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Billet de blog 22 févr. 2018

Affaire Jessus: absence de méconduite scientifique conclut la commission d'enquête

Après plusieurs semaines de spéculations et de rumeurs, une commission d'enquête Sorbonne Université - CNRS décide de jouer la transparence en publiant un communiqué, ainsi que les conclusions du rapport d'enquête concernant le cas de la scientifique Catherine Jessus et ses co-auteurs. Pas de méconduite ou de fraude scientifique conclut le rapport de cette commission.

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Notre dernier dossier a été consacré à cette affaire. Nous avons clairement précisé que nous n'exprimions aucun jugement sur le contenu des publications qui sont critiquées sur la plateforme PubPeer. En revanche, notre dossier, en deux parties, a critiqué la manière de cibler un seul auteur d'une publication qui a été co-signée par plusieurs autres ou d'accuser exclusivement une femme scientifique alors que d'autres hommes scientifiques sont également concernés. Le manque de transparence au niveau des institutions françaises dans la gestion de cette affaire ou dans d'autres d'ailleurs a également fait l'objet de critiques dans notre article du 26 janvier dernier. Notre message semble avoir été entendu par le CNRS et cette commission de la Sorbonne Université dont nous saluons la démarche de publier les conclusions du rapport d'enquête et une analyse détaillée des publications qui ont été mises en cause.
Nous réitérons ici notre soutien à la liberté des chercheurs à commenter ou à critiquer les publications scientifiques sur PubPeer ou dans d'autres contextes quelle que soit la position des auteurs qui sont la cible de ces critiques. Cela devrait se faire loin des dénonciations calomnieuses et dans le respect des règles du débat scientifique.

L'affaire a commencé en septembre dernier, des publications scientifiques, qui ont été co-signées par Catherine Jessus, ont fait l'objet de critiques sur PubPeer. Des accusations de fraude et de manipulations d'images dans ces publications ont été ensuite publiées et diffusées sur les réseaux sociaux.

"Nous avons été saisis par l’UPMC/Sorbonne Université et par le CNRS d’une mission d’expertise scientifique des publications de Mme Jessus. Le contexte de cette mission est le suivant. Des accusations de méconduites scientifiques ont été portées à son encontre sur un blog, accusations relayées sur un forum de discussion en ligne, par ce même bloggeur et par un certain nombre d’intervenants utilisant divers pseudonymes qui ne permettent pas leur identification. Ces accusations portent sur d’éventuelles manipulations de données dans 21 figures réparties sur onze articles dont Mme Jessus est co-auteur", écrit le rapport de la commission d'enquête. Cette dernière a été désignée par les deux institutions, Sorbonne Université et le CNRS.

Directrice de recherche au CNRS, responsable d'une équipe dans le Laboratoire de biologie du développement (CNRS-Sorbonne Université) et directrice de l'Institut des sciences biologiques (INSB) du CNRS, Catherine Jessus a accepté de nous apporter quelques éléments de réponse concernant ces accusations.

Rapport de la commission d'enquête Sorbonne Université - CNRS © CNRS

Le rapport de la commission, qui a été remis aux Présidences du CNRS et de Sorbonne Université, le 16 Février 2018, conclut:

« Nous n'avoir pas trouvé, dans les figures incriminées sur internet, de fondement à une méconduite scientifique de Mme Jessus. »

Les travaux de cette commission d’enquête se sont déroulés du 18 Octobre 2017 au 15 Février 2018, Catherine Jessus et deux de ses co-auteurs ont été auditionnés par cette commission.

"La commission a demandé à Madame Jessus, de fournir les documents originaux ayant servi à l’assemblage des figures incriminées et, quand c’était nécessaire, de produire les résultats d’expériences similaires à celles qui ont été publiées pour en vérifier la robustesse. La commission a demandé également à Madame Jessus un rapport détaillé analysant chacune des figures incriminées en y apportant les commentaires scientifiques nécessaires à une compréhension approfondie des résultats présentés. Ces éléments ont été confrontés à l’analyse critique de la commission sur ces mêmes figures", précise le rapport de la commission d'enquête.

Le coordinateur de l'éthique de la publication à The Company of Biologists, qui édite la revue Journal of Cell Science où Catherine Jessus a publié sept articles scientifiques, nous a confirmé, le 16 janvier dernier, qu'une correction est prévue pour une de ces publications. C'est désormais une chose faite, un article publié en 2015 et co-signé par Enrico M. Daldello et Aude Dupré en positions du premier et dernier, respectivement, a été corrigé le 1er février dernier. La correction de l'éditeur évoque une réutilisation d'une partie d'une figure qui "n'affecte pas les conclusions de l'étude". La revue Cell Cycle a également publié, le 18 janvier dernier, une correction pour une des publications qui sont mises en cause.

"Ces erreurs n'affectent pas les conclusions scientifiques globales de l'article", écrit l'éditeur de Cell Cycle .

Le rapport de la commission d'enquête a noté trois publications "qui comportaient des erreurs d’assemblage de figure, et une publication qui comporte une atténuation de contaminants sur une figure". Le rapport précise que "cette atténuation, qui n'est pas le fait de Mme Jessus mais du chercheur ayant réalisé l'expérience, ne modifie pas la lecture de celle-ci ni son sens scientifique. Elle nécessitait naturellement un corrigendum rectifiant la présentation fidèle à l'original pour lever toute ambigüité. Ce corrigendum a été accepté. C’est le seul exemple de ce type que nous avons trouvé parmi les 21 figures incriminées."

Déclaration d'un conflit d'intérêts potentiel : l'auteure de cet article a reçu, en 2008, une bourse de recherche à Manchester (UK) de the UK Company of Biologists, qui édite une des revues scientifiques concernées par l'affaire Jessus. L'auteure ne publie pas dans cette revue et n'a aucun lien avec la revue ou avec son éditeur. L'université de Liverpool a géré cette bourse, l'auteure n'a pas été en contact direct avec cet éditeur.

Cet article est publié également sur le Blog français d'Ethics & Integrity.

Nous contacter : contact@ethics-and-integrity.org

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