Témoignage de Kennan, participant à la marche

De Nantes à Brest, une marche solidaire pour les migrants, deuxième billet...

Nous sommes en pause de deux jours à Binic pour nous reposer et profiter de la mer, et du « Binic Folk Blues Festival ».

Depuis le début du séjour, nous avons fait étape à Guenrouët, Fégréac, Redon, Peillac, Malestroit, Guillac, Josselin et Pabu. Des animations étaient organisées dans la plupart de ces villes, et ont rapporté 1300 euros de dons qui seront comme prévu reversés à Soutien Migrants Redon. Merci beaucoup à tous les artistes qui ont animé le séjour (La compagnie d'iCidence, Pépito Matéo, le duo Hervieux-Chauvel, le duo Hamon-Girault, Les Sépanous, Les Loveurs de Poule et La Belle Bleue) ainsi qu'à Edwy Plenel et SOS Méditerranée pour leurs interventions à Malestroit et à Josselin. Merci également au CRIDEV, qui nous a prêté l'exposition issue du livre Répondre aux préjugés sur les migrations, que nous avons installé lors de chaque animation.

Au début de la deuxième semaine, Kennan, un immigré syrien de 17 ans, nous a rejoints. Il a accepté de nous raconter son histoire. La voici.

« Je suis parti de Syrie en 2015 pour aller au Liban. La révolution de Syrie a commencé en 2011. Moi et ma famille ne sommes pas partis immédiatement car nous pensions que Bachar el Assad partirait après deux ou trois ans. Mais à partir de 2014, il y a eu formation de Daech. Le djihadisme, les États-Unis, la Russie et d'autres pays se sont joints à la guerre. La situation n'était plus vivable (manque de liberté, arrestations, dictature sous Bachar El Assad). Les frontières syriennes étaient fermées et nous ne pouvions donc pas aller directement en Turquie. Nous avons fui pour le Liban. Nous y sommes restés quelques semaines puis sommes allés en Turquie. Quand nous avons vu qu'y vivre était impossible (à cause de la mauvaise situation économique, et notre manque de papiers officiels : nous avions toujours peur de nous faire arrêter, peut être juste parce que notre tête ne convenait pas aux policiers), nous avons déménagé à Istanbul pour demander un visa pour la France car nous avions des amis là-bas. Nous pensions que c'était le meilleur endroit pour vivre. Nous avons attendu un an et demi avant d'obtenir le visa et des papiers, puis avons pu partir pour la France.

Arrivés ici, nous avons réussi à obtenir des papiers officiels. Nous n'avons pas encore l'autorisation de rester en France. Si jamais nos demandes sont refusées, ma famille et moi devrons repartir en Syrie où nous serons peut-être arrêtés par le gouvernement. Là-bas, la famille de Bachar El Assad détient à elle seule la moitié des richesses de la Syrie. Les enfants de n'importe quel âge peuvent être tués juste parce qu'ils disent être contre le gouvernement. Beaucoup de gens meurent pendant l'hiver car ils n'ont pas assez de vivres (vêtements, nourriture). Cela fait 50 ans à présent que la famille El Assad détient le pouvoir, et la population n'a pas réussi à renverser la dictature.

J'ai voulu rejoindre la marche solidaire car je trouve très important que les gens soient au courant de la situation des migrants, et très bien que des personnes se mobilisent pour les aider. Plus tard, si j'obtiens mon statut de réfugié, je veux apprendre le français et trouver un métier pour être actif et utile à la société ; je ne veux pas juste rester chez moi. Nous avons seulement besoin de notre liberté, et d'être considérés comme des humains, comme tout le monde. »

Il n'y aura pas de nouvelles animations avant le 5 août à Châteaulin. D'ici là, restez tout de même au courant de l'avancée de la randonnée.

 

 

 

 

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