Le milliard, le milliard, le milliard !

Notre Dame de Paris incendiée sera réparée. A la peine succède la gêne. La tapageuse générosité des riches dépasse toute décence. Grandeur anonyme du peuple, étalage insolent des riches. Ma mauvaise humeur.

 

 

Notre Dame de Paris au lendemain de l'incendie. 16 avril 2019 Notre Dame de Paris au lendemain de l'incendie. 16 avril 2019

Voilà ces temps odieux où la charité des riches prévaut, s’étale avec orgueil, admirée des médias, commentée, qualifiée, honorée, sanctifiée. Riches sans cesse à genou devant le Veau d’or, achetant à vil prix ces « indulgences » fiscales dont « leur » président les a déjà largement gratifiés. La tragédie a bon dos pour ces carnassiers du CAC40.

Déjà, l’on entend partout ce refrain : Le milliard, le milliard, le milliard !

Et là, amis chrétiens émus d’abord, touchés sans doute et puis gênés, gênés jusqu’à l’os de leur propre croyance devant cette compétition du fric entre ces portefeuilles qu’un président révère. Plus que tout et devant tous !

La bourgeoisie d’affaire a bien repris la totalité et assure la réalité du pouvoir politique, économique et social en France. Totalitarisme de la pensée ; prosélytisme de la fortune, insoutenable arrogance des puissants uniquement obsédés par leur argent et soucieux d’honorabilité.  Leur rêve ? Que l’opinion publique les adule, les remercie avant de regagner son clapier fascinée et émue. On les entend déjà ces tristes sires de l’affairisme : « Voyez manants, Gilets jaunes et incultes, ce que nous capitaines et puissants sommes capables de faire. Nous partageons. Entendez-vous ? Nous partageons ! Prosternez-vous, mauvais citoyens ! Nous vous montrons l’exemple ! » Et injure suprême, ils citeront Victor Hugo et le roman éponyme de l’église blessée que les hommes répareront comme le viatique de leur bonne conscience.

Ne sentez-vous pas la nausée vous saisir la gorge et la colère serrer vos poings ? Moi, si. Et du plus profond de mon être, celui d’un Républicain qui n’oublie pas l’histoire des hommes et les luttes d’un peuple.

Cette vulgaire et indécente course à l’échalote ne peut-elle pas, en conscience frapper de stupeur dans les rues de Paris, dans nos villes, nos villages ? Qui peut comprendre ? Qui ? Il ne s’agit pas ici d’alimenter le Denier du pauvre mais de grossir un fond défiscalisé qui, par-dessus le marché, paiera la plaque de marbre sur laquelle sera gravée pour l’éternité les noms de ces « généreux donateurs » à qui « la France restera éternellement reconnaissante. »

On vitupère le « pognon de dingue » dépensé à aider les plus fragiles et soudain - soudain !- devant le drame que nous avons tous ressenti, ceux qui, fortune faite, ne consentent plus à payer honnêtement l’impôt, claquent des doigts et « lâchent » des centaines de millions d’euros tirées de leurs fortunes personnelles ?  C’est à croire que la révolution bourgeoise n’a jamais eu lieu.

Notre Dame appartient à la nation française. A tous. Et c’est à tous d’en prendre soin donc à l’État. C’est tout à notre honneur que le budget de la France – alimenté par nos impôts- contribuera aux réparations. Encore faut-il cesser de réduire les budgets réservés à la préservation, l’entretien et la restauration d’un patrimoine culturel remarquable. Le mécénat privé peut être un relai. Qui dirait non ? Mais l’afficher ainsi et s’en remettre à lui comme une divine providence ? Auquel titre?

Notre Dame de Paris compte parmi les trésors nationaux que les Français respectent intimement. En silence. Sans ostentation. C’est ici la marque d’un vieux pays, de son peuple bigarré, récalcitrant et humaniste. Cette pensée-là m'anime plus et me rend plus fier que les chèques de milliardaires prompt à la charité mais avares du partage des richesses accumulées.

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