MA TELE DEMAIN

Comment comprendre la manière dont nos professionnels de la communication ont bien pu s'y prendre pour en arriver à de telles énormités ?

MA TELE DEMAIN

Dérouté par un usage souvent farfelu de la langue française sur nos différentes chaînes de radios et de télévisions publiques ou privées, j’ai décidé de me connecter au site « ma télé demain ». Un site censé, selon ce qui en est rapporté, permettre aux téléspectateurs d’exprimer leurs opinions sur la manière d’améliorer la qualité des émissions qu’il leur advient de regarder.

À ma grande stupéfaction, ma connexion m’a envoyé sur un site, au début duquel il m’a été demandé de répondre à des questions en anglais, supposées permettre au site de s’assurer que je n’étais pas un robot. Ma nullité en anglais étant considérable, j’ai évidemment décidé de quitter le site en question. Confronté à une telle aberration sur un site français, il ne me restait plus qu’une tribune libre pour exprimer mon indignation et mon effarement pour un accueil aussi ahurissant qu’incongru sur un site français, souhaitant a priori offrir à des téléspectateurs français un espace pour leurs doléances et leurs propositions éventuelles.

     En dehors de cette protestation, que vient de m’inspirer l’accès pour le moins farfelu à ce site, il paraît évident que je ne puis m’empêcher d’exprimer les suggestions que j’aurais souhaité formuler si le site abracadabrant en question me l’avait permis.

     Primo j’aurais demandé aux correcteurs d’apprendre leur métier en unifiant une fois pour toutes les abréviations pour le moins fantaisistes qu’ils utilisent à tort et à travers sans rien connaître des règles qui, depuis l’avènement de la typographie, régissent l’abréviation des adjectifs numéraux. Écrire 1re et non 1ère ; 2e et non 2ème (idem pour 3, 4, 5 etc.). Et je ne parle pas du pléonasme « voire même » de l’inconséquent emploi de conséquent à la place d’important, qui conduit infailliblement à se demander si un individu conséquent est gros ou s’il a de la suite dans les idées ; des « coupes sombres » confondues avec les « coupes claires » et vice versa. Des scenarii au lieu de scénarios. (Jusqu’à quel point faut-il se montrer précieux pour oublier que le mot a été francisé depuis belle lurette ?) Ceci employé à la place de cela pour évoquer un événement, ou un propos, situé dans le passé. Une après-midi au lieu d’un après-midi. Démultiplié pour surmultiplié. Préférer employé comme s’il s’agissait d’un comparatif (genre «  préférer le poulet au cochon. Je ne doute pas, hélas, que certaines autres bévues ou ignorances du même acabit aient pu échapper à mon attention. Que des personnes dont le métier ne procède pas d’un usage correct de la langue française arrivent à commettre de telles bourdes me paraît parfaitement excusable. Mais venant d’un journaliste, d’un professeur, d’un politicien ou de tout autre personnage dont le travail quotidien consiste à utiliser la langue française aux yeux et aux oreilles de chacun, me semble totalement inepte. Supposons qu’un plombier, un maçon, un mécanicien ou un autre travailleur commettent des énormités du même genre relevant de son propre métier, parions qu’il ne conservera pas longtemps son emploi. Mais le sommet de l’ignorance, voire du pédantisme, dans l’usage de la langue française, relève à mon sens d’une incongruité grammaticale qui fleurit sur les ondes depuis maintenant plusieurs années. J’entends évoquer ces noms communs, auxquels sont bizarrement associés l’adverbe « mal », genre « bouffe » ; logement etc. Employer l’expression « mal logement », « mal bouffe » ne devrait-il pas nous inciter à utiliser par corolaire les expressions « le mauvais nourri » ; « le mauvais logé » ?

     Voilà quelques-unes des modestes réflexions que j’aurais bien voulu soumettre au site franglais intitulé « Ma télé demain », lequel se gardera évidemment de prendre en compte cette modeste indignation, à moins que ses animateurs ne s’en gaussent ou ne décident d’y répondre en anglais, histoire de conserver le dernier mot de la end.

 

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