Les femmes allemandes ont-elles réussi à se débarrasser totalement du système des 3K ? Au 19ème siècle, Kaiser Wilhelm II, le troisième et dernier empereur allemand, défini un rôle pour les femmes qui se limite à "Kirche, Küche, Kinder". Ces trois "K", que l'on peut traduire, dans l'ordre, par "église", "cuisine" et "enfants", représentait les valeurs traditionnelles dévolues aux femmes.

Cette définition est donc antérieure à l'avènement du régime nazi, mais elle demeure associée au Troisième Reich. Le discours d'Adolf Hitler en septembre 1934 à l'« Organisation des femmes nationales socialistes » (NS-Frauenschaft) affirma que pour la femme allemande son « Univers est son mari, sa famille, ses enfants et son foyer » !

En Allemagne, les femmes ont toujours été considérées inférieures à leurs contemporains masculins.

Au cours des dernières années, beaucoup de choses ont changées pour les femmes allemandes, mais il n'est toujours pas facile de concilier vie de famille et carrière professionnelle. Le 9 mars 2011, Katharina Cheimanoff  a publié "l’Allemagne : le tourment européen de l’égalité des sexes", dans lequel elle a discuté les inégalités hommes-femmes, qui sont encore très marquées en Allemagne.

Comme en 2015, les femmes scientifiques allemandes de nouveau exclues, il n'y a aucune femme nominée pour l’édition 2016 du prestigieux Prix allemand de l’avenir  « Deutscher Zukunftspreis ».

Créé en 1997, ce prix récompensent des prestations exceptionnelles en matière d'art, d'économie, de technique ou de recherche scientifique. Il est remis chaque année par le président de la République fédérale (Bundespräsident, en allemand).

Les huit scientifiques qui ont été sélectionnés pour le Prix allemand de l’avenir © http://www.deutscher-zukunftspreis.de Les huit scientifiques qui ont été sélectionnés pour le Prix allemand de l’avenir © http://www.deutscher-zukunftspreis.de

 « Le 30 Novembre 2016, le Prix allemand de l’avenir sera décerné pour la vingtième fois. Cette année, l'accent sera mis sur la technologie du laser, les systèmes de propulsion verts destinés à l'automobile, ainsi que les matériaux de construction écologiques et rentables.», annonce le message du président de la République fédérale Joachim Gauck.
 

Trois projets et huit scientifiques ont été sélectionnés, mais pas une seule femme. Depuis sa création, seulement six femmes ont reçu ce prix (contre 42 pour les hommes !).

Sur Twitter, la microbiologiste Elisabeth Bik a regretté l'absence des femmes dans la liste des nominés. La scientifique ajoute : "le plus triste dans cette histoire est que si les femmes se plaignent de ces proportions déséquilibrées, elles risquent de perdre leur travail."

Allemagne: situation de la femme en recherche scientifique © Elsevier Allemagne: situation de la femme en recherche scientifique © Elsevier

Un "avenir sans femmes", a commenté Deutsche Welle (DW), qui espère que l'édition 2017 fera mieux de celle de l'année en cours.

La première économie européenne fait à peine mieux que la France en ce qui concerne la situation des femmes en sciences. La France compte seulement 26% de femmes dans la recherche scientifique, l'Allemagne compte 28% selon les derniers chiffres de l’institut de statistiques de l’UNESCO.

Publié le 27 octobre 2015, le Rapport Elsevier indique qu'en Allemagne, bien que la proportion des femmes chercheurs augmente, on ne compte que 15,3 % de chercheuses en informatique et 16,2 % en mathématiques, tandis qu'en médecine vétérinaire et en psychologie, la proportion de femmes  dépasse 50 %.

Comme l'illustre la figure ci-après, la baisse de la proportion des femmes en sciences commence dès l'université. Au premier cycle, 45% des étudiants en sciences sont des femmes. Cette proportion diminue à 40% en 3e cycle et à 28% pour le poste de chercheur. Une tendance similaire est observée pour la France.

 

Femmes en sciences: situation en France et en Allemagne © UNESCO - Institut de statistiques Femmes en sciences: situation en France et en Allemagne © UNESCO - Institut de statistiques

 

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