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Billet de blog 27 mars 2015

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Robert Mugabe, président de l’UA : rien d’anormal !

Désigné par ses pairs, le 30 janvier 2015, à la tête de l'Union africaine Robert Mugabe, président du Zimbabwe, plutôt "propriétaire" du Zimbabwe est avant tout ce qu'on pourrait appeler un « père fondateur » pour reprendre l'expression de Mamane dans son célèbre concept « Gondwana ».Cette désignation n'a rien d'anormal.

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Désigné par ses pairs, le 30 janvier 2015, à la tête de l'Union africaine Robert Mugabe, président du Zimbabwe, plutôt "propriétaire" du Zimbabwe est avant tout ce qu'on pourrait appeler un « père fondateur » pour reprendre l'expression de Mamane dans son célèbre concept « Gondwana ».Cette désignation n'a rien d'anormal. Elle entre dans le cadre de la solidarité des dictateurs confirmés et ceux en herbe qui admirent un modèle.

Robert Mugabe trémuche à Harare le 4 février 2015. - AP/SIPA

Le personnage Mugabe est difficilement cernable. Champion des indépendances, l'homme est apprécié de ses populations et des partenaires internationaux pour la réussite de sa première politique agricole dans les années 80 qui plaçait son pays comme l'un des greniers de l'Afrique. Peu à peu, Robert Mugabe bascule dans une sorte de boulimie du pouvoir. Menacé de l'intérieur par un mouvement syndical, il décida alors de sacrifier les acquis du pays par une autre réforme agricole plutôt populiste dans le seul but de reconquérir l'électorat noir et se maintenir au pouvoir. Classique comme démarche "redistribuer les terres à ses compatriotes pour s’assurer de leur adhésion". Sans calcul politicien, la mesure n’est pas mauvaise en soi. Mais il fallait faire preuve de réalisme et procéder graduellement pour assurer une meilleure transition.

Nelson Mandela avait saisi cette évidence quand il a accédé au pouvoir. Bref, les mesures populistes ont toujours eu des conséquences néfastes. Revenons sur l’objet de notre sujet : l’organisation de l’Union africaine dans ses contradictions. Lors de son 8e sommet tenu à Addis-Abeba en janvier 2007, l’UA adoptait une charte dite : « Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance ». Très accrocheur comme concept. Cet instrument politico-juridique est a priori l’idéal démocratique tant recherché. Mais il s’agit là, du point de vue d’un profane qui fonde son jugement sur la simple dénomination de cette fameuse charte sans connaître son contenu et ses applications réelles. Evidemment, certains préfèrent les raccourcis pour asseoir leur conviction erronée.

Dans une approche analytique inspirée de nos lectures notamment de l’ouvrage de Romuald Likibi[1] l’exemple Mugabe est une simple illustration parmi tant d’autres de cette incohérence manifeste d'une organisation africaine qui prônerait la démocratie dans les textes, mais pose des actes antidémocratiques. En lisant cette fameuse Charte, on est vite frappé dès le préambule par cette ‘’profession de foi’’ : « Soucieux d’enraciner dans le continent une culture d’alternance politique fondée sur la tenue régulière d’élections transparentes, libres et justes, conduites par des organes électoraux nationaux indépendants compétents et impartiaux ». C’est toujours facile d’aligner des expressions toutes faites pour remplir des pages sachant pertinemment que tout cela est faux.

Une Charte de la démocratie qui fait la promotion des antidémocrates...

Inutile de rappeler que Robert Mugabe est aux antipodes de cette description qui relève plutôt de la poésie institutionnelle comme certains de ses homologues savent bien le faire. Paul Biya du Cameroun, Idriss Déby du Tchad, Sassou-Nguesso du Congo ou encore Obiang Guema de la Guinée équatoriale peuvent trinquer à l’honneur de l’UA pour avoir accouché cette hypocrisie "juridiquement encadrée" pour jeter la poudre aux yeux des inconditionnels de la démocratie. Romuald Likibi est plus éloquent pour illustrer cette fourberie : « Le dédoublement permanent de l’UA entre les principes fièrement affirmés et affichés et la réalité se traduisant par le décernement complaisant du ‘’brevet d’honorabilité’’ à nombre de chefs d’Etat africains réellement honnis par les peuples est un exercice qui discrédite profondément ». Autrement dit, une Charte de la démocratie qui fait la promotion des antidémocrates. Vous comprenez quelque chose dans cette approche de l’UA ? Non ! Romuald aussi semble perdu dans la compréhension de cette incohérence : « N’est-ce pas surréaliste et paradoxal de rechercher d’un côté la promotion de la Charte africaine de la démocratie à travers des élections irréprochables et de l’autre de reconnaître officiellement les présidences viagères réélues à la suite d’élections biaisées ? »

De toute évidence, cet ouvrage n’aura pas de succès dans certains palais africains en ce sens qu’il remue le couteau dans la plaie de l’UA qui, loin d’être une organisation qui prône des valeurs démocratiques, est plutôt un simple syndicat de chefs d’Etat, une « solidarité par le haut ». La forte mobilisation de ces derniers contre la Cour pénale internationale (CPI) pour disent-ils dénoncer un certain « acharnement » de cette Cour à l’encontre des dirigeants ou ex-dirigeants africains est très illustrative de cette volonté de défendre des intérêts communs. Robert Mugabe, Omar El Béchir du Soudan ou encore Mwai Kibaki du Kenya et tous les autres fossoyeurs de la démocratie se sentent bien dans ces dispositions et remercient l’UA d’avoir créé et entretenu cet environnement de liberté pour les dictateurs en cautionnant leurs dérives le plus souvent à l’encontre de leur propre peuple.  

[1] Romuald Likibi , « La Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance : analyse et commentaires », Editions Publibook, 2012, 419 pages.

Sékou Chérif Diallo

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