Un Ambassadeur Danois auprès des Apatrides fiscaux des GAFA

Le premier Ambassadeur au monde auprès du secteur privé, celui du monde merveilleux des Apatrides fiscaux des GAFA, est danois.

Le premier Ambassadeur au monde auprès du secteur privé, celui du monde merveilleux des Apatrides des GAFA, est danois.

Personne ou presque n'a vu passer cette information, englués que nous sommes dans les affres de la campagne électorale. 

Le Danemark envoie un ambassadeur auprès d'un secteur privé "apatride" sans domicile FISC ( selon l'heureuse formule d'Eric et Alain Bocquet )auprès des GAFA, (Google, Amazon, Facebook, Apple, et autres géants du secteur )

L'envergure de ces entreprises peut être comparée, en terme d’économie, à celle d'un pays moyen, et si Apple était un pays, ses bénéfices placeraient l’entreprise aux portes du G20… l'endettement et le chômage en moins ! Le chiffre d’affaire de Google, Apple, Facebook et Amazon s’élève à 316 milliards de dollars !

 La notion d’ambassadeur thématique n’est pas nouvelle et je me suis souvent inquiétée de la réalité de leurs missions considérant que pour certains les nominations n’étaient en fait que des faveurs faites à des amis en mal d’exotisme …

La France a d’ailleurs, elle aussi, un très discret ambassadeur thématique dans ce même domaine, le « représentant spécial de la France pour les négociations internationales sur la société de l’information et l’économie numérique » en la personne de David Martinon.

Pourquoi dans ces conditions la démarche danoise peut-elle interpeller ? Parce que pour la première fois un État délègue un ambassadeur directement auprès d’un secteur privé.

La motivation exprimée peut choquer d’autant plus que, comme l'indiquait un responsable danois, il est possible que dans "les années à venir [le Danemark entretienne] plus de relations bilatérales avec les GAFA qu'avec la Grèce ».

 Cette démarche doit nous pousser à une réflexion de fond sur notre vision de l’avenir.

L’avenir sera numérique ou il ne sera pas. Ces compagnies sont au coeur de notre quotidien dont elles connaissent les moindres détails.

Depuis les différentes attaques terroristes et la montée en puissance de la radicalisation sur le net, elles ont aussi ,pris une part importante dans la lutte contre ce fléau en adaptant leurs politiques aux contraintes de la sécurité.

Ces fournisseurs d'accès sont, on le sait, au coeur des dispositifs de retrait des contenus illicites ou violents, et leur action de coopération active avec les services de sécurité est saluée par tous.

Leurs algorithmes, secrets de fabrique, seront de plus en plus centraux dans les recherches afin de sécuriser l'internet ou de le contrôler ( même cela apparaît totalement illusoire )

Il en est de même en matière de lutte contre la cybercriminalité…

 En dehors de ces aspects purement sécuritaires vient immédiatement l'aspect économique.

La mise en place chaotique de la « taxe google », la difficulté d’adapter notre fiscalité aux nouveaux modes de consommation, les difficultés aussi pour le législateur moyen de comprendre les mécaniques de ces groupes multinationaux, appellent une nouvelle vision de nos rapports avec eux. La démarche du Danemark me semble de ce point de vue particulièrement intéressante.

 Nouvelle guerre de l’obus et du blindage, il est évident que le monde numérique ira toujours plus vite que le législateur national ou européen.

Il est aussi évident que ce monde prendra de plus en plus d’importance dans notre quotidien et qu’il est grand temps de nouer des relations de confiance avec ces géants du net qui, qu’on le veuille ou non régissent notre vie.

Cette démarche innovante va dans le sens de l’histoire.

C’est sans doute un tournant dans la façon dont nous devons envisager les relations diplomatiques.

 Mais tout bien considéré avec le nombre d’États faillis ou sans gouvernance, l’impotence des Nations Unies et leur incapacité à élaborer ou à protéger un droit international moribond, les lenteurs de la politique européenne bouffie de normes, et le choc du Brexit… les Danois pragmatiques ont choisi d’établir une ligne directe avec les GAFA, qui sont un Etat dans l’Etat.

 Je n’y vois, pour ma part, aucun renoncement à une quelconque souveraineté, ni un mépris de la diplomatie traditionnelle.

Je n’y vois qu’une mesure de bon sens pour établir et conforter des relations avec le monde des majors de l’internet et de la haute technologie qui ont entre leurs mains notre quotidien dès que nous ouvrons les yeux et concomitamment notre smart phone.

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