Sociologie et racisme dans les universités ? Rien de nouveau.

Des étudiants noirs dénoncent des faits de racismes à l'Université de Metz en sociologie. Ceci est-il nouveau ? Certainement pas ! La sociologie est-elle à l'abri des discriminations dont souffrent peut-être d'autres disciplines ? Ce court billet pose des questions simples mais dont les réponses ne sont pas si évidentes.

C'est le choc en France et à l'université de Metz, pour ceux qui découvrent des faits de racismes virulents dans les sciences humaines et précisément en sociologie !!! (https://www.marianne.net/societe/racisme-l-universite-de-metz-un-groupe-messenger-pour-insulter-les-etudiants-noirs)

Ces actes ne sont pas isolés et si nouveaux qu'ils le paraissent. Si l'ensemble de la classe politique et universitaire joue la sidération, réelle pour certains et simulée pour d'autres,il n'en reste pas moins que les étudiants plus précisément d'origine magrébine et africaine eux le savent pour le ressentir dans leur chair. La sociologie serait devenue une discipline universitaire comme les autres, banale dans laquelle les minorités peuvent être montrées du doigt et stigmatisées ? A-t-elle jamais cessé de l'être ?

Accusé moi-même de racisme et autres griefs factices à l'endroit des étudiants, j'ai dénoncé ces faits de racisme à la présidence de mon université officiellement (https://blogs.mediapart.fr/serge-dufoulon/blog/260818/l-horreur-du-harcelement-moral-au-travail-l-universite-grenoble-alpes) par un courriel en bonne forme à la présidente de l'UGA. En section disciplinaire, soit devant des collègues en position de juges, un étudiant noir d'origine africaine a fait un témoignage émouvant d'humiliations racistes à son endroit et d'autres étudiant(e)s par un enseignant en cours de sociologie. L’article 40 du code de procédure pénale impose l’obligation, « pour toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire, dans l’exercice de leurs fonctions », de signaler des crimes ou délits dont il a connaissance, ici devant des faits graves et motivés aucune réponse officielle n' été donnée.

Devant ce témoignage officiel et fort, la présidente de la section disciplinaire n'a pas réagi et suite à mon signalement la présidente de l'université n'a ouvert aucune instruction pour vérifier à la fois la véracité des faits dénoncés et combien d'étudiants étaient concernés. Bien mieux, l'enseignant raciste a pu poursuivre sa carrière avec la bénédiction de l'université, pour "services rendus"  : Qui lui en voudrait "au pays des aveugles...". Pourtant si on demandait aux étudiants d'origine africaine et magrébine de lever la main s'il ont vécu le moindre ressenti de racisme à l'université, nous aurions certainement de mauvaises surprises ! Toujours cette omerta dans les universités : ne pas faire de vagues, ça va passer, il sera temps d'aviser plus tard si cela perdure, etc., tout est fait pour ne pas faire front à ces actes de racismes ou de discrimination.

En fait, tous les enseignants chercheurs connaissent la difficulté générale pour les étudiants d'origine magrébine et africaine à trouver des directeurs de mémoire en master et en thèse, heureusement la plupart des collègues font leur travail avec équanimité et dans la plupart des cas on trouve des solutions mais le plus souvent à "l'arraché". De même, il serait souhaitable de recenser la part des étudiants d'origine africaine et magrébine qui sont traduits en section disciplinaire sous un motif ou un autre, c'est une question... On pourrait poser d'autres questions concernant la sélection des dossiers à l'entrée dans une discipline ou en master, sur la part des étudiants étrangers, etc.

Par ailleurs sur la discipline et en bref, comme tous les étudiants et surtout de provenance modeste, lorsque je suis arrivé à l'université je percevais ce milieu comme "le temple de la sagesse et du savoir", illusion vite démentie par les pratiques universitaires comme je l'ai décrit dans ma biographie. D'ailleurs n'ai-je pas été harcelé en partie pour mes origines sociales comme décrit dans ma chronique (ci-dessus). La sociologie en particulier offre un visage plus humain que les autres disciplines car elle est supposée mettre en exergue les relations sociales, le sens des pratiques sociales, les groupes sociaux, les formes de la discrimination et la construction des identités, les relations genrées ou encore parmi d'autres thèmes les formes de l'aliénation et de l'exploitation, etc., tout ce qui permet de mettre de la chair et du sens sur des pratiques dont les acteurs ne comprennent pas toujours les logiques sociales. De là il n'y a qu'un pas pour que les étudiants confondent les thématiques de recherche avec ceux qui les enseignent.

Cette discipline n'a pourtant rien de révolutionnaire et ses représentants, depuis la naissance de la discipline à nos jours sont des enseignants convenus et respectueux des règles pour la grande majorité d'entre-eux, des "petits bourgeois" au sens de Marx, ils ont un savoir à transmettre et ils le font. Pourtant en ces temps troublés et confus, nombreux sont les sociologues qui ne questionnent pas leurs pratiques et manquent de discernement en pensant que le statut et le fait d'être sociologue sont des protections, un bouclier contre les soupçons d'iniquité soit une garantie, un label rouge de vérité et d'humanisme au dessus de tout soupçon. Bien entendu ce n'est pas le cas et nous sommes dans l'enseignement et la recherche nombreux à l'avoir éprouvé ou constaté. Comme tous les domaines de la société, comme toutes les disciplines, la sociologie est traversée des influences de part et d'autres, des controverses et des pressions, que notre société subit, et dès lors, on y trouvera toutes les tendances politiques et sociales et toutes les figures de sociologues représentées, les pires et les meilleures.

 

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