Ce sont des purs, des durs... Ils y croient depuis toujours. Ils sont fidèles et ne bougeraient pas d'un iota leurs convictions. Ils ne veulent pas de compromis, hors la rupture, dans leur genre, ils sont aussi TINA (there is no alternative de Thatcher). S'il faut une révolution... s'il faut suspendre les libertés individuelles, ils seraient même prêts à l'accepter. La vie politique, ils la décryptent avec le même point de vue, depuis des décennies. Leur analyse aboutit toujours à un constat dichotomique opposant les vilains capitalistes, les anglo-saxons, aux gentils travailleurs paupérisés et exploités. Au terme d'un parcours de militance et blindés de conviction, c'est finalement l'aigreur qui subsiste après un chapelet de défaites. Celle du héro des Insoumis, l'autoproclamé Mélenchon clôt la liste à ce jour. Quel paradoxe de miser sur l'homme providentiel quand on soutient la vraie cause du Peuple !
Leur vérité repose sur des arguments démagogiques dénonçant la seule cause des dysfonctionnements sociaux et économiques actuels qui vaille à leurs yeux : la rapacité capitaliste avec son injuste répartition des richesses (que dénoncent Piketty et même le FMI). Malheureusement, même si cette dénonciation allait à son terme, cela n'aurait que peu d'effet et fait passer à côté de l'essentiel, toutes les autres causes de la crise actuelle : environnement, climat, surpopulation, marchés saturés et de renouvellement, transformation numérique et... péréquation résultant de la mondialisation.
Les "vrais" gens de gauche mettent toujours en avant la relance keynésienne comme si notre planète polluée, épuisée, surchauffée pouvait encore soutenir la croissance quantitative sur tous ses continents. Comme si le travailleur occidental (qui "profite" quand même d'un niveau de vie élevé dans un Etat à l'infrastructure fragile mais encore debout) pouvait espérer que huit milliards de bouches à nourrir dans un environnement dégradé n'auraient aucune incidence sur ses niveau et confort de vie. Alors que des milliers de gens, toujours plus nombreux, se précipitent, au péril de leur vie, "chez nous" pour y survivre.
Pour moi, la véritable voie de salut se trouve dans une coopération et un partage mondiaux, de sorte de rééquilibrer les richesses vers les pays démunis mais surtout d'arriver à sortir du productivisme et du consumérisme avec les moindres casses et tensions, sociales et internationales. Les apprentis sorciers du nationalisme et des identités culturelles ou religieuses me semblent un aussi gros obstacle (si ce n'est plus) que les partisans d'un système économique qui tend à minimiser les différences. On pourra toujours objecter que les seconds nourrissent les premiers mais n'est-ce pas un raisonnement facile quand les difficultés résultent de multiples autres causes ?
La vision économique de la "vraie" gauche serait presque excusable si cela n'était qu'artifice démagogique mais tristement, ils croient dur comme fer à leur justesse de leur vue... Celui qui les ose les contredire est soupçonné de "collaboration" : eux sont véritablement "de gauche" quand leur contradicteur est jugé "de droite" sous camouflage. Pourtant, rares et partiaux sont les aboutissements positifs qu'ils peuvent invoquer (à l'actif de politiques conduites ailleurs - ouf !). Et ces aboutissements ont toujours un prix à commencer par la privation de liberté politique (qu'on minimisera en la jugeant bourgeoise et individualiste). Là aussi, ils cèdent à la facilité... Et pensent pouvoir imposer ce "choix" au Peuple dont ils se sentent les éclaireurs à défaut des guides...
En définitive, ils s’accommoderaient d'un régime d'extrême droite qui aurait au moins ce mérite à leurs yeux de légitimer voire de rendre héroïque leur combat : une sorte de néo-Résistance qui porterait en germe l'opportunité d'installer enfin un régime conforme à leurs vues. L'amertume dans laquelle cette "vraie gauche" se trouve à l'issue de ce premier tour d'élection les incite à faire le pari du pire !