De la démocratie en entreprise

Un scrutin violé.

L'assemblée générale des actionnaires du Groupe Renault avait lieu hier 29 avril 2015 au Palais des Congrès de Paris.

Après les rituelles présentations des chiffres, des véhicules, des perspectives à la fois technologiques, de part de marché, de renouveau de la marque Alpine, et encore bien d'autres choses d'où les salariés semblent être les grands absents, et avant le vote des résolutions, les actionnaires qui pouvaient poser quelques questions se sont contentés de gratifier le PDG pour son grand talent, faisant de ce dernier une sorte de dieu du quatre roues. Rien de bien neuf, aucune question dérangeante, comme il peut s'en produire parfois dans cette instance, et toujours traitée avec beaucoup de mépris, voire plus : j'ai souvenir de la précédente AG durant laquelle un intervenant a été interdit de poursuivre sa question parce qu'il avait débordé le temps requis. Temps qui n'existe plus cette année ! Il y en a qui en ont profité pour s'étaler inutilement en remarques, éloges, et autres consensuelles paroles. Bref, rien de passionnant jusque là.

Puis ce fut le tour du vote des résolutions. Toutes ou presque ont obtenu des scores positifs "à la soviétique". Une seule a inversé la tendance : la 8e résolution était destinée à voter sur la rémunération de M. Ghosn pour 2015, mêlant la part fixe et la part variable, celle-ci pouvant aller jusqu'à 150% de la part fixe selon les résultats obtenus par le chef aux différents critères d'évaluation. D'après le Comité des Rémunérations, il a réussi à se hisser au niveau de 145%. Cette 8e résolution n'est qu'un avis consultatif : cela signifie que la Direction s'octroie le bénéfice de faire la pluie et le beau temps. Pour la première fois dans l'histoire de M. Ghosn à la tête de Renault, le résultat du scrutin a désavoué cette rémunération, avec plus de 55% de vote contre. Cela a jeté un trouble parmi les intervenants. Le comité de direction a eu quelques difficultés à enregistrer le résultat, mais très vite le responsable du comité des rémunérations a précisé que celui-ci allait se réunir pour statuer. En effet, en soirée, les médias ont annoncé que M. Ghosn percevra l'intégralité de ce que le Comité avait calculé.

Etonnant, tout de même, puisque M. Ghosn se targue de prendre grand soin des actionnaires, d'être très à leur écoute. Cela ressemblerait à un Coup d'Etat ! En tout état de chose, cela montre avec quel mépris la Direction considère les résultats du scrutin lorsque ceux-ci lui sont défavorables. On ne touche pas à un dieu ! La démocratie finit aux poubelles de la finance, et les actionnaires n'ont qu'à se précipiter sur le buffet pour oublier leur frustration. Il y aussi bien longtemps qu'ils ont oublié les incompétences managériales du patron lors de l'affaire des 3 faux espions. Et le silence assourdissant de l'Etat reste de plus en plus incompréhensible.

Pour finir, quelques chiffres :

Le dividende est de 2,40€ contre 1,90 l'année dernière, soit plus de 26% d'augmentation. Les salariés apprécieront, eux qui subissent l'austérité salariale depuis de longues années.

La rénumération de M. Ghosn pour 2015 (les chiffres sont extraits du "Document de Référence" :

part fixe : 1 230 000€

part variable : 445 875€ en numéraire, versés de suite auxquels s'ajoutent 1 337 625€ en actions qui seront réglés en 2020 sous conditions.

S'ajoutent également : 4 184 850€, sous forme d'actions de performance, votés lors de l'AG de 2013, et soumis à conditions sur les exercices 2015, 2016 et 2017.

Enfin : 48 000€ de jetons de présence (montant plafonné par administrateur) auxquels s'ajoutent les 5 440€ d'avantage en nature (véhicule de fonction)

 

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