Pour une grève générale face au changement climatique

La jeunesse qui s’est exprimée par l’intermédiaire de Greta Thunberg, s’est mobilisée avec justesse en faisant preuve de responsabilité. Mais pour être entendu, encore faut-il avoir par ses actions un impact qui ne soit pas simplement symbolique, mais également pratique, économique. La grève générale s’impose comme un bon moyen pour se faire entendre. En voici les raisons dans cet appel.

La jeunesse, notamment celle qui s’est exprimée en Suède par l’intermédiaire de Greta Thunberg, s’est mobilisée avec justesse en faisant preuve de responsabilité. Mais pour être entendu de ceux qui gouvernent, encore faut-il avoir par ses actions un impact qui ne soit pas simplement symbolique, mais également pratique, économique, financier. La grève générale intersyndicale, inter-associative et civile s’impose comme un bon moyen pour se faire entendre, alors même qu’une procédure légale, et remarquable, à l’instar de celle qui a été conduite en France par la Fondation pour la nature et l’homme, Greenpeace et Oxfam visant à mobiliser l’opinion publique en assignant le gouvernement en justice pour « inaction en matière de lutte contre le réchauffement climatique », semble vouée à l’échec, parce que cette même procédure est en partie contrôlée, jugulée, neutralisée par cette même tutelle mise en cause : l’État. Un autre moyen légal, plus direct, immédiat, et pertinent existe, et est applicable dans la plupart de nos démocraties dès maintenant de manière pacifique : c’est la grève générale. Une telle grève, en bloquant ou en impactant fortement l’économie d’un pays, forcerait nos dirigeants, peut-être après un long bras de fer, à entendre raison et à mettre en œuvre les politiques socio-économiques et écologiques qui s’imposent quelles que soient nos opinions politiques ou idéologiques, puisque le changement climatique ne connaît lui aucune distinction d’origine, de classe, ou d’opinion. 

Quelle économie, quelle mode de production, quels intérêts financiers, politiques et géostratégiques pourraient justifier la poursuite de logiques économiques qui sont en réalité nécropolitiques et écocides ? C’est aux citoyens de chaque pays, et tout particulièrement à ceux des démocraties occidentales les plus anciennement industrialisées, qu’il appartient aujourd’hui de se mobiliser pour alerter et forcer leurs gouvernements à prendre des mesures nécessaires et radicales, puisque la situation que nous commençons à vivre l’est également et nous impose une mutation. Notre planète est malade de nous-mêmes. Aucune action sérieuse intergouvernementale ne semble avoir été prise après l’annonce dramatique, par un panel international de chercheurs, d’une étroite fenêtre de 12 années qui semblait ouverte pour tenter de changer le cours des évènements. Nous savons aujourd’hui que cette même annonce était probablement encore trop optimiste et que nous avons moins de temps que prévu devant nous. Nous sommes non seulement en train de compromettre nos existences et celles de nos enfants et petits-enfants, de générations entières à venir ou qui n’adviendront probablement jamais, mais nous sommes littéralement en train de faire disparaître le vivant de ce monde.

Comme une note de synthèse sur le rapport du GIEC le mentionne, « un monde à +1,5°C est un monde avec davantage d’évènements climatiques extrêmes et des impacts importants sur les écosystèmes, les sociétés et les économies. »  Les impératifs climatiques de notre époque impliquent de nouvelles résolutions, une nouvelle vision de ce que nos sociétés humaines devraient être socialement, économiquement, culturellement en se détournant d’un consumérisme nous mettant vitalement en danger. Il nous appartient de fixer de nouveaux objectifs aussi ambitieux que nécessaires si nous souhaitons éviter le pire face aux bouleversement écologiques ayant déjà lieu comme les récentes canicules en Europe et en Amérique du Nord (sans parler de celles affectant déjà l’Afrique du Nord et Subsaharienne) l’ont récemment prouvée. Chaque année le jour du dépassement de notre dette écologique survient de plus en plus tôt. En 1971 cette dette était atteinte le 24 décembre. En 2019, elle a été atteinte le 29 juillet. La poursuite des mêmes objectifs économiques et politiques liés à des compréhensions géostratégiques appartenant véritablement à un autre temps, celui de l’expansion coloniale, des révolutions industrielles et technologiques successives, d’une vision de notre environnement naturel, dont nous dépendons vitalement, et du vivant comme de simples ressources, n’a plus lieu d’être. Cette compréhension et cette pratique du pouvoir ne sont rien d’autre que l’expression d’un principe de domination. Domination des populations, domination du vivant, domination des États. Les points de croissances, les augmentations du P.I.B., ou encore la création tant espérée de nouveaux emplois sur des bases aussi corrompues ne sauveront pas nos vies, celles de nos enfants et de milliers d’espèces vivantes en train de s’éteindre à l’heure où nous entrons dans la 6eextinction de masse due à notre activité humaine, comme annoncé par de nombreux spécialistes. Parler d’avenir dans de telles circonstances et en continuant d’appliquer des règles de vie, de production et de consommation qui nous annihilent, ne fait aucun sens.

Il n’est pas seulement regrettable, mais blessant jusqu’à l’écœurement, de constater que nos gouvernements en Europe, dans les Amériques, en Asie et au Moyen-Orient n’ont pas encore embrassé conjointement cette tragédie pour tenter d’y apporter des solutions communes, car il n’y aura de voie de sortie, de résolution, que collectivement. Les politiques économiques néo et ultralibérales conduites par nos États (qu’ils soient socio-démocrates, centristes, de droite ou d’extrême-droite), ainsi que par des régimes théocratiques ou dictatoriaux ayant embrassé l’économie de marché, ressemblent à s’y méprendre à un suicide collectif conduit par une minorité au nom de ses intérêts particuliers. Une minorité dirigeante qui se moque de l’avenir des peuples qu’elle gouverne, imposant à ces derniers une redistribution des richesses calamiteuse et une exploitation toujours plus excessive du vivant (y compris humain). Le monde du travail va être affecté avec la même violence par la nouvelle donne qui sera progressivement imposée par le réchauffement climatique. Ce dernier va affecter durement tout le monde agricole sur chaque continent[1], y compris en Europe et en Amérique du Nord, créant des situations de paupérisation de nos économies, des famines localisées possibles, l’impossibilité d’habiter certains territoires totalement arides ou inondés par les eaux due à la fonte des glaciers, provoquant ainsi des déplacements massifs de populations et des conflits qui pourraient annoncer un retour de la barbarie. Les bouleversements climatiques provoquant des catastrophes naturelles (comme celles enregistrées récemment au Mozambique ou en Iran) et l’accélération de la fonte du permafrost (notamment via la libération d’un taux important de méthane dans l’atmosphère), va contribuer à intensifier l’augmentation des températures, provoquer des changements de courants, rendre certaines zones fluviales (et peut-être aériennes) impraticables et par conséquent ruiner ce sur quoi nos dirigeants ne cessent de s’appuyer pour fonder leurs directives économiques et politiques : le commerce, les échanges, la croissance, la liberté de mouvement. Nos emplois seront touchés parce que nos vies seront tout simplement menacées. Les conditions de travail dans la plupart des secteurs deviendront accablantes. Nous devons changer de système et la nature des interdépendances géostratégiques de nos États.

Le seul moyen de faire entendre raison aux mondes de l’industrie et de la finance, et donc à nos gouvernements, est de frapper là où cela fait mal : le portefeuille, notre économie, en procédant à des grèves générales pour le climat qui allieraient les syndicats, les associations, les militants politiques et écologistes, les scientifiques, les institutions publiques, et le privé, tous les citoyens qui cesseraient toute activité en refusant de travailler un jour par semaine, en restant chez eux ou en manifestant paisiblement dans nos rues. Ce jour de grève générale par semaine pourrait être suivi de deux ou de trois, si jamais nos gouvernants ne venaient pas à entendre raison et à entamer des discussions claires et précises avec leurs oppositions et des membres de la société civile pour changer rapidement et durablement les règles du jeu. Les pays de l’Union Européenne, les États-Unis, La Chine, la Russie, les pays d’Amérique latine, l’Inde, l'Australie, doivent entendre ce signal d’alarme lancé par leurs populations. Ce sacrifice nous devons avoir le courage de nous l’imposer à nous-mêmes pour permettre l’émergence d’un projet de société viable actuellement ignoré, moqué, dénié par la grande majorité de nos gouvernants malgré des discours qui ne servent qu’à une chose : voiler une inaction fatale pour nos existences. C’est aux partis d’opposition, tout particulièrement ceux progressistes de gauche, écologistes, ainsi qu’aux syndicats et aux associations qu’il appartient de lancer cet appel et de s’unir en France, comme partout où cela sera possible.  

 

[1]Voir à ce sujet l’ouvrage de William R. Cline, publié dès 2007, “Global Warming and Agriculture : Impact estimates by country”.Center for Global Development, Peterson Institute for International Economics, Washington D.C., 2007.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.