Non à l'islamophobie, non à l'antisémitisme, non aux intégrismes religieux

Edwy,

 

Votre combat contre l’islamophobie serait honorable s’il était et/ou restait objectif, ce qui, malheureusement, n’est pas les cas à mes yeux qui se veulent neutres et refusent l’esprit partisan. J’ignore de quelle religion vous êtes le fruit – chacun d’entre nous restant plus ou moins conditionné par son enfance - mais votre position partisane pourrait laisser à penser à une prédilection pour Mahomet. Peu importe, car là n’est pas la question, chacun, du moins en France – pays laïque – ayant le droit de croire ou ne pas croire, de pratiquer une religion ou de ne pas en pratiquer.

Je ne me livrerai pas à faire l’histoire du monothéisme, avec ses croisades, ses guerres de religion, ses hérésies,… ni à reprendre l’œuvre d’un Arthur Koestler ou d’un Jean Soler dont je recommande la lecture de son dernier livre «  Qui est Dieu ? «. Je me bornerai simplement à m’en tenir à la réalité du monde actuel et, essentiellement à ce qui se passe dans notre pays, la France.

 

Rappelons que la République française, «  une et indivisible, laïque, démocratique et sociale » a pour devise «  Liberté, Egalité, Fraternité ».

 

Ces principes, résultats du combat des Lumières, de la Révolution de 1789, de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, du programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944, sont mis en péril par les forces obscurantistes des néo-conservateurs aidés par la mondialisation financière. Paradoxalement, vous semblez reprendre un thème cher au sarkozysme, dont la philosophie politique est très bien analysée par Thomas Clay ( voir son interview sur youtube :http://www.youtube.com/watch?v=tDeek84DUKo#at=15  ) et, qui consiste, sur le plan national à déliter les valeurs et les fondements de la République, et sur le plan international à opposer le Judéo-Christianisme à l’Islam.

Vous combattez, à raison, l’islamophobie, mais vous semblez vouloir en ignorer les causes. La France, pays colonisateur ( et évangélisateur ) est, depuis la décolonisation, devenu, (in)volontairement, pays colonisé. Résultat de la politque d’immigration de maghrébins, dans un premier temps, pendant les 30 Glorieuses, puis dans une deuxième phase, après l’indépendance de l’Algérie ( Pieds noirs, Harkis ), et enfin, récemment, avec l’ingérence économique des pays pétroliers du Golfe ( Qatar, Arabie-Saoudite ). Si les premiers immigrants se sont intégrés sans difficultés apparentes, le regroupement familial puis la récession économique ( désindustrialisation, délocalisations,…) avec la perte de compétitivité en découlant et l’essor dramatique du chômage ont fait que les banlieues sont devenues sources de conflits quotidiens de toutes natures ( ethnique, économique, religieuse, culturelle,.. .). De cette situation est née l’insécurité ( physique, matérielle, psychologique ) qui fait qu’aux incivilités quotidiennes ( non respect du droit, des règles de politesse, du code de la route, du non respect des autres et des biens publiques ou privés,…) les normes sociales deviennent évanescentes pour le plus grand profit des extrémistes de tout poil ; et, tout particulièrement, des religieux. ( lire, à ce sujet, le livre du juge Marc TREVIDIC «  Terroristes -Les 7 piliers de la déraison »).

Cette situation, inconfortable pour les citoyens et désespérante pour une partie de la jeunesse  de plus en plus inculte, sans perspective d’avenir autre que la délinquance ( vol, agression, insoumission,…) sous l’emprise de la bande, fait que la violence devient un mode comportemental banal qui gangrène progressivement notre société, elle-même victime d’une classe dirigeante au comportement fort éloigné de ses responsabilités et de son rôle de modèle. Ainsi, se trouve réalisé le contexte idéal, pour chaque idéologie de stigmatiser l’autre et d’accuser le pouvoir de discrimination ( contrôle de police au faciès, lois iniques,…). 

A ces facteurs, plutôt déstabilisateurs, se greffe l’action d’une presse écrite qui, devenue indépendante après guerre grâce au Conseil National de la Résistance, est retombée entre les mains de la finance, laquelle, avec la télévision, manipule les Français en faisant de la désinformation, c’est-à-dire en tronquant celle-ci par occultation ou déformation des événements, le cas récent de La Crèche Baby Loup  en étant un parfait exemple. Ce qui m’amène à aborder sur le fond votre combat contre l’islamophobie.

 

L’Histoire nous montre que les religions monothéistes, à savoir le Judaïsme, le Christianisme et L’Islam, sont des religions misogynes et violentes. Leur principe repose sur l’exclusion de l’autre,

- Jésus ne dit-il pas ou ne lui fait-on pas dire:» celui qui n’est pas pour moi est contre moi « .

-  un hadith d'Ibn `Abbâs rapporte que le prophète Mahomet, aurait dit en parlant de l’Iislam: « Quiconque change sa religion, tuez-le. ».

 

A ce simple constat, Comment un juif, un chrétien, un musulman peut-il accepter la suprématie de l’autre, du fait de son appartenance à une autre religion que la sienne ? comment un citoyen non croyant, athée, agnostique peut-il accepter l’emprise du religieux sur la société ?

D’où le rôle irremplaçable de la laïcité - tant vilipendée et combattue par les extrémistes de tout bord puisqu’elle permet à chaque religion d’exister et d’être respectée à la condition de rester dans sa sphère privée, c’est-à-dire en dehors de l’espace publique bien de tous les citoyens - croyants ou non croyants - dans le respect de la liberté absolue de conscience, droit intangible et inaliénable de l’homme moderne. C’est cette laïcité que je défends contre ses pourfendeurs et/ou détraqueurs qui essaient de la vider de son sens en la qualifiant de positive ( N. Sarkozy ), de répressive ( J. Baubérot ), ou de financière ( J. Gulino ) !!!

 

Pour éclairer mon propos, voici quelques uns de mes commentaires ou écrits récents :

 

- Commentaire en date du 20/03/2013 ( extrait )

Je respecte autrui, mais j'entends qu'il me respecte et entends me faire respecter, il en va de ma dignité. Chacun est libre de penser ce qu'il veut, de pratiquer ou non une religion, mais, il a le devoir, sur la place publique, de se comporter de façon à ne pas gêner autrui par son comportement et/ou son attitude. Il n'a aucun privilège, il est un être parmi les autres et, si l'on veut approfondir notre quête de nos origines, de l'origine du vivant, de nos gènes, des éléments dont nous sommes constitués ( à 80% d'eau, c'est-à-dire H2O ) nous ne pouvons que constater que notre corps est constitué d'atomes d'hydrogène ( H ) dont le noyau avec celui de l'hélium est considéré par la science comme étant les premiers éléments apparus dans l’Univers, il y a 13,7 milliards d'années au moment du big bang. Nous vivons en société, avec les règles et les lois nécessaires à son bon fonctionnement, mais, nous ne devons pas méconnaître notre histoire ; celle de l'homme moderne, d'homo sapiens, d'homo erectus, des australopithèques, des tétrapodes, des animaux à corps mous…

 

- Ecrit en date du 15 janvier 2013( en réponse à J. Baubérot )

En France, l’Eglise catholique n’a jamais accepté de perdre son rôle monopolistique sur la société et a toujours cherché à mettre la laïcité en échec. Certes, si ces tensions se sont apaisées pendant un certain temps, par l’action de ses mouvements intégristes, réapparaît une volonté insidieuse de reprendre ses privilèges. Et, quelle aubaine de pouvoir se servir de l’Islam pour reprendre du  poil de la bête en poussant les extrémistes à mettre à mal les principes de la laïcité. Jeu extrêmement dangereux pour eux, mais surtout pour la laïcité et pour la France 

Pour le laïque que je suis depuis mon enfance, par mon vécu aux Eclaireurs de France, comme par mon vécu de potache au Lycée puis en sana des étudiants de France, je puis vous assurer que la laïcité a un sens précis et est un principe de vie irremplaçable surtout dans une collectivité composée d’individus d’origines fort diverses. 

Il ne me paraîtrait pas inutile d’entrer dans le détail pour vous dire que le port de la  kippa, du voile, de la cornette, de la burka, de la soutane, de la croix ou tout autre signe religieux ostentatoire dans l’espace publique me dérange et me gène ; que, à la cantine ou au réfectoire, l’obligation alimentaire pour chaque catégorie d’individus me choque et  me heurte par son caractère artificiel et infondé comparable au végétarien qui refuse de manger de la viande au motif que la viande provient du vivant alors que végétal et viande sont constitués l’un et l’autre de cellules quasiment identiques…

 

- Ecrit en date du 08 octobre 2012 « Terrorisme et racisme « ( dans Le Parisien )

Terrorisme et racisme sont 2 mots dont la signification est l’expression d’un refus de l’autre…

Le terrorisme est la conséquence de ce racisme quand il est poussé à son paroxysme, où le rapport à autrui ne se conçoit que dans un rapport de force économique, politique ou religieux.

Dans notre monde actuel, dans notre société, dans la France républicaine démocratique, sociale et laïque comment se vit au quotidien les relations entre individus. Quel regard porte-t-on les uns sur les autres ?

Quand Jean-François Copé parle de racisme anti-blanc, il ne fait que mettre en évidence l’exclusion d’un individu étranger à un groupe quel qu’en soit le motif réel ( ethnique, économique, religieux ). Quand il dénonce le petit pain au chocolat, il aborde là un problème purement religieux.

 

Si le racisme, au sens biologique n’existe pas, il n’en est pas de même sur le plan social, c’est-à-dire sur le plan économique et religieux. 2 notions fondamentales, malheureusement trop souvent ignorées ou occultées, permettent d’expliquer le terrorisme.qui n’est que l’aboutissement de ce racisme économique et religieux.

La première est d’ordre scientifique : c’est la connaissance de l’histoire de notre planète la Terre qui a sa vie propre, plutôt turbulente, et, qu’avec cynisme, inconscience ou désinvolture on considère comme notre propriété.

La deuxième est d’ordre spirituel. Là encore notre ignorance nous conduit à confondre religion et spiritualité. Alors que la spiritualité est du ressort intime de chaque être, la religion est une structure sociale établie pour diriger les humains et s’appuie sur des rites ( baptème, circoncision, prières,..) pour conditionner ses fidèles.( les libérer ou les asservir ? ).

Aucun être vivant ne demande à venir au monde. L’homme est le fruit du hasard, celui de la rencontre d’un spermatozoïde avec un ovule. Il est unique, donc différent des autres. Il a ses qualités et ses défauts propres ( physiques et intellectuels ). Il naîtra de parents riches ou pauvres, dans un milieu cultivé ou inculte, dans une région prospère ou aride, …Donc l’égalité sociale n’existe pas. D’où, le rôle d’un état démocratique qui permet à tous d’accéder à la connaissance et à l’éducation pour donner ses chances. A chaque citoyen français.de se réaliser en donnant le meilleur de lui-même, au profit de l’intérêt général.

De même, aucun être humain n’arrive au monde avec une religion. Ce sont les parents qui, en fonction de leur croyance ou de leur milieu, vont introniser et éduquer leurs enfants selon ces convictions. D’où, parmi les différentes religions, le monothéisme, religion d’Abraham ou de la foi, à l’origine du Judaïsme, de la Chrétienté et de l’Islam. Toutes ces religions reposent sur des rites et des dogmes qui diffèrent d’une religion à l’autre et qui de ce fait présentent un grave problème qu’un Odon VALLET explicite très clairement quand il écrit :

« Plus la religion relie, plus elle divise. Elle creuse un fossé entre croyants et incroyants, fidèles et infidèles, pieux et impies. En multipliant les obligations alimentaires ou vestimentaires, une religion crée l’uniforme entre les siens et le contraste avec les autres. Lorsque la différence n’est plus vivable, il n’y a plus que la guerre pour rétablir le droit d’autrui . On peut amender une loi,on peut modifier un contrat, voire organiser un divorce, on ne négocie pas une religion.Tous ceux qui l’ont tenté ont échoué. » Petit lexique des idées fausses sur les religions 2002.)

Que constate-t-on depuis un certain temps, en France, pays laïque, qui, en 1905, a voté la loi de séparation des églises et de l’Etat !!! Un retour du religieux dans tous les domaines. Pour l’école, Loi Debré de 1959, Loi du 28 octobre 2009 : Dans les cantines scolaires, menus adaptés à chaque religion : Dans l’espace publique, réapparition de la soutane pour les prêtres, de l’habit pour les bonnes sœurs : port de la croix pour les catholiques, de la kippa pour les juifs, du voile pour les musulmanes : prières dans les rues, etc…Tout pour donner aux intégristes de toutes confessions les outils de la provocation et du terrorisme, notamment, en recrutant les jeunes désoeuvrés en raison du chômage et cherchant un sens à leur vie.

 

Que les Français – de par leur culture judéo-chrétienne-  éprouvent une peur de l’Islam apparaît compréhensible pour 2 raisons. 

La principale est de nature politique et économique. Elle est alimentée par les partis politiques relayés par les journalistes qui cherchent à faire peur aux Français pour mieux capter leurs suffrages.

La seconde, plus insidieuse et pernicieuse, réside dans l’atmosphère délétère créée par les extrémistes religieux, qu’ils soient musulmans ou catholiques. Les propos tenus par des imans lors d’inauguration de mosquées, celle de Nantes par exemple, ou par le patron de Civitas concernant les prochaines élections municipales en 2014 sont effectivement inquiétants car se  jouant de la laïcité, seul rempart aux guerres de religion. Le problème du voile est un bon exemple d’utilisation d’un signe social en fait religieux. En effet, dans l’Islam, le port du voile est un signe distinctif d’appartenance sociale et de bienséance, différenciant les citadines des bédouines et des esclaves ,et n’a donc rien à voir avec la religion !!!( voir «  l’Islam » de Hans Küng ).

 

 

 

Pour conclure, je dirai simplement :

 

D’abord,respectons et faisons respecter l’Article 1 de la loi de 1905 qui dit :

« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. »

et son corollaire, Article 2 :

«  La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

 

Ensuite, Oui au droit de vote pour les étrangers vivants et travaillant sur le sol français. Mais à une condition : exiger de tout électeur étranger un engagement oral et écrit de respecter les lois de la République « une et indivisible, laïque, démocratique et sociale » ainsi que sa devise  » Liberté, Egalité, Fraternité « .

 

Et, travaillons à éveiller nos enfants au travail, au respect des autres – ce qui commence par le respect de soi - , à la culture et à la recherche de la vérité  en toute fraternité.

 

 

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