Le coup de gueule des petites mutuelles

Le coup de gueule des petites mutuelles

Le président de l'Association de proximité mutualiste dénonce les frais de gestion des poids lourds du secteur et milite pour la généralisation d'un chèque complémentaire santé.


Selon Jean-Louis Span, les conditions de la mise en place de l’aide à la complémentaire santé (ACS) écartent les petites mutuelles.
Menacées de disparition, inquiètes devant l'évolution du secteur mutualiste, les petites et moyennes mutuelles craquent. Réunies au sein de l'Association de proximité mutualiste (ADPM), qui tient son congrès à Clermont-Ferrand depuis hier, une cinquantaine d'entre elles lancent aujourd'hui un coup de gueule. Leur président, Jean-Louis Span, explique pourquoi une motion dénonçant l'abandon de l'esprit mutualiste et les menaces qui planent sur la santé des Français sera votée. Décryptage.

Votre motion s'intitule « Rendre la santé aux Français ». Pourquoi ?
Jean-louis Span. La santé est aux mains de quelques technocrates dont on ne sait pas ce qu'ils veulent en faire. On a étatisé les complémentaires santé par des décrets qui imposent, par exemple, de prendre en charge les dépassements d'honoraires, l'optique ou le dentaire. Si on n'applique pas ces mesures, nos contrats sont sanctionnés fiscalement. A quoi servent alors nos assemblées générales, nos conseils d'administration, si tout est imposé ?

Ces mutuelles se sentent-elles menacées ?
La réforme de 2013, qui généralise d'ici à 2016 la complémentaire santé pour tous les salariés, a failli nous tuer en nous retirant les salariés au profit des institutions de prévoyance qui étaient déjà dans la place. Heureusement, le Conseil constitutionnel s'est opposé aux clauses de désignation, qui écartaient de fait les petites mutuelles de cet énorme marché.

Le danger est donc écarté ?
Pas du tout ! Nous attendons un décret sur la prise en charge des bénéficiaires de l'aide à la complémentaire santé (ACS). Ensuite, un appel d'offres sera lancé afin de sélectionner la trentaine de mutuelles qui devront gérer les quelque 2 millions de bénéficiaires de l'ACS. Là encore, du fait de certaines contraintes techniques, seules les grosses mutuelles pourront candidater, alors que nous avons aidé beaucoup de personnes à monter des dossiers d'ACS et que nous faisons un gros travail de terrain -- délaissé par les grosses mutuelles. Pour la première fois, l'octroi de cette aide sera conditionné à l'adhésion à un organisme déterminé. Fini la liberté si on veut bénéficier de l'ACS. C'est, de notre point de vue, une vraie dérive.

L'esprit mutualiste a-t-il disparu ?
Oui ! Les grosses mutuelles sont concentrées sur la réorganisation du secteur qui voit disparaître 80 mutuelles par an. Pendant ce temps, les frais de gestion des grandes mutuelles dépassent les 20 %,
quand nos adhérents les limitent à 12 %. Où est l'intérêt de concentrer ?

Que proposez-vous ?
D'abord, il faut rétablir la solidarité intergénérationnelle qui figurait parmi les valeurs de la mutualité. Aujourd'hui, on segmente les assurés, ça met en danger la couverture des futurs retraités qui ne pourront s'offrir une complémentaire. Et nous militons surtout pour la généralisation du chèque complémentaire santé. Délivré par l'employeur, ce chèque permettrait à chacun de choisir sa complémentaire et son niveau de couverture.

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