Au-dehors

Au-dehors

auteur et metteur en scène : Alain Ubaldi

Interprétation : Stéphane Schoukroun

 

Ce matin-là, il se prépara à aller à son travail. Rien d'extraordinaire à cela. En chemin, un accident de la circulation, la femme lui est tombée dans les bras. 10 minutes de retard à son poste.

Ce matin-là, et pour la première fois depuis 10 ans qu'il travaille dans cette boîte, le patron circule dans l'entrée et croise le retardataire : aussitôt, il est licencié.

Se joue alors un huis-clos en solo de cet homme exclu du monde : il s'invente un autre monde, autistique, plus réel que le réel, plus angoissant que le réel, plus oppressant encore. Jusqu'à en perdre le langage.

D'entrée de jeu, il écoute ses propres enregistrements "d'avant", ressassant son histoire, et le meurtre de son chef. Lentement, très lentement, il revit ses moments ultimes de son exclusion. Il se perd dans l'inconscience du monde. Il est perdu. Il est dans un monde clos, entouré de fenêtres qui s'allument et s'éteignent autour de lui. Au centre d'un univers quotidien et pourtant carcéral.

Lentement, il se réapproprie la parole, se heurtant à toutes les difficultés possibles comme s'il devait reconnecter sa mémoire à l'échange impossible avec un interlocuteur imaginaire, le public en fait. Repassant par l'enfance, il revoit son drame, le revit, s'en aliène, l'accepte. Accepte le monde dans lequel il vit, dans lequel nous vivons. Que faire d'autre sinon accepter, telle une fatalité l'absurdité de la violence du monde ?

En réalité, il s'était préparé comme chaque matin. En réalité, il s'était menti à lui-même, se sentant un homme parmi les hommes, simple et ordinaire, complexe et extraordinaire comme chacun d'eux. Et tout a basculé. Mais il fallait l'accepter. Il faut l'accepter. Accepter.

La mise en scène laisse toute la subtilité du texte affleurer, entre l'enfermement et l'au-dehors : cet être est déchiré par cette opposition, peut-être rêve-t-il au final, mais en sommes-nous si sûrs ? La vidéo de la première partie offre une image magnifique de cette opposition : les fenêtres sont bien extérieures, des immeubles voisins, et elles constituent bien cet espace d'enfermement où le comédien est isolé et replié sur lui-même. Le travail au plateau nous emmène sans cesse à cette opposition dedans-dehors. Même lorsque, à la fin, le comédien quitte sa "cellule" pour venir au-devant du public, il reste encore enfermé dans une logique implacable d'aliénation.

Stéphane sait rendre toute la singularité de l'écriture en incarnant à la perfection cet homme perdu. Cet homme qui balbutie dans le monde bruyant que paradoxalement l'on n'entend pas dans cette mise en scène.

Théâtre de Belle Ville

du 14 septembre au 06 octobre 2015

les Lundis à 21h15 et les Mardis à 19h30

Rencontres après les représentations du lundi, les 21-28 septembre et 05 octobre

Texte et mise en scène Alain Ubaldi
Interprétation Stéphane Schoukroun
Scénographie Wilfrid Roche
Lumières Thomas Falinower
Bande son Lionel Garcin
Vidéo Jean-Pierre Lenoir
Collaboration artistique Estelle Gapp

Presse et diffusion La Strada&Cies - Catherine Guizard et Nadia Lacchin

Production Cie Kapitalistic Interrelation Théâtre (K.I.T)
Avec le soutien du département du Vaucluse et de la commune de Villes-sur-Auzon

 

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