La "Loi Bouchart" est passée !

Le 10 décembre, le sénat a donc adopté la proposition de loi de Madame Bouchart, sénatrice-maire de Calais, visant à faciliter l’expulsion des squatteurs.

Cette proposition de Mme Bouchart était basée sur l’histoire du Squat Hugo, dont les faits ont été allègrement déformés par la municipalité.  En effet, Mme Bouchart a insisté sur une histoire de petite mamie qui se serait retrouvée à la rue en sortant de l’hôpital car des No Border squattaient sa maison avec des migrants… En réalité, la propriétaire de 80 ans n’avait jamais habité cette maison qui était vide depuis deux ans.  Les No Border avaient ouvert ce squat pour y loger (et donc mettre à l'abri du danger) des femmes (dont certaines enceintes) et des enfants.

C’est donc sur une communication basée sur un mensonge que ce projet de loi a fait son apparition…

Alors, elle va servir à quoi cette nouvelle loi ?

A redorer le blason de Mme Bouchart auprès des électeurs d’extrême droite… A lui donner une certaine crédibilité (dont elle a grand besoin).

Parce que dans les faits… On a de quoi rire… Ou pas d’ailleurs.

En réalité, Mme Bouchart n’a jamais eu besoin de cette nouvelle loi pour gérer sa ville comme bon lui semble…  La loi n’a d’ailleurs pas été souvent appliquée par Mme Bouchart, pour preuve les affaires suivantes :

1/Le premier squat expulsé et muré en une journée se situait rue Caillette. La raison de cette opération expéditive : un décès. Le squat a donc été muré pour raison de « zone de crime et enquête » en août 2013. On peut considérer que le motif est cohérent, cependant, la procédure d’expulsion engagée par la municipalité contre ce squat avait été infructueuse et elle devait redémarrer à zéro.  Reste un fait clair, le squat a été expulsé et muré à vitesse record… Et sans décision du juge.

2/Septembre 2013, rue Mouron, le squat connu sous le nom de Beer House car installé dans un ancien hangar Cash and Carry a été expulsé sur décision de la municipalité pour raisons d’hygiène et de sécurité alors que les propriétaires (vivant en Grande-Bretagne) restaient introuvables. La loi qui vient de passer n’a donc pas été indispensable pour permettre à la municipalité de faire expulser le squat sans la présence ou une plainte des propriétaires …

3/Juin 2014… Deux petits squats ont été expulsés violemment   le lundi de Pentecôte à 18h et un dimanche à 20h30… Pourtant, les squats étaient ouverts depuis plusieurs jours et il existait notamment un contrat EDF qui prouvait une occupation de plus de 8 jours.  La Loi Bouchart n’était pas non plus indispensable à ce moment là concernant le respect d’un délai de 48 ou 96h au-delà duquel un squat n’était plus « expulsable » !

4/Les squats  des rues Auber, Vic et Masséna ont été expulsés lors de la rafle du 2 juillet 2014. Pourtant, ces squats attendaient une décision du JEX (Juge de l’Exécution) début septembre. La décision du JEX, début septembre  donc: un délai de trois mois avant expulsion, mais qui du coup ne servait plus à rien…  Là encore, personne n’a eu besoin de respecter la loi, personne n’a eu besoin de la nouvelle loi Bouchart…  Madame Bouchart fait la loi qu’elle veut.

On est forcément amené à se demander si en réalité, les expulsions ne s’organisent pas en fonction de besoins politico-médiatiques…  Et dans ces cas là, tous les prétextes et tous les moyens sont bons.

Par exemple, actuellement, il existe un camp (Tioxide), sous le coup d’une décision d’expulsion… Et un squat (Galoo) pour lequel le juge a prononcé l’expulsion… Mais ils ne sont pas expulsés, le Préfet Denis Robin s’y oppose pour le moment.  Ces deux endroits accueillent près de 2000 personnes, il serait malvenu de les expulser actuellement sans apporter de solution. C’est pour cette raison qu’ouvrira prochainement le Centre d’Accueil de Jour Jules Ferry : donner l’impression que le problème est réglé et que donc il est légitime d’expulser…  Alors qu’en réalité, lorsque les expulsions auront lieu, elles mettront simplement 2000 personnes à la rue sans aucun abri pour la nuit…

Hypocrisie et manipulation politicienne pour masquer l’incompétence et une situation  aussi inhumaine qu’intolérable…

Une question se pose également : quid de la trêve hivernale ? Le sujet est flou… Si un squat est « expulsable » au bon vouloir du maire, les personnes qui cherchent à s’abriter pour l’hiver seront-elles à l’abri ?  

Quoiqu’il en soit, cette nouvelle loi, ce coup de com magnifique pour Mme Bouchart est bel et bien une fumisterie. Car il est fait une distinction entre un domicile et un bâtiment vacant (voire abandonné). Et c’est bien de ce genre de bâtiments vacants dont on parle à Calais, car il n’y a pas de domicile squatté, il n’y a pas de vacanciers qui retrouvent des migrants chez eux en rentrant…  Le faire croire était un coup de maître. Au moins, quand Mme Bouchart a envie de gloire, elle sait comment s’y prendre, elle devrait mettre autant de cœur à chercher de véritables solutions à la détresse qui a envahit Calais, qu’elle soit celle des exilés ou des calaisiens à bout de souffle…  On aura tous eu plaisir également à constater que du coup, exceptionnellement elle était présente au Sénat !

Il parait que quand on veut on peut… Le problème est là, ce que veut Mme Bouchart n’a aucun  autre objectif que celui de servir sa carrière.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.