Du mauvais usage du conflit du Haut-Karabagh

Il m'est apparu utile de réagir à l’article signé par M. Rochebloine, député de Saint-Chamond et certains de nos collègues de l’Assemblée Nationale et diffusée le 24 février sur le Monde.fr[1].

Si j’ai attendu quelques jours pour répondre, c’est parce que cet article , à visée uniquement électoraliste, aurait sans doute déclenché une polémique voulue et assumée par ses auteurs.

Telle n’est pas mon intention.

Mon intention n’est pas davantage de revenir en détail sur un conflit dont le Caucase a le secret, ignoré des Français et bien, bien éloigné de leurs préoccupations.

Connaissant bien un responsable du Monde.fr, militant affirmé et talentueux de la cause arménienne, je publie ce billet sur mon blog par sécurité…

Quelle mouche a piqué notre collègue Rochebloine ?

Le voilà qui revendique la sécession pure et simple du Haut-Karabagh, région que se disputent les Arméniens et les Azerbaïdjanais.

Il y a des vérités sur ce conflit qui doivent être dites le plus simplement du monde.

A la suite des opérations militaires déclenchées en 1991, l’Arménie occupe le Haut-Karabagh, et 7 provinces qui entourent cette région, soit 20% du territoire de l'Azerbaïdjan.

La République défendue par Monsieur Rochebloine n’existe pas :

La République autoproclamée et fantoche du Haut Karabakh n’est reconnue par aucun des Etats du Caucase du Sud, ni même par l’Arménie, pas plus par la communauté internationale, bien évidemment pas par la France, comme le rappelle cette déclaration inscrite au journal officiel des débats du sénat[2].

Comment donc expliquer cette déclaration soudaine, si ce n’est comme manœuvre électorale à quelques jours du premier tour des élections municipales, pour rappeler à la forte communauté arménienne de la ville et plus généralement du Forez, l’engagement de ses élus.

La communauté arménienne est bien souvent mise à contribution au moment des élections et l’alibi de servir sa cause manque, à mon sens, de dignité.

Mais cette fois, cet article vient, de surcroît, contredire la politique et la diplomatie de la France.

Nous parlons d'un territoire que se disputent Arméniens et Azerbaïdjanais depuis 1991 et pour lequel la France copréside, avec les USA et la Russie, le groupe de Minsk chargé d'y trouver une solution.

Procédant de la sorte, mes collègues interfèrent avec la diplomatie française et contredisent la position affirmée de notre pays dans ce conflit.

Quant au fait de légitimer une partition de force, au moment où l’ensemble des responsables politiques dénoncent le coup de force de la Russie en Crimée, cela me semble particulièrement décalé.

Monsieur Rochebloine entend-t-il rapidement apporter son soutien également à la sécession de la Crimée au président Poutine ?

Il lui restera ensuite à approuver la sécession de l’Abkhazie, imposée par les troupes russes, également alliées des Arméniens dans la guerre du Haut-Karabakh.

Les négociations du groupe de Minsk piétinent pour plusieurs raisons, notamment de l’intransigeance de la partie arménienne qui laisse perdurer l'état d'occupation des territoires qui sont internationalement reconnues comme appartenant à l'Azerbaïdjan, et, pensant obtenir la reconnaissance de l'entité du Haut-Karabakh en mettant la communauté internationale devant le fait accompli.

Nous devrions unir nos forces dans le sens du droit international dont chacun se revendique aujourd'hui avec la situation en Crimée, pour obtenir que les Arméniens aidés par les Russes quittent les territoires occupées et reconnues comme telles par les résolutions internationales.

Mais quand je dis que nous venons tous au soutien du droit international, tous oui, sauf à priori Monsieur Rochebloine et ses collègues.

Franchement, ce n’est ni le bon sujet, ni le bon moment !

 

 


[1] Le Monde.fr - 24 février 2014 - Soutenir la République du Haut-Karabakh, c'est parachever la paix dans le Caucase du Sud.

[2] Position de la France au regard de la représentation en France de la prétendue "République du Haut-Karabagh" Question orale sans débat n° 0956S du Sénateur Nathalie Goulet, publiée dans le JO Sénat du 17/06/2010 - page 1500

Réponse du Secrétariat d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, publiée dans le JO Sénat du 07/07/2010 - page 5891

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