LE GÊNEUR OU L’EMPÊCHEUR DE VIRER À DROITE

La droite soucieuse de l'importance prise par la France Insoumise dans la contestation de la LOI TRAVAIL La preuve.

 Xavier Bertrand s’inquiète de l’espace pris par Jean-Luc Mélenchon. Lui et ses amis « Les Républicains » y voient une menace. Il s’en prend tout d’abord à la position du député marseillais concernant la crise vénézuélienne, le jugeant cynique à ce sujet. En fait, nous nous montrerions peut-être mieux inspirés si nous acceptions de considérer la situation du Venezuela de façon objective.
 Jusqu’à plus ample informé, ce pays possèderait la plus importante réserve de pétrole au monde. Refuser d’envisager la possibilité d’une ingérence des États Unis dans la crise qui secoue Caracas confinerait selon moi à un angélisme particulièrement stupide et incohérent. Il suffit de se rappeler notamment Cuba et le Chili, qui étaient loin pourtant de posséder le même attrait économique, pour comprendre que l’impérialisme américain n’est pas près de lâcher ce qu’il considère comme sa chasse gardée. Considéré de ce point de vue, il me semble au contraire que la position de Mélenchon s’explique parfaitement. Que Xavier Bertrand, ce fervent défenseur du libéralisme et pourfendeur des sociétés fondées sur un partage équitable, s’en émeuve, tombe bien évidemment sous le sens. Mais parler du cynisme de Mélenchon pour ce qui relève uniquement de l’appréciation politique me semble dénoter une mauvaise foi relevant plus d’une position partisane que d’une analyse objective.
 Mais la véritable raison de Xavier Bertrand de s’essayer à discréditer l’ancien candidat à l’Élysée se révèle très vite, lorsqu’il s'en prend au «rassemblement populaire» que Jean-Luc Mélenchon envisage d’organiser le 23 septembre, à Paris, en opposition à la réforme du Code du travail. Précisément, à ce sujet, l'ancien ministre du travail n’hésite même pas, dans Corse Matin, à en rajouter une couche en qualifiant Mélenchon de dangereux. Verdict qu’il justifie en expliquant que les appels aux manifestations de rue lorsqu'on a vu comment elles peuvent dégénérer, sont irresponsables. En filigrane, on peut deviner que Xavier Bertrand se montrerait plutôt nostalgique, à l’exemple de la plus grosse partie de la droite, de ce bon vieux temps où le prolétariat savait se tenir et fermer sa gueule
 Inutile donc de chercher plus loin les raisons qui motivent le patron des Hauts-de-France. Pour une fois que la droite se découvre un allié suffisamment adroit et surtout à droite, pour parvenir à faire croire aux pantins que nous sommes qu’il peut aussi être de gauche, tout en se contentant de manigancer uniquement des entourloupettes de droite. Elle ne va quand même pas permettre, en l’occurrence, grâce à l’intervention astucieuse de Xavier Bertrand, que l’affreux Mélenchon, au préalable adroitement accusé de cynisme, mette en périls les avantages qu’elle espère tirer de la posture droitière désormais adoptée de façon indubitable par l’actuel président.
 La morale à tirer de cette tentative de déstabilisation : méfions des individus qui disent du mal de ceux qui, de prime abord, au moins, semblent nous vouloir du bien.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.