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Billet de blog 29 mars 2017

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Attaques à l'Est: balles réelles et "aides" intéressées - par Fabrizio Poggi

Alors que dans le Caucase le sang pour les attaques islamistes - vraies ou données pour telles - continue à couler, il semble que plus au nord l'on soit en train de creuser activement sous les pieds de l'ancien "dernier dictateur d'Europe": une fois provoqué le glissement de terrain, on courra à son "secours" à la manière du Maïdan. (F. Poggi)

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25 mars 2017 - PAR Fabrizio Poggi (Contropiano.org)

En Tchétchénie, monte à 12 le bilan sanglant du nombre de morts de la nuit entre le jeudi 23 et le vendredi 24 mars, à cause de la tentative d'assaut d'un groupe armé contre la citadelle de la Garde nationale russe dans le stanitsa de Naurskaya, à environ 80 km au nord-ouest de la capitale Grozny. Six terroristes et six soldats du régiment 140e de la 46e Brigade spéciale de la Garde nationale ; deux autres soldats ont été blessés. Deux des terroristes tués portaient aussi des ceintures d'explosifs ; l'hypothèse est qu'ils avaient l'intention d'attaquer le logement des familles des militaires, puis prendre possession de l'arsenal de la garnison.

Celle-ci est la troisième attaque en trois mois en Tchétchénie : le 11 janvier Tsotsi-Iourt (30 km à l'est de Grozny), où sont morts deux soldats et quatre terroristes ; le 30 janvier à Sali (40 km au sud-est de la capitale), à un point de contrôle où ont été tués deux policiers et trois terroristes. Selon l'agence Kavkazkij Uzel, en 2016 200 personnes ont été tuées (160 assaillants, 32 soldats et 8 civils) et 85 ont été blessées. Mais ces morts ne font pas la une des journaux : s'ils ne laisseront passer la chose sous un silence indifférent, les médias occidentaux élèveront sûrement les terroristes au rang de "combattants indépendantistes" même si l'État islamique a déjà revendiqué l'attaque. D'autant plus que la Tchétchénie de Ramzan Kadyrov est considérée comme un avant-poste loyaliste très fidèle à Moscou, dans un Caucase traversé par des groupes islamistes qui, par définition médiatique, ne sèment la terreur que lorsqu'ils frappent à l'ouest de l'Oder. Au-delà de l'ancien rideau de fer, ils "luttent pour la liberté." Le même Kadyrov a déclaré hier se sentir responsable de l'incident, avec les organes de sécurité, pour s'être "relâchés". Ces "démons ont des desseins perfides", a déclaré Kadyrov, "ils ne comptent pas s'arrêter"; mais "la lutte sera féroce. Nous trouverons les membres actifs des groupes terroristes et leurs partisans seront neutralisés, où qu'ils se trouvent, en Tchétchénie, en Syrie ou ailleurs."

À l'est, on tente encore quelques manœuvres apparemment moins sanglantes ; même si, en termes de pertes sociales, les résultats des interventions au service des intérêts économiques et géopolitiques occidentaux laissent peu de doutes sur le cynisme de ceux qui sont sur le devant de la scène.

Et donc, les pourparlers entre Aleksandr Loukachenko et le FMI ont pris fin la semaine dernière à Minsk, apparemment sans résultats concrets, pour un crédit de 3 milliards $ sur 10 ans, par rapport à une dette extérieure du Bélarus qui monte selon le site rusvesna.su à plus de 13,5 $. Le Bélarus a urgemment besoin du crédit pour couvrir au moins une partie de ses dettes, la plupart avec la Russie. En ce qui concerne les prêts chinois, Minsk ne peut les utiliser que dans les relations commerciales avec Pékin. Ceux du FMI, en dépit du fait que Loukachenko estime qu'ils soient "attractifs" d'un point de vue strictement financier, ils imposent à Minsk les conditions habituelles : des réformes du marché et des coupes dans la protection sociale, la fin des subventions gouvernementales pour le logement et le transport, le gel des salaires et des pensions et d'autres mesures de soutien public. Des "recommandations" du FMI qui sonnent comme des balles à explosion à peine retardée.

Malgré les péans à l'adresse de l'UE - "un soutien puissant pour la planète, si elle tombe ce sera une disgrâce"- chantés par Loukachenko lors de la réunion avec le vice-Premier ministre belge Didier Reynders, le Bélarus est dans une situation assez critique : en raison de la diminution des livraisons de pétrole russe, acheté exempté de taxes, les ventes des produits dérivés biélorusses en direction de l'Ouest constituant l'un des principaux postes de recettes budgétaires, ont diminué en conséquence. Selon l'agence BelaPAN , si l'exportation de produits pétroliers (l'importation de pétrole en provenance de l'Azerbaïdjan et l'Iran est encore au stade expérimental) en janvier 2016 était de 1,6 millions de tonnes, en janvier de l'année dernière il a été réduit de moitié à 744 mille tonnes, principalement concentrée vers l'Ukraine, la Grande-Bretagne et la Hollande. Il semble que si le crédit du FMI ne sera pas finalisé, Minsk devra recourir aux réserves d'or limitées - environ 5 milliards $, selon l'économiste biélorusse Sergueï Bartkevič, cité par RT - et, nonobstant qu'elle ait été contenue dans les limites du respect des "recommandations" monétaires du Fonds, la situation pourrait obliger les autorités à émettre de la monnaie.

Mais entretemps Loukachenko parle au téléphone avec Petro Porochenko, discutant de la "coordination sur les questions internationales, le processus de paix en Ukraine et la contribution biélorusse à une résolution rapide du conflit", raison pourquoi une autre réunion du Groupe de contact est prévue à Minsk pour le 29 mars.

Dans ce cadre, le président biélorusse lance l'alerte sur de nombreux cas de groupes armés surpris dans des camps d'entraînement près de Osipovitchi et Bobrouisk (respectivement à 100 et 150 km au sud-est de Minsk), et accuse également l'Ukraine, la Pologne et la Lituanie de prédisposer de semblables structures pour introduire en Biélorussie des saboteurs armés. Certains ont souligné que c'est justement dans l' " Ukraine fraternelle qui lutte pour l'indépendance", comme l'a appelée Loukachenko, et en Serbie aussi vingt ans auparavant, que tout commença de cette façon.

En témoigne par exemple le vice-directeur de l'Institut pour les pays de la CEI, Vladimir Žarikhin, entendu par Moskovski Komsomolets. Tandis que pour l'opposition il s'agirait d'exercices d'unités spéciales de la police dans l'éventualité de répressions gouvernementales, Aleksandr Grigorevič Loukachenko pointe du doigt une "cinquième colonne" parrainée par des organisations occidentales, pour une autre "révolution de couleur". Le script est toujours le même, rappelle Žarikhin, et l'intrigue commence à se développer surtout quand "le pouvoir a tendance à flirter avec l'Occident et n'est donc pas prêt, même pas psychologiquement, à réprimer fermement les activités anticonstitutionnelles. Et Loukachenko a en effet commencé ce jeu."

La journée clé pourrait être aujourd'hui 25 mars, commente rusvesna.su, où l'opposition célèbre traditionnellement tous les  ans la Journée de la liberté, en souvenir de la proclamation d'indépendance de la République populaire du Bélarus en 1918.

Un jour où, sans doute, une partie des Bélarusses confirmera son intention de ne plus considérer Aleksandr Grigorevič le "bat'ka" biélorusse (une sorte de "père" ou "chef de famille" ou "chef de clan") tandis que d'autres remarquent comment au contraire, en 23 ans de présidence, il aurait affiné "l'art d'être bat'ka", comme l'écrit Edouard Limonov sur Svobodnaja Pressa. Limonov rappelle combien d'eau est passée sous les ponts à partir du moment où, il y a plus de vingt ans, les jeunes fanatiques du Front national biélorusse l'assaillirent à coups de chaises au cri d' "émissaire des moskaleys" et les jeunes de l'Union nationale russe intervinrent à sa défense, une organisation nationaliste dont  Grigorevič même faisait peut-être partie.

Mais aujourd'hui, au lieu de la loyauté à l'union russo-biélorusse, le "bat'ka" Loukachenko prétend inclure des observateurs de l'OTAN aux manœuvres conjointes russo-biélorusses de septembre prochain. L'ancien officier du KGB de l'URSS, se demande rhétoriquement Limonov, a-t-il peut-être "oublié le concept de secret militaire" et qu'il ne faudrait pas montrer à un très probable futur ennemi ses propres moyens et méthodes d'attaque?" C'est de l'entêtement, crie le nationaliste Limonov, dont le seul "but (après le refus de Moscou de baisser le prix du gaz destiné à Minsk au même niveau que celui interne russe) est de taquiner la Russie. Obstination et vengeance." C'est ce qui se passe, poursuit Limonov, avec un "homme sur le fauteuil présidentiel depuis 23 ans. Je ne serais pas surpris s'il croyait dans sa propre immortalité."

Mais, selon rusvesna.su, ces dernières semaines "ont commencé en Biélorussie des arrestations de nationalistes biélorusses ; c'est une nouveauté, parce que dans la dernière année seulement les partisans de l'unification avec la Russie avaient été poursuivis." Selon l'analyste politique Vladimir Zotov, ce qui se passe, même avec les protestations contre le soi-disant "impôt sur les parasites", ne serait qu'une "imitation du Maïdan, que l'on dit inspirée de l'extérieur pour arracher le Belarus de la Russie, mais en réalité contrôlée par les autorités et adressée à un public externe" : autrement dit, impressionner Moscou afin qu'elle accorde les aides économiques essentielles.

Quoi qu'il en soit, alors que dans le Caucase le sang pour les attaques islamistes - vraies ou données pour telles - continue à couler, il semble que plus au nord l'on soit en train de creuser activement sous les pieds de l'ancien "dernier dictateur d'Europe": une fois provoqué le glissement de terrain, on courra à son "secours" à la manière du Maïdan.

http://contropiano.org/news/internazionale-news/2017/03/25/attacchi-est-pallottole-vere-aiuti-interessati-090218

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