la suite mais encore reprise par les organes d'information occidentaux.

A compliquer les choses s'ajoute un communiqué de l'OSCE dont les observateurs sont arrivés sur les lieux une heure après le massacre. Selon l'Organisation pour la Sécurité en Europe d'après une première récognition balistique, les missiles provenaient de zones contrôlées par la République Populaire de Donetsk. C'est ce qui a suffi à pousser les analystes occidentaux à donner libre cours au spectre d'un présumé terrorisme russe tout en faisant un seul amalgame des faits de Mariupol et de l'abattement du vol MH17 de la Malaysia Airlines de juillet dernier.

Entretemps l'armée de Kiev poursuit les bombardements des villages de mineurs autour de Donetsk, exactement comme c'est arrivé à Mariupol samedi. Le Président ukrainien Petro Porochenko a légitimé l'ultérieur massacre de civils comme réponse au massacre de samedi à Mariupol. Et des opposants intérieurs mais aussi des alliés, sur le même Porochenko pleuvent maintenant les premières accusations, parce qu'il est désormais clair que la situation de l'Ukraine est complètement hors contrôle après la révolution de Maidan. Le Pays est en banque-route,le gaz promis en alternative à celui russe n'est jamais arrivé et ne sont jamais arrivés non plus les financements promis par le Fond Monétaire International et par l'Union européenne, comme c'est évident en l'absence de garanties satisfaisantes.

Le Haut Représentant de l'Union Européenne Federica Mogherini a convoqué pour jeudi un conseil extraordinaire des Ministres des Affaires Etrangères.

PTV News 26 gennaio 2015 - La strage di Mariupol © PandoraTV

 https://www.youtube.com/watch?x-yt-ts=1422327029&x-yt-cl=84838260&v=effGHBeiSB4

 

"La Grèce tourne la page, elle laisse derrière elle une austérité catastrophique, la peur, les humiliations et la douleur." 

 

Ce sont les premiers mots d'Alexis Tsipras après la victoire écrasante de Syriza aux élections grecques, une victoire que le directeur de PandoraTv Giulietto Chiesa commente ainsi dans la note qu'ils nous envoyé de Moscou, "la victoire de Syriza est extraordinaire, pour la première fois Bruxelles et la Troïka se trouveront face à un sérieux obstacle à leur agression contre les peuples européens. A partir de maintenant monte la barre du rôle de toutes les forces démocratiques européennes : ne pas laisser Syriza seul. Quelqu'un m'a rappelé il y a quelques instants Salvador Allende, il a fallu trois ans pour l'abattre. Essayons d'imaginer ce que sont en train de penser et de faire au centre du pouvoir mondial, à Washington, à la City of London ceux de Goldman Sachs et la compagnie dominante, commenceront les chantages, les menaces, les croche-pieds, ce ne sera pas difficile d'armer les mécontents; Donc préparons-nous tous, la proposition de sortir de l'Otan et de demander la sortie de l'Otan de l'Europe devient on ne peut plus actuelle, sans oublier qu'il y a la guerre en Ukraine, la température montera et cela aussi pourra être utilisé pour frapper la Grèce et nous aussi."

 

Adolfo Marino

PandoraTV

 

 

La guerre de l'Otan en Ukraine est un danger pour l'Europe - Interview à Michael Lueders (Phoenix TV, télévision publique allemande)

 

27.01.15 - L'implication de mercenaires de BlackWater et la stratégie de l'Otan en Ukraine, l'alliance entre Washington et Kiev et la présence de fascistes dans le gouvernement de Iatseniuk, le boomerang des sanctions contre la Russie et le nouveau partenariat de Moscou avec Beijing et l'Iran. Ce sont les thèmes au centre de l'analyse du politologue allemand Michael Lueders.

 

Les européens "commencent progressivement à s'apercevoir que les intérêts des Etats Unis en Ukraine ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux de l'Europe", affirme Lueders dans cette récente interview accordée à la chaîne audiovisuelle Phoenix, du service public allemand.

La guerra della Nato in Ucraina è un pericolo per l'Europa - Intervista a Michael Lueders © PandoraTV

 

https://www.youtube.com/watch?x-yt-ts=1422327029&x-yt-cl=84838260&v=qwCouQB1fC4 

 

Transcription de l'interview

 

Phoenix : 

Nous sommes avec Michael Lueders, combien estimez-vous qu'elle soit réaliste la possibilité d'un sommet à quatre, entre les chefs de gouvernement, pour affronter la crise ukrainienne ?

 

Michael Lueders : 

Actuellement relativement peu, mais même s'il y avait, ça ne changerait pas la situation à la base. Le gouvernement ukrainien est décidé à résoudre les problèmes de l'est du pays militairement, on peut supposer qu'il n'ait pas pris cette décision seul parce que le gouvernement ukrainien est essentiellement insolvable et n'a pas les ressources financières pour mener une guerre de moyenne ou longue durée dans son propre pays contre les séparatistes russes ou les séparatistes proches de la Russie. Il n'en a ni les possibilités économiques ni militaires, si ce pas sera fait alors il devra procéder certainement à une alliance. 

Les européens sont peu enthousiastes de ces développements, parce qu'il est clair que plus longtemps dure cette crise et plus grand est le risque d'escalade. On suppose qu'il y ait eu des contacts entre le gouvernement ukrainien et celui de Washington et entretemps il devrait y avoir 500 mercenaires de l'organisation BlackWater renommée mais connue avec ce nom et qui devint célèbre lorsque les mercenaires furent envoyés aussi en Iraq. Ainsi le nombre en Ukraine est d'environ 500. Nous n'avons donc pas seulement les russes qui combattent avec les séparatistes mais aussi les mercenaires qui sont du côté du gouvernement. C'est un développement dangereux, un développement malsain, parce qu'il est évident qu'une escalade n'est pas exclue et ce conflit peut échapper à tout contrôle si la partie russe ou la partie ukrainienne seraient de l'avis de pouvoir compter seulement sur elles-mêmes.

 

Phoenix :

Cependant cela signifie qu'il y a une distance entre les leaders européens et les politiciens américains. Il y a longtemps qu'on ne dialogue plus.

 

M. L.:

J'ai l'impression que les européens commencent graduellement à se rendre compte que les intérêts des Etats Unis et de l'Ukraine ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux des européens, en particulier l'aggravation des rapports avec la Russie a des conséquences économiques vraiment lourdes. Le seul échange commercial entre l'Allemagne et la Russie suite aux sanctions s'est réduit plus de la moitié au cours de la dernière année et c'est une somme qui monte à 4 milliards d'euros. SI on tient compte du fait que traditionnellement les américains ont fait très peu de commerce avec la Russie, dans un ordre de grandeur de 8 milliards de dollars l'an, il est clair que l'Allemagne mais aussi d'autres pays européens avec des échanges commerciaux avec la Russie, sont fortement frappés. Et justement c'est l'économie qui est naturellement très en souffrance, en fin de compte ce sont les européens qui paient en grande partie l'aide économique aux Ukrainiens. 

Ces aides économiques sont un puits sans fond. Il n'y a aucun contrôle sur ce qui arrive avec ces fonds, et de toute façon l'argent ne manque pas pour faire la guerre pendant que le gouvernement de Kiev a cessé les paiements à sa population dans l'est du Pays. C'est une situation pessime et au fond une politique de la raison devrait adresser des paroles claires non seulement à l'adresse de Moscou mais aussi au gouvernement de Kiev de manière à qu'il revienne à la table des négociations au lieu de miser sur des solutions militaires qui ne peuvent exister dans le cas de l'Ukraine orientale. N'oublions pas que l'Ukraine est un pays orienté soit en direction de la Russie soit vers l'Europe, c'est un état charnière, si vous voulez, on ne peut pas écarter militairement une partie malgré toutes les critiques justifiées de la politique russe.

 

Phoenix :

Quelle possibilité d'agir par la persuasion à l'égard de l'Ukraine et de Kiev reste-t-il à la diplomatie européenne, le ministre des Affaires Etrangères a essayé plusieurs fois mais les sanctions dont vous avez parlé ont été appliquées. Où peut-on encore mettre un pied dans la porte ?

 

M. L.:

Je pense qu'à la fin il s'agisse de la question si l'Union Européenne et  particulièrement le gouvernement fédéral, sont disposés à être clairs et nets avec les amis américains en disant : nous ne voulons pas faire naître une guerre au centre de l'Europe, loin des frontières américaines, mais dans notre environnement immédiat. Nous misons sur une politique qui cherche les voies du milieu, et qui, bien qu'en tenant compte de toutes les critiques envers la Russie il y a sans doute beaucoup à critiquer, essaie de trouver un juste équilibre pour contraster le développement (actuel de la situation, ndt) en Ukraine, étant donné qu'il y a des événements surprenants comme l'apparition récente de monsieur Iatseniuk à Berlin qui a expliqué que soit l'Ukraine soit l'Allemagne ont été victimes de l'agression soviétique pendant la deuxième guerre mondiale. 

C'est à mon avis une falsification dangereuse de l'histoire et j'aurais tellement souhaité que le gouvernement fédéral eut trouvé des paroles claires adressées au gouvernement de Kiev. On ne doit pas parler ainsi, nous ne devons pas falsifier l'histoire mais rencontrer le présent avec un sens des proportions et j'espère que cette prise de conscience ait lieu à Berlin et à Bruxelles. 

Qu'il y ait une coopération étroite avec Kiev c'est naturel, mais pas à n'importe quel prix.

 

Phoenix :

Une autre nouvelle assez récente, Monsieur Lueders, que je voudrais analyser brièvement avec vous : nous avons entendu aujourd'hui la Russie et l'Iran qu'ils ont signé un accord militaire et qu'ils seront plus proches. Cette collaboration est-elle une surprise ou une tendance dangereuse ?

 

M. L.:

Non, c'était en réalité prévisible. Je veux dire, la Russie n'est pas naïve. Le gouvernement a compris qu'une attention unilatérale envers l'Europe en termes économiques ne paye pas et qu'il y aura une rupture qui se prolongera pendant beaucoup d'années, et la Russie est en train de réorganiser sa politique sur un plan économique et les bénéficiaires de ce développement sont la Chine, la Turquie, l'Iran et l'Inde, dans cet ordre respectif. 

Une nouvelle union économique et étrangère (de relations internationales, ndt) est en train de se créer en contournant les européens. L'économie russe souffrira sûrement à cause des sanctions dans les prochaines trois-cinq années mais les tendances seront rétablies et nous en Europe nous serons les perdants parce que ces états s'allieront entre eux et ce sont des grandes puissances économiques. L'Iran a beaucoup de pétrole à vendre et il est disposé à entrer dans une alliance stratégique avec la Russie. C'est certainement aussi un affront à l'égard de l'Occident. L'Occident perd un instrument de pression sur le gouvernement iranien avec les sanctions économiques parce que soustrait à la Russie. 

On peut observer l'évolution de nouvelles situations géopolitiques qui sont le résultat d"une politique occidentale  myope et européiste. A la fin ce sera nous les contribuables d'Europe occidentale, et l'Allemagne en particulier, qui paierons la note, est c'est une perspective pessime.

Nous ne sommes plus les principales puissances du monde et de l'Occident. Le monde est en train de se réorganiser et nous devons le comprendre. Le monde est en train de devenir multipolaire et le fait de vouloir avoir raison n'est pas une politique orientée vers des résultats.

 

Phoenix :

Merci Michael Lueders.


 

Adolfo Marino

PandoraTV

 

 

 

 

 

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