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Billet de blog 15 janv. 2012

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Les trans, victimes oubliées du scandale des prothèses PIP?

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Le scandale des implants mammaires douteux de la société PIP ne concernent pas que les femmes.

Voilà un article paru le vendredi 13 janvier dans Les Nouvelles de Tahiti.

"Témoignage

PIP : les trans aussi sont concernées

Publié le vendredi 13 janvier 2012

Mahana, 31 ans, porte des implants mammaires de la marque PIP depuis quatre ans. Elle n'a pas choisi l'opération pour une question esthétique mais pour “changer de vie”. Mahana est transsexuelle. Elle a accepté de témoigner pour porter la parole de cette population oubliée.

Mahana, transsexuelle de 31 ans ne regrette pas son opération. Elle l’a fait pour gagner en assurance et mieux s’accepter. Elle avait confiance en son chirurgien et attend maintenant son rendez-vous de contrôle : “S'il y a une fuite, là je m'inquiéterai vraiment.”

Il n'y a pas que les femmes à être concernées par les prothèses douteuses de la société PIP. Il y a aussi les transsexuelles. Comme toutes les autres victimes de scandale, celle-ci ne témoignera pas à visage découvert. Parce qu'elle pense à sa famille, à ses collègues de travail mais aussi parce qu'elle n'a pas l'âme d'une militante. C'est elle-même qui a choisi son prénom d'emprunt : Mahana, comme le jour, “pour qu'on arrête d'associer les trans au monde de na nuit”.

Car si elle a accepté de témoigner, c'est pour porter la parole d'une catégorie de personnes précaires, pour la plupart sans emploi, souvent associées au monde de la prostitution et “qui galèrent pour changer de vie”. “Dans tous les articles qui sont passés dernièrement, on ne parle que des femmes et on oublie les trans. Mais elles sont également concernées.”

Pour elle, les hommes ne devraient pas non plus se désintéresser du sujet et voir le scandale PIP comme uniquement un problème de femmes. Elle évoque ces maris qui ont payé l'opération à leur femme ou ces clients qui appuient sur la pédale du frein quand ils voient une poitrine imposante sortir de la pénombre… “Il ne faut pas non plus oublier que ceux qui en bénéficient, ce sont les hommes.”

Si la plupart des femmes qui se sont fait poser des implants mammaires l'ont fait pour des raisons esthétiques, Mahana, 31 ans, boucles d'oreilles rouges et décolleté plongeant, l'a fait pour se sentir femme : “On regarde uniquement le côté joli. Mais moi, je l'ai fait pour gagner en assurance, pour valoriser ma féminité et mieux m'accepter”.

Alors, malgré les révélations, elle ne regrettera pas son opération qu'elle espérait “depuis toute petite”. C'est d'abord le regard des gens qui a changé. “Quand je traversais la route, les voitures s'arrêtaient. Ce qui n'arrivait jamais avant. Une poitrine, qu'elle soit énorme ou pas, c'est quelque chose qui donne un autre statut.” Le comportement de ses collègues de travail, qui ne savaient pas s'il fallait dire il ou elle, s'est fait plus naturel. “Cette opération a radicalement changé ma vie.”

Lorsqu'elle a entendu parler de l'affaire, d'abord sur Internet, ensuite dans les médias traditionnels, Mahana a paru surprise mais pas inquiète. Elle attend de se rendre à son rendez-vous de contrôle. “S'il y a une fuite, là je m'inquiéterai vraiment.”

Il y a quatre ans, lorsqu'elle a décidé de sauter le pas, Mahana a consulté les trois chirurgiens plastiques de la place et s'est tournée vers le docteur Blanquart, comme la quasi-totalité des porteuses d'implants PIP de Polynésie. Même si ses tarifs étaient un peu plus élevés que ceux pratiqués par ses confrères, il avait la réputation d'être “le meilleur dans le domaine”. Coût de l'opération : 520 000 Fcfp, tout compris.

“En toute honnêteté, je ne me posais pas ces questions. J'avais confiance en Blanquart, je me disais qu'il savait ce qu'il faisait. Ce qui m'importait, c'est que l'opération se passe bien et que le résultat soit joli.”

Selon l'avocat de métropole Philippe Courtois, qui défend 1 300 plaignantes françaises, l'entreprise PIP était au courant des problèmes causés par les fuites de silicone dès 2007.

Lors de la réunion constitutive du syndicat regroupant les victimes de ces prothèses défectueuses, mercredi soir, Mahana a trouvé la quinzaine de femmes présentes “inquiètes et déroutées”. Si elles se sont regroupées, c'est d'abord pour avoir des réponses à leurs interrogations à propos d'une éventuelle prise en charge. Car elle ne sait que croire entre les différentes rumeurs qu'elle a pu entendre. Une confusion entretenue par la CPS qui n'a, en fait, toujours rien décidé. “Je pense qu'ils sont dépassés par le problème.” Consciente de la situation financière difficile du Pays, elle suppose que “la CPS n'est pas prête à débourser une telle somme pour des titi”.

Elle espère que la création de ce syndicat permettra à des transsexuelles de se faire connaître et plus globalement de peser davantage dans les discussions pour être sûres que leur réopération soit prise en charge par la CPS. “Si elles y vont toutes seules, elles auront du mal à gagner. Alors que si on se regroupe et qu'on porte plainte en commun, cela aura plus de poids.”

Serge Massau

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