Comme un Algérien, vivre dans la honte et l’humiliation - par Youcef Benzatat

29 MAI 2017 - PAR YOUCEF BENZATAT

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Le peuple Algérien est tellement fier de lui, alors que tous les matins, à chaque réveil, il est envahi par un sentiment de honte et d’humiliation, d’être dépouillé de sa citoyenneté, de sa souveraineté, de son pays, de son histoire, de ses richesses et de sa dignité, du mensonge qu’il lui est imposé sur son identité, sur son histoire, sur son passé récent, sur ses héros et ses traîtres, mais continue à brandir à chaque occasion de la fierté à se sentir Algérien, dans la soumission, l’avilissement et la résignation, jusqu’à sa néantisation.

Il est sans scrupules pour lui-même et semble bien s’accommoder de vivre avec ce sentiment terrible, qui lui colle à la peau à longueur de journée et qui le poursuit dans tout ce qu’il entreprend.

Conscient que ce sentiment est contagieux, chaque Algérien le soupçonne chez tous ses amis, ses voisins, ses collègues, sa famille, y compris ses amis virtuels avec qui il communique par les réseaux sociaux, du peu qu’il soupçonne la moindre once de dignité chez eux.

Il se sent vivre et déterminé par la proximité de l’anéantissement, car de tous les côtés où il se tourne, il ressent les horizons obstrués vulgairement par des épouvantails, décrétant l’interdiction, d’être, de paraître et de ne pas même être en mesure de leur déclamer son indignation, par crainte de mettre en péril son intégrité physique, sociale ou même morale.

Il a honte de lui-même et de tous ceux qui portent avec lui les stigmates de cette humiliation, celle qui résulte du sentiment de confinement dans un réduit d’indu citoyen.

Il a honte pour la confiscation de son destin, sur lequel il n’a aucune prise, car sa voix n’impulse aucune surprise et ne pèse d’aucune influence sur le destin de sa Nation. Réduit à n’être que le spectateur de lui-même, une silhouette dépourvue de voix et de signification.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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