2018 MACRON ATTRAPE LA JAUNISSE

Tentative de débroussaillage des causes réelles et profondes du mouvement des Gilets Jaune

 

2018 MACRON RATTRAPE PAR LA JAUNISSE

 

     Et si nous prenions le temps de réfléchir un tant soit peu, afin de tenter d’en connaître les raisons fondamentales et aussi pourquoi un cinquième acte risque de se jouer dans la rue samedi prochain..

     Primo, à l’opposé de ce que prétendent certains politiciens représentant « La République En Marche », les citoyens qui s’expriment dans les villes et sur les routes depuis plusieurs semaines ne manifestent aucunement pour remettre en cause la République. Bien au contraire.

     En fait, ces sursauts d’indignation, qui n’ont eu de cesse d’émailler la société française tout au long de l’histoire de la République, ne datent pas d’hier. Dès son avènement, la République a connu des conflits majeurs entre des représentants corrompus qui entendaient l’utiliser à leur seul profit et ceux qui souhaitaient la mettre sincèrement au service du peuple.

     1830, 1848, 1936, 1968 (pour ne rappeler succinctement que les dates qui me viennent à l’esprit) et, maintenant, 2018 s’inscrivent toutes dans la logique révolutionnaire issue de 1789, mais continûment bafouée par ceux que nous élisons afin de nous représenter. Les vrais républicains n’ont jamais cédé devant les diverses conspirations (impérialistes, monarchiques ou autres) qui ont jalonné notre histoire. La situation actuelle, et ce depuis déjà plusieurs décennies) se révèle d’autant plus pernicieuse que les individus qui se présentent devant les citoyens afin de les représenter se montrent suffisamment tortueux pour prétendre le faire au nom de la république. Difficile dès lors pour un citoyen normal (que les postulants savent parfaitement caresser dans le sens du poil) de faire la différence entre la droite, la gauche et les prétendus « ni droite ni gauche ».

     Secundo, L’accès de jaunisse qui atteint aujourd’hui Macron aurait tout aussi bien pu avoir lieu sous Sarkozy ou Hollande. En fait, la présente réaction populaire est d’autant plus violente et déterminée que les électeurs tombent de plus haut encore qu’avec les deux présidents précédents. Macon a omis ce vieil adage (d’origine chinoise, à ce qu’on prétend) :« On peut tromper quelqu’un tout le temps ; on peut tromper tout le monde un certain temps, mais on saurait tromper tout le monde tout le temps. »

     Dès lors, une évidence toute simple me paraît s’imposer : les manifestations qui se déroulent actuellement et depuis plusieurs semaines ne cherchent nullement à mettre la République en péril. Tout au contraire, elles tentent d’en régénérer l’essence, selon l’esprit-même de 1789. La Marseillaise entonnée de ci delà, au gré des différentes manifestations témoignent clairement du désir profond de retourner aux sources de cette France révolutionnaire qui a suscité tant d’espoir, et souvent d’adhésion, parmi les peuples du monde entier.

     Au lieu de nous indigner, les événements qui se déroulent devraient au contraire réjouir tout vrai patriotes. Les opposants à ce sursaut populaire ne défendent pas LA République, Ils protègent LEUR République, grâce à laquelle ils tirent leurs privilèges exorbitants, indignes d’une société prétendue égalitaire et fraternelle. En réalité, du fameux triptyque qui compose la devise républicaine initiale, ne demeure plus d’actualité aujourd’hui que la Liberté. Mais que représente la liberté, lorsqu’une majorité de la population se trouve dans l’impossibilité matérielle d’en user de façon décente ?

     Mon âge ne me permet plus, hélas, de rejoindre les Gilets Jaunes dans la rue, non pour casser, bien sûr, mais pour soutenir leur colère et m’associer à leur désarroi. À mon grand regret, je me trouve contraint de limiter à l’écriture, à des émissions où à des interviews pour défendre ma conception du monde et promouvoir les idées d‘égalité et de partage indissociables selon moi d’une société civilisée, digne de ce nom. Ainsi réduit physiquement à tenir un rôle subalterne, je me contente d’essayer de contribuer à désembrouiller les idées trompeuses et souvent mensongères (d’autant plus, lorsqu’elles émanent des pouvoirs en place) qui affectent notre jugement, notre bon sens, notre lucidité, voire notre intelligence.

     À la réflexion, afin de rester cohérent avec ma conception de l’honnêteté intellectuelle, il convient que nous reconnaissions notre ignorance concernant les changements qu’entendaient promouvoir les révolutionnaires de 1789 et de 1791. Notamment, sur quoi était supposée déboucher l’ambitieuse et prometteuse devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

     En revanche, nous serions impardonnables d’ignorer la signification que nos dirigeants contemporains lui attribuent aujourd’hui. De fait, elle me semble bien ne plus avoir grand-chose de commun avec l’esprit révolutionnaire qui animait le peuple français à l’orée du 18e siècle. Je pense plutôt que nos différents dirigeants se sont empressés de s’emparer de la devise pour mieux la confisquer à leur profit, en se gardant bien de faire entrer les mots dans les faits et les faits censés en découler, dans la vie quotidienne de chacun d’entre nous.

     En tout cas, je doute fort qu’il s’agisse de l’application déloyale que nos responsables politiques en font aujourd’hui et depuis déjà plusieurs décennies.

     Sans remonter à l’origine de ce déni évident des valeurs républicaines initiales, contentons-nous d’évoquer les trois dernières présidences républicaines.

     J’avoue éprouver bien du mal à considérer le nommé Sarkozy, millionnaire fébrile et agité au point de vouloir éradiquer de la République les plus démunis, globalement qualifiés de racaille. À ce sujet, Il est constant que les mieux lotis n’aiment guère les laissés pour compte lorsqu’ils osent tenter de survivre dans une société chaque jour davantage éloignée des principes fondateurs de la République. Le quinquennat suivant se révèlera d’autant plus décevant qu’il a portera au pouvoir ce que les électeurs croyaient être un socialiste, alors qu’il n’était, ainsi qu’un accès de franchise, inhabituel de sa part, l’a conduit à le reconnaître, qu’un social-démocrate, que les ouvriers du siècle précédent n’hésitaient pas à comparer à des radicaux (parfois de droite, parfois de gauche, selon leur intérêt du moments. Constat qui conduisait les travailleurs un peu avisés à comparer les radicaux à des radis : rouges à l’extérieur, blancs à l’intérieur.

     De ces deux quinquennats désastreux à plus d’un titre va surgir le président que nous allons devoir supporter encore une quarantaine de mois, à moins, bien sûr, que les vrais républicains ne parviennent à y mettre bon ordre, avant l’échéance de son mandat. De ce point de vue, il me semble bien dommageable pour la population que les échecs ne vaillent pas sanction, ainsi que l’avaient envisagé certains révolutionnaires de 1789, en évoquant le principe du mandat impératif (tu fais ce que tu as promis ou bien on te démissionne). Il paraît en effet à tout esprit raisonnable, épris de principes démocratique, qu’il s’agirait là d’un bon moyen de nous débarrasser des quenouilles qui embarrassent gravement nos institutions, du plus bas au plus haut de la hiérarchie instaurée au titre de la représentation nationale.

     Surgi alors du néant un nommé Macron, tout droit issu de la bourgeoisie financière et porté sur les fonts baptismaux par deux prétendus socialistes, en recherche d’un moyen, d’une méthode, d’une sorte de truc, pour tenter de sortir du bourbier politique dans lequel, en dépit des multiples mises en garde de quelques socialistes sincères, ils se sont eux-mêmes fourvoyés. J’ai nommé les deux plus grands renégats de l’histoire du socialisme : François Hollande et son comparse en médiocrité, Emmanuel Valls (à trois temps, tant le personnage varie au gré de ses seuls intérêts). Il va sans dire qu’un parrainage pareil n’aurait pas dû manquer d’attirer l’attention des électeurs, devant lesquels le surgi du néant envisageait déjà, sans le dire, de se présenter. Non seulement le filleul présente bien mais il est beau gosse, intelligent et, bien que sa voix s’éraille parfois lorsqu’il tente de jouer les tribuns, il s’exprime de façon convaincante. Au point qu’il finira par enthousiasmer un nombre d’électeurs potentiels de plus en plus important. Oublié son rôle majeur dans la loi travail, oublié ses accointances avec la haute finance. Pour les gens, l’important, ce n’est plus la rose, mais la rupture avec cette classe politique gangrénée à droite et à gauche. À l’évidence, les deux quinquennats précédents agrémentés des affaires Fillon ne sont pas étrangers à cette sorte d’engouement citoyen pour celui qui suscite aujourd’hui le plus grand désaveu politique que la France ait connu depuis cinquante ans. Dans des circonstances différentes mais similaires à bien des égards, De Gaulle en avait tiré les conclusions que le bon sens et son dévouement à la France lui imposaient.

     Doutons que Macron ait le courage de montrer une noblesse semblable. Nous verrons bien si c’est l’élu (avec 24 % des voix) qui l’emportera ou bien le peuple forcément majoritaire qui triomphera.

     Demeure un dernier point que je souhaiterais aborder avant de conclure cette bien modeste tentative de désembrouillage.

     Il semble que la situation explosive actuelle devrait nous amener à établir un constat quelque peu navrant concernant le comportement citoyen qui anime les Français.

     Pour exemplaire et réconfortant que soit leur capacité d’indignation et de réaction, force est bien de constater leur difficulté rédhibitoire à prévoir en amont les conséquences (en l’occurrence funestes) des choix qu’ils sont amenés à faire en périodes électorales. Un peu plus de discernement à des moments opportuns pourrait fort souvent leur éviter d’avoir à battre le pavé. Les mises en garde (dont les miennes) n’avaient pourtant pas manqué avant les élections de 2017. Dommage pour nous tous qu’elles n’aient pas suffi à ouvrir les yeux des gens qui n’ont plus aujourd’hui que le recours à la rue pour tenter de faire plier l’orgueilleux locataire de l’Élysée.

     Il ne me semble pas superflu, afin de justifier ma position et celle des Gilets jaune, de rappeler les indemnités perçues par les « frères » que nous élisons pour nous représenter au sein de l’Assemblée nationale. La source de ces informations émane de l’Encyclopédie gratuite WIKIPEDIA, en l’occurrence non soupçonnable de partialité. Leur lecture se révèle suffisamment édifiante pour nous permettre de comprendre pourquoi nos élus préfèrent se représenter plutôt que nous représenter.

 

Indemnités et prérogatives diverses du député

Articles détaillés : Rémunération des acteurs institutionnels en France, Réserve parlementaire et Immunité parlementaire.

Le député jouit de moyens matériels et financiers attachés à sa fonction6 : outre son « indemnité parlementaire » (5 357,34 euros net par mois, 7 142,75 euros brut), il bénéficie aussi d’une « indemnité représentative de frais de mandat » (IRFM, 5 805 euros/mois), pour payer les frais liés à son mandat, et d’un « crédit collaborateur » (jusqu'à 9 561 euros/mois), pour rémunérer un ou plusieurs assistants en poste à l'Assemblée. L'indemnité parlementaire correspond à la moyenne des salaires des fonctionnaires catégorie hors-échelle 7. Peuvent arriver aux rémunérations hors échelle en cours de carrière : les professeurs agrégés, les enseignants-chercheurs, les ingénieurs des grands corps techniques, les anciens de l'ENA. Certains fonctionnaires arrivent aux catégories hors-échelle du fait des fonctions occupées « sous- directeurs, chefs de service et directeurs d’administration centrale, chefs de services déconcentrés. »7

Un député dispose également d’un bureau personnel, dont quelques-uns se trouvent encore dans l'enceinte du palais Bourbon mais la plupart sont situés au no 101, rue de l'Université, dans un édifice qui a été nommé immeuble Jacques Chaban-Delmas le 8 février 2001 ainsi que dans un immeuble situé au 3, rue Aristide-Briand, en face du Palais Bourbon. L'immeuble situé au no 233, boulevard Saint-Germain, acquis en 1983, n'abrite plus de députés, mais différents services de l'Assemblée ainsi que certains collaborateurs des groupes politiques. Le député bénéficie aussi de divers avantages en matière de transports, comme la gratuité des trajets SNCF en 1re classe, et de communications, d'une couverture sociale, d'une caisse vieillesse et d'une assurance chômage spécifiques.

                  

La « réserve parlementaire » est une somme fléchée annuellement par les parlementaires d'un montant de base de 130 000 € sous le contrôle du rapporteur de la commission des Finances. Son montant total est de 90 millions d'euros pour l'Assemblée nationale et 55 millions pour le Sénat. Le montant par député était jusqu'en 2012 très variable, de quelques milliers d'euros pour les nouveaux membres du Parlement jusqu'à dépasser 1 000 000 euros. L’affectation de cette réserve est à la seule appréciation des parlementaires. Elle est utilisée pour cofinancer des projets de collectivités territoriales ou d'associations. Cette réserve est cependant supprimée lors de l'adoption de la loi de moralisation et de confiance dans la vie politique, votée à l'été 2017.

 

Depuis 2011, les parlementaires peuvent consulter le Déontologue de l'Assemblée nationale pour éviter les conflits d'intérêts12. Ce dernier et le président de l'Assemblée nationale proposent d'encadrer et d'assurer la publicité de l'action des clubs parlementaires qui sont animées par des entreprises de relations publiques, créée en 2013. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) contrôle les déclarations de patrimoine des élus.

 

L'allocation de retour à l’emploi des députés15

Les élus peuvent prétendre à cette aide pour laquelle ils cotisent tous les mois à hauteur de 28 euros (alors que pour un employé au SMIC la cotisation est de 35 euros). Elle comporte quatre caractéristiques.

 

Elle est limitée dans le temps : son versement ne peut excéder 3 ans.

Elle est dégressive : les 6 premiers mois, elle correspond à 100 % de l’indemnité parlementaire, soit 5 599,80 euros brut. Par la suite, elle diminue tous les semestres, atteignant 1 119,96 euros lors du sixième et dernier semestre.

Seuls les députés non réélus et en recherche d’emploi peuvent toucher cette allocation. Si l’élu est fonctionnaire ou a déjà retrouvé un travail, il ne peut pas y prétendre. Même chose s’il est assez âgé pour toucher sa pension de retraite.

Elle est différentielle : elle déduit les revenus que peut percevoir l’ancien député (autres mandats, revenus du patrimoine, etc.).

Selon le site officiel de l’Assemblée nationale, le nombre de bénéficiaires de cette allocation a diminué pendant la dernière législature : il est passé de 44 en 2012 à deux en 2015.

 

     J’ose espérer que la lecture de ce texte édifiera suffisamment mes lecteurs et lectrices pour leur permettre de se conforter dans l’idée que nos élus ressemble bien plus à des nantis qu’à des représentants du peuple. Je vous laisse juge.

 

Serge Livrozet

 

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