Serge Koulberg
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Billet de blog 18 mars 2018

Bon anniversaire Mediapart! Abonné? Oui, lecteur? en pointillé

Avec mes voeux critiques.

Serge Koulberg
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bon anniversaire Mediapart. Je suis heureux que ce journal existe. Dire que je le lis ? Les titres presque tous les jours, quelques articles de certains journalistes dont je suis le travail, quelques billets du club, dont un quart environ se trouve en Une.

Je défends dans mes commentaires le statut du lecteur expert de rien ni spécialiste de quoi que ce soit, même pas vraiment intellectuel avec son penser bien cultivé, même pas manuel avec son franc parler, plutôt infidèle dans ses enchantements, un lecteur qui a tendance à faire davantage confiance aux romanciers qu’aux détenteurs de chaire ou de micro. Mais qui apprécie des écritures de journalistes qui éveillent à de nouvelles réflexions. Les faits ? Oui si on entend le bémol qu’on ne trouve que ce qu’on cherche et qu’on ne cherche que ce dont on cultive l’intuition.

Est-ce que je me sens faire partie d’une communauté ? J’apprécie que des travailleurs de la pensée comme Philippe Marlière, Eric Fassin, Philippe Corcuff ou Claude Lelièvre, Benjamin Stora, ou Laurent Muchielli utilisent les colonnes de Mediapart, que des écrits poétiques y trouvent leur place, des expertises personnelles comme celle d’Anne Guérin-Castell, ou la présence d’un regard toujours renouvelé comme celui de Grain de sel, ceux qui disent ce qu’ils pensent même si ce n’est jamais dans les clous comme Michel Tessier, ceux qui passent par Mediapart comme on apporte un cadeau comme Claire Rafin, celles qui comme Dominique Conil, ouvrent Mediapart sur ce monde la littérature et de tous ceux qui éclairent le monde non par l’actualité mais par ce mélange de prélèvement dans la réalité et dans la fiction mêlées et dans les expérimentations de langage lèvent et révèlent des pans entiers de l’humain. En disant cela je pense à Alexis Jenni, à Reiser, à Rabelais, Eric Vuillard ou Laurent Binet ou Erri De Luca et bien d’autres.

Je n’ai pas que des satisfactions. Sur plusieurs sujets je ne vois guère Mediapart se positionner avec un regard critique. (mais il se peut très bien que j’ai laissé passer des articles sans les voir) Quelques exemples :

Au sujet de la vaccination obligatoire il me semble n’avoir vu dans le journal que des défenseurs de la vaccination, sans regard critique sur les campagnes ignobles destinées à provoquer des réflexes de peur par la mise en avant des morts par absence de vaccination, cachant soigneusement la mort par vaccination, dissimulée dans la plupart des cas sous d’autres maladies, comme la méningite pour prendre un exemple que je connais bien. Comme s’il y avait plus de scientificité chez les défenseurs de la vaccination que chez ceux qui la mettent en question.

Au sujet de l’Ukraine, Mediapart me semble avoir défendu globalement le point de vue occidental, lui-même à la remorque du point de vue américain, contre le point de vue russe, que je ne partage pas.

Comment défendre une Ukraine indépendante, dénoncer le totalitarisme et les velléités coloniales russes sans ignorer les modes de néo colonisation de l’Occident ? La préoccupation de cette question me manque dans Mediapart.

Je n’ai rien lu qui inscrive ce qui se passe aujourd’hui dans l’histoire longue des tentatives occidentales (de l’empire austro-hongrois et des Allemands en particulier) pour séparer l’Ukraine de la Russie, rien sur cette Europe centrale colonisée sur des temps longs , par les Russes et qui a bien des raisons de craindre de nouvelles menaces coloniales, mais qui, empêtrée dans des combats idéologiques anti communistes, et dans la continuation pure et simple des régimes de corruption, malmenée par le néo libéralisme, refuse néanmoins le rôle d’état tampon que l’Occident voudrait lui octroyer. Peu sur l’histoire commune longue de la Russie et de l’Ukraine et plutôt des billets d’abonnés.

Grâce à Benjamin Stora et à Anne Guérin-Castell, entre autres, les informations sur l’Algérie, la guerre d’Algérie et ses suites me semblent ouvrir de nombreuses pistes de réflexion. Comment aborder ces questions en gardant à l’esprit le point de vue d’Hanna Arendt considérant le colonialisme comme la matrice de tous les totalitarismes.

C’est ce que je cherche sur d’autres sujets.

Sur le terrorisme, comment dénoncer les actes terroristes contre les victimes innocentes sans déshumaniser et caricaturer les causes qui mettent en action des concentrations fanatiques. Comment garder présent à l’esprit les terrorismes d’Etat qui tuent en permanence. Il me semble que des auteurs comme Yasmina Khadra, des cinéastes comme Robert Guédiguian parviennent à ne caricaturer aucun des acteurs, à ne simplifier aucun des aspects de ces tragédies, à produire les cartes qui permettent une vraie réflexion sur ces questions. Les articles qui m’intéressent sont ceux qui s’efforcent de ne pas plonger dans une information de guerre où il n’est plus possible de ne pas prendre parti.

Comment prendre en compte l’expérience historique de la gauche et du mouvement ouvrier avec ses différentes tendances :

- celle qui au nom de l’efficacité sacrifie plus ou moins brutalement la démocratie (le choix des bolcheviks) et qui débouche immanquablement sur le pouvoir tombant aux mains du plus brutal,

- celle qui au nom d’une démocratie élitiste constitue une société des représentants du peuple qui au contact des élites se laissent peu à peu absorber par les castes possédantes et gouvernantes au point de ne plus représenter que leur propre intérêt individuel,

- celle qui construit des îlots de démocratie et d’auto-gestion exemplaire mais s’enferment dans des intolérances doctrinales qui au mieux les rend invisibles au pire les entraînent à gérer en cascade les conséquences de leur impuissance.

- Celle des représentants de ces différents courants qui se montrent du doigt les uns les autres au risque de provoquer une impossibilité de dialogue et un émiettement des forces qui ouvrent des autoroutes de tranquillité aux forces conservatrices.

Si j’attends quelque chose des journalistes de Mediapart (mais je suis plutôt du genre à ne rien attendre mais à me réjouir quand ça arrive) c’est qu’ils favorisent la prise de conscience de la coexistence permanente de toutes ces dimensions et la nécessité de faire avec, sans renoncer ni à la résistance, ni à l’action, ni à l’efficacité.

   Le peu de place accordée « aux commémorations » d’octobre 1917 (mais j’ai bien vu que vous aviez relayé les écrits de Dordot et Laval) montre que beaucoup cultivent encore leurs preuves de responsabilisation “des autres” comme s’il fallait chercher des coupables et non ouvrir des réflexions.

Il serait intéressant par exemple de faire une étude sur comment les journaux occidentaux ont traité la question de la révolution russe entre 1917 et 1921 et de comparer cela avec la façon dont les grands médias parlent du terrorisme aujourd’hui.

La cause des femmes ? J’écoute celles et ceux qui vont dans le sens de la vie. J’écoute Brassens et Barbara et Anne Sylvestre. Et je sais la difficulté de faire connaître les agressions non conventionnées par la France qui penche à droite : agressions sur les femmes, les agressions par les chiens, les agressions par les institutions immobilières ou par les situations de travail régies par les actionnaires et j’en passe.

Le pire de ce qui pourrait arriver à ce journal, ce serait de devenir un journal comme les autres, c’est à dire un journal qui ne fait que rebondir sur la surface des événements en n’y pénétrant jamais que par la faille des opinions convenues sous couvert de pluralité factice, d’objectivité obséquieuse, sous réflexe de soumission aux normalités établies.

Merci donc à l’équipe de Mediapart d’inventer un nouveau journal et de nouvelles professions de libres journalistes, et pour reprendre quelques mots de Jean Christophe Bally, de persévérer “à lever les obstacles qui viennent s’interposer entre les hommes et leur émancipation.”

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