En attendant les résultats de la commission d'enquête mise en place par Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, afin d'instruire les allégations de plagiat visant le scientifique Étienne Klein qui ont été initialement publiées par l'Express, Sciences & Avenir et dans mon blog Mediapart, de nouvelles accusations pour plagiat, qui touchent directement à son activité académique, nous ont été transmises.

La journaliste franco-québécoise Odile Jouanneau, spécialisée dans la détection de plagiats, a identifié énormément de pratiques frauduleuses dans les travaux d'Étienne Klein sur le temps. Elle a déjà soumis au Conseil de presse du Québec des cas de plagiat qui concernent des auteurs ou des journalistes-blogueurs plagiaires dont Djemila Benhabib et Jean-Nicolas Saucier. Les plaintes de plagiats d’Odile Jouanneau ont toutes été retenues et validées par le Conseil de presse.

Odile Jouanneau, que nous avons contactée le 7 janvier 2017, a souhaité collaborer avec nous sur la détection des cas de plagiats présentés dans cet article.

La liste des victimes plagiées par Étienne Klein s'allonge, mais le plus impressionnant est que les plagiats de ce scientifique ne constituent pas un simple dérapage dans son dernier livre sur Einstein. C'est plutôt un véritable phénomène et un scandale pour le monde académique français. En effet, nous n'avons réussi à trouver aucun travail d’Étienne Klein ne contenant pas de textes plagiés. Des rapports et des actes de colloques produits dans le cadre des activités des institutions tels que l'UNESCO et le Conseil départemental des Hauts-de-Seine ont tous été recyclés plusieurs fois par Étienne Klein.
Un texte publié initialement dans la revue Pour La Science en novembre 2010 a été ensuite plagié dans la revue European Psychiatry en 2014 et dans beaucoup d’autres contextes.
Finalement, la méthode Klein est basée sur le recyclage de phrases et de mots, pas d'idées nouvelles. Ni même de textes originaux !
La figure, ci-après, illustre qu'il ne s'agit pas de quelques oublis de citations ou d'un "travail dans l'urgence", comme Étienne
Klein
a essayé de nous en convaincre.

Figure 1. Comparaison entre les textes d’Etienne Klein "Le temps est-il une affaire de conscience" (La revue European Psychiatry 2014,  Volume 29, Issue 8) et son article « L'instant présent, unique mais banal » dans le magazine Pour la Science N°397 - novembre 2010. La comparaison a été effectuée à l’aide d'une application développée par l’équipe de la spécialiste du plagiat en Allemagne, Mme la Pr Debora Weber-Wullf : http://people.f4.htw-berlin.de/~weberwu/simtexter/app.html © Ethics & Integrity Figure 1. Comparaison entre les textes d’Etienne Klein "Le temps est-il une affaire de conscience" (La revue European Psychiatry 2014, Volume 29, Issue 8) et son article « L'instant présent, unique mais banal » dans le magazine Pour la Science N°397 - novembre 2010. La comparaison a été effectuée à l’aide d'une application développée par l’équipe de la spécialiste du plagiat en Allemagne, Mme la Pr Debora Weber-Wullf : http://people.f4.htw-berlin.de/~weberwu/simtexter/app.html © Ethics & Integrity

 
Son dernier article dans La Recherche, une compilation de textes plagiés !

 © La Recherche © La Recherche

Le dossier N°20 daté décembre 2016-janvier 2017 du magazine scientifique La Recherche (Hors-Série) inclut le texte "Les instants se ressemblent-ils ? », encore un article d'Étienne Klein sur le temps! Et de nouveau une affaire de plagiat !

Dans cet article de La Recherche, nous avons identifié un plagiat de Paul Valéry, mais aussi des paragraphes entiers recyclés de son dernier livre « Le pays qu'habitait Albert Einstein », paru chez Actes Sud en octobre 2016, ainsi que d'autres de ses publications.

"Le temps est cette sorte de fluide dont nous répétons qu'il transporte tous les objets, qu'il vieillit les êtres, altère et use les choses, ronge les roches, améliore les sociétés et les vins. Mais dire cela ne suffit guère à révéler sa véritable nature", écrit Étienne Klein dans ce dernier article.

Odile Jouanneau a reconnu dès le premier paragraphe le texte de Paul Valéry, "Œuvres, Volume 2", édité par Gallimard en 1960. Notre analyse le confirme et nous avons même trouvé que ce paragraphe apparaît aussi dans
le périodique "Mercure de France", Volume 30, page 482 par Alfred-Louis-Edmond Vallette (1858-1935).

Mais les plagiats dans ce nouvel article ne se limitent pas à Paul Valéry et aux textes d'Étienne Klein dans Pour La Science (2010) et la revue European Psychiatry (2014). Le phénomène est beaucoup plus grave. Une partie d'un ancien texte, "de quoi la flèche du temps est-elle le nom?", a été également recyclée dans ce numéro de La Recherche.

Le livre d'Étienne Klein "Le facteur temps ne sonne jamais deux fois" (Flammarion, 2010)  n'a pas non plus échappé au recyclage. Son texte "Le temps est-il objectivable?" de la rencontre "Les Entretiens Albert-Kahn", du 30 janvier 2015, du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, a également été plagié à plusieurs reprises.

Une partie du texte le plus plagié dans l’article de La Recherche est sans doute celui intitulé "de quoi la flèche du temps est-elle le nom?" (Plus de 20% de plagiés).

Même si l'on suppose que l'article d'Étienne Klein a été soumis à la rédaction du magazine La Recherche avant la sortie des révélations dans la presse sur ses plagiats, comment expliquer que la rédaction de ce magazine n'ait pas fait l'effort de vérifier le texte de Klein et surtout de voir qu'une grande quantité de ce travail provenait de son livre sur Einstein et de ses précédents articles.

Les plagiats d'Etienne Klein © Ethics & Integrity Les plagiats d'Etienne Klein © Ethics & Integrity

La Recherche, Pour la Science, La Croix, France Culture, les Éditions Flammarion, Odile Jacob et Actes Sud sont-ils tous complices des plagiats d'Étienne Klein ? Qu'attendent-ils pour réagir et alerter les lecteurs ?

Quel est ce modèle économique utilisé par certains éditeurs qui consiste à recycler le même texte (le plus souvent composé lui-même de plagiats de multiples sources) et le vendre plusieurs fois?

Pour répondre aux accusations de plagiat qui ont été révélées le 29 novembre 2016, par Jérôme Dupuis dans l'Express, le physicien et philosophe Étienne Klein a répondu le lendemain dans la revue Sciences & Avenir :

"Je ne vais pas donner ma démission. Cette histoire-là a à voir avec mon éditeur, c’est lui qui est mon « employeur » dans cette opération-là. Je ne vais pas faire répondre le CEA ou l’IHEST, cela n’a rien à voir, il s’agit d’activités privées pendant le week-end, et c’est sans doute parce que je travaille trop le week-end que ce genre de choses m’arrive. Je ferais mieux d’aller jouer au golf comme beaucoup."

Comment ose-t-il dire que le CEA et l'IHEST ne sont pas concernés par ces évidents manquements à la déontologie? Absence d'éthique qui induit une rupture de confiance, non seulement entre la science et la société, mais aussi entre le monde académique et le journalisme scientifique.

Évidemment, les plagiats démontrés d'Étienne Klein ont un lien direct avec son activité au CEA et à l'IHEST, ainsi qu'avec ses activités en tant que membre de commissions d'experts ou de sociétés savantes.

Signer un article plagié dans une revue scientifique avec son nom et une affiliation indiquant "Centre CEA de Saclay - Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière" et le plagier de nouveau dans d'autres contextes, ne peut être considéré comme une activité qui relève de la seule relation avec son éditeur Actes Sud.

Les plagiats d'Étienne  Klein qui touchent à son activité au CEA. © Ethics & Integrity Les plagiats d'Étienne Klein qui touchent à son activité au CEA. © Ethics & Integrity

"Cette histoire-là a à voir avec mon éditeur, c’est lui qui est mon « employeur » dans cette opération-là.", a répondu Étienne Klein à Dominique Leglu dans Sciences & Avenir, le 30 novembre 2016.

Que signifie cette phrase insupportable d'Étienne Klein ? Qu'on peut être intègre selon le contexte ? Qu'on peut plagier de manière sélective selon que l'on est dans une relation avec un éditeur ou avec un laboratoire de recherche ?

"Pour tout honnête homme, il y a, me semble-t-il, au moins trois raisons de s’intéresser aux enjeux des recherches qui sont menées dans ce domaine." C'est une phrase qui a été prononcée par Étienne Klein lors de sa conférence du 12 janvier 2010 sur les nanotechnologies à l'Institut Diderot.

Quelle est la définition d'Étienne Klein pour l'honnêteté ?

Est-ce que c'est s'enrichir financièrement avec des travaux réalisés dans le cadre de colloques des institutions dont il est membre ?

Est-ce que c'est plagier de manière continue des travaux réalisés par lui ou par d'autres et ensuite les vendre comme s'il s'agissait de nouveaux produits ?

Est-ce que c'est privilégier les publications "personnelles" à des publications scientifiques qui peuvent améliorer le classement international des institutions françaises de la recherche?

Quelles sont les publications scientifiques ou les travaux d'Étienne Klein qui lui ont permis d'être membre de l'Académie des technologies, membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, président de l'IHEST, directeur de recherche au CEA ? Est-ce que ce sont ces textes sur le temps qui ont été recyclés et plagiés plusieurs fois !

Ou est-ce que l'honnêteté pour Étienne Klein consiste à parler de tout - comme par exemple lors d'un recyclage de conférence tel que nous l'avons démontré dans notre article précédent - et à intervenir en tant qu'expert même lorsqu'il ne s'agit pas de son domaine scientifique ?

"C’est sans doute parce que je travaille trop le week-end que ce genre de choses m’arrive. Je ferais mieux d’aller jouer au golf ", a répondu Étienne Klein à Sciences & Avenir pour "justifier" ses plagiats. Au vu du graphique chronologique ci-dessous, qui illustre la "méthode Klein", le golf lui serait certainement mieux adapté qu'une activité scientifique exigeant un minimum de créativité et d'intégrité, valeurs inhérentes à tout travail de chercheur. Ainsi, les lecteurs ne seraient plus manipulés et amenés à relire, en 2017, ses recyclages des années 90.

La "méthode Klein" : plagier à partir de multiples sources et les publier plusieurs fois. Son dernier article dans La Recherche ne contient que quelques nouvelles phrases. Il s'agit d'une compilation de ses travaux précédents sur le temps. © Ethics & Integrity La "méthode Klein" : plagier à partir de multiples sources et les publier plusieurs fois. Son dernier article dans La Recherche ne contient que quelques nouvelles phrases. Il s'agit d'une compilation de ses travaux précédents sur le temps. © Ethics & Integrity

 

 

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