Sénateur Goulet
Sénateur membre de la Commission des Finances
Abonné·e de Mediapart

75 Billets

0 Édition

Billet de blog 26 mars 2014

Du mauvais usage du conflit du Haut-Karabagh

Sénateur Goulet
Sénateur membre de la Commission des Finances
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il m'est apparu utile de réagir à l’article signé par M. Rochebloine, député de Saint-Chamond et certains de nos collègues de l’Assemblée Nationale et diffusée le 24 février sur le Monde.fr[1].

Si j’ai attendu quelques jours pour répondre, c’est parce que cet article , à visée uniquement électoraliste, aurait sans doute déclenché une polémique voulue et assumée par ses auteurs.

Telle n’est pas mon intention.

Mon intention n’est pas davantage de revenir en détail sur un conflit dont le Caucase a le secret, ignoré des Français et bien, bien éloigné de leurs préoccupations.

Connaissant bien un responsable du Monde.fr, militant affirmé et talentueux de la cause arménienne, je publie ce billet sur mon blog par sécurité…

Quelle mouche a piqué notre collègue Rochebloine ?

Le voilà qui revendique la sécession pure et simple du Haut-Karabagh, région que se disputent les Arméniens et les Azerbaïdjanais.

Il y a des vérités sur ce conflit qui doivent être dites le plus simplement du monde.

A la suite des opérations militaires déclenchées en 1991, l’Arménie occupe le Haut-Karabagh, et 7 provinces qui entourent cette région, soit 20% du territoire de l'Azerbaïdjan.

La République défendue par Monsieur Rochebloine n’existe pas :

La République autoproclamée et fantoche du Haut Karabakh n’est reconnue par aucun des Etats du Caucase du Sud, ni même par l’Arménie, pas plus par la communauté internationale, bien évidemment pas par la France, comme le rappelle cette déclaration inscrite au journal officiel des débats du sénat[2].

Comment donc expliquer cette déclaration soudaine, si ce n’est comme manœuvre électorale à quelques jours du premier tour des élections municipales, pour rappeler à la forte communauté arménienne de la ville et plus généralement du Forez, l’engagement de ses élus.

La communauté arménienne est bien souvent mise à contribution au moment des élections et l’alibi de servir sa cause manque, à mon sens, de dignité.

Mais cette fois, cet article vient, de surcroît, contredire la politique et la diplomatie de la France.

Nous parlons d'un territoire que se disputent Arméniens et Azerbaïdjanais depuis 1991 et pour lequel la France copréside, avec les USA et la Russie, le groupe de Minsk chargé d'y trouver une solution.

Procédant de la sorte, mes collègues interfèrent avec la diplomatie française et contredisent la position affirmée de notre pays dans ce conflit.

Quant au fait de légitimer une partition de force, au moment où l’ensemble des responsables politiques dénoncent le coup de force de la Russie en Crimée, cela me semble particulièrement décalé.

Monsieur Rochebloine entend-t-il rapidement apporter son soutien également à la sécession de la Crimée au président Poutine ?

Il lui restera ensuite à approuver la sécession de l’Abkhazie, imposée par les troupes russes, également alliées des Arméniens dans la guerre du Haut-Karabakh.

Les négociations du groupe de Minsk piétinent pour plusieurs raisons, notamment de l’intransigeance de la partie arménienne qui laisse perdurer l'état d'occupation des territoires qui sont internationalement reconnues comme appartenant à l'Azerbaïdjan, et, pensant obtenir la reconnaissance de l'entité du Haut-Karabakh en mettant la communauté internationale devant le fait accompli.

Nous devrions unir nos forces dans le sens du droit international dont chacun se revendique aujourd'hui avec la situation en Crimée, pour obtenir que les Arméniens aidés par les Russes quittent les territoires occupées et reconnues comme telles par les résolutions internationales.

Mais quand je dis que nous venons tous au soutien du droit international, tous oui, sauf à priori Monsieur Rochebloine et ses collègues.

Franchement, ce n’est ni le bon sujet, ni le bon moment !


[1] Le Monde.fr - 24 février 2014 - Soutenir la République du Haut-Karabakh, c'est parachever la paix dans le Caucase du Sud.

[2] Position de la France au regard de la représentation en France de la prétendue "République du Haut-Karabagh" Question orale sans débat n° 0956S du Sénateur Nathalie Goulet, publiée dans le JO Sénat du 17/06/2010 - page 1500

Réponse du Secrétariat d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, publiée dans le JO Sénat du 07/07/2010 - page 5891

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Inflation : les salariés, éternels dindons de la farce
Avec la poussée inflationniste, les salariés sont sommés d’accepter un recul de leurs revenus réels pour éviter l’emballement des prix. Mais lorsque les prix étaient bas, les salariés devaient accepter la modération salariale au nom de l’emploi. Un jeu de dupes que seules les luttes pourront renverser. 
par Romaric Godin
Journal
Électricité et gaz : les salaires mettent le secteur sous haute tension
Appel à la grève dans le secteur des industries électriques et gazières, le 2 juin prochain, pour réclamer des revalorisations de salaires indexées à l’inflation. Chez RTE, gestionnaire du réseau électrique français, un mouvement social dure depuis déjà depuis treize semaines.
par Cécile Hautefeuille
Journal
Nouveau gouvernement : le débrief de Mediapart
Premier conseil des ministres du deuxième quinquennat Macron ce matin, marqué par l’affaire Damien Abad. Émission consacrée donc à notre nouveau gouvernement et à la campagne législative de ceux qui n’en font plus partie, comme Jean-Michel Blanquer, parachuté dans le Loiret.
par À l’air libre
Journal — Écologie
Planification écologique : le gouvernement à trous
Emmanuel Macron avait promis, pendant l’entre-deux-tours, un grand tournant écologique. Si une première ministre a été nommée pour mettre en œuvre une « planification écologique et énergétique », le nouvel organigramme fait apparaître de gros trous et quelques pedigrees étonnants.
par Mickaël Correia, Jade Lindgaard et Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
La crise de recrutement enseignant atteint cette année un niveau largement plus inquiétant que les années précédentes dont les conséquences seront gravissimes pour le service public d’éducation. Elle témoigne, au-delà de ses dénis, de l’échec de la politique de Jean-Michel Blanquer.
par Paul DEVIN
Billet de blog
L’École et ses professeurs à bout de souffle : urgence vitale à l'école
Nous assistons aujourd’hui, dans un silence assourdissant, à une grave crise à l’Ecole. Le nombre des candidats aux concours de l’enseignement s’est effondré : ce qui annonce à court terme une pénurie de professeurs. Cette crise des « vocations », doit nous alerter sur une crise du métier et plus largement sur une crise de l’Ecole.
par Djéhanne GANI
Billet de blog
Lycéennes et lycéens en burn-out : redoutables effets de notre organisation scolaire
La pression scolaire, c’est celle d’une organisation conçue pour ne concerner qu’une minorité de la jeunesse Lycéennes et lycéens plus nombreux en burn-out : une invitation pressante à repenser le curriculum.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
Déblanquérisons l'École Publique, avec ou sans Pap Ndiaye
Blanquer n'est plus ministre et est évincé du nouveau gouvernement. C'est déjà ça. Son successeur, M. Pap Ndiaye, serait un symbole d'ouverture, de méritocratie... C'est surtout la démonstration du cynisme macronien. L'école se relèvera par ses personnels, pas par ses hiérarques. Rappelons ce fait intangible : les ministres et la hiérarchie passent, les personnels restent.
par Julien Cristofoli