MARISCAL, rencontre avec un artiste d'harmonie et de douceur.

Rencontre avec Mariscal, à l'occasion de la sortie de son premier album "Plus le temps".

Comme j’aime parler des choses que je découvre et qui éveillent en moi des émotions multiples, je suis heureuse de vous raconter une belle découverte, une rencontre artistique et humaine vraiment singulière. 

album-mrscl

D’abord, c’est l’écoute d’un album, « Plus le temps », le premier de cet artiste, Mariscal, que je ne connaissais pas. Cet album est un voyage dont ce qui est surprenant à la première écoute c’est le changement de tempo. On est dans un élan dans « Je marche je respire », avec « Le cimetière de l’amour » on plonge dans un univers hypnotique comme un requiem, on a envie de danser avec « Le coton à même la peau »… Mais toujours, le rythme, l’harmonie et cette voix de Mariscal : claire, douce, chaleureuse.

Les textes sont d’une beauté et d’une poésie et nous emmènent dans des histoires que l’on voit défiler, dans lesquelles parfois on se reconnait, on se (re)vit, on reconnait des proches. Simplement parce que Mariscal est ce regard bienveillant sur l’autre, il nous raconte des instants de vie, son écriture a donc quelque-chose d’universel.

Alors forcément, j’avais des tas de questions à lui poser, et il s’est prêté au jeu avec naturel et spontanéité.

Grégory Mariscal a 40 ans, il chante, écrit, joue depuis ses 11 ans, il a commencé dans un atelier vocal à l’école, tous les midi et n’a jamais « déscotché de l’affaire ». On comprend très vite que poser des mots et leur donner vie c’est ce qui l'anime « écrire fait partie de mon corps, de ma vie », il aime ce qu’il fait pour une raison simple : Mariscal est homme attaché au partage, et pour lui l’important ce sont les rencontres, celles qu’il raconte, celles qui nourrissent son travail.

Techniquement, il s’est lancé un défi pour cet album : celui de composer la musique avant d’écrire les textes. C’est donc en partant d’une mélodie, avec parfois un mot ou une phrase, qu’il a commencé son travail. Très attaché à la voix, aux harmonies vocales, il a passé du temps à travailler les détails, les arrangements. Mais comme Mariscal est un artiste de partage, cet album est le fruit d’une rencontre et d’une complicité avec Jeff Hallam, musicien américain qui a contribué à l’élaboration de cet album. C’est avec plaisir que Mariscal a intégré dans ses créations les propositions des musiciens qui ont travaillé avec lui sur cet album, que ce soit au clavier ou aux cordes. C’est ce qui crée cet univers si particulier, unique. Une démarche naturelle pour lui : « ça vient du spectacle vivant, j’ai appris à collaborer, me servir de la science de l’autre pour monter un truc sinon c’est un plaisir égoïste ». Mais une fois la musique composée, il fallait produire les textes. L’écriture s’est donc faite à la fois dans l’urgence, tout en prenant son temps, en y revenant tous les jours. Il écrit beaucoup, raye, garde quelques morceaux de phrases, y revient, cherche le mot qui va correspondre au son qui va permettre l’harmonie sonore, la bonne vibration…

L’essence de son travail artistique, c’est qu’il fixe un instant T dans sa mémoire, puis y revient et en décortique le souvenir, le ressenti, l’ambiance. Ces petites sensations parfois très courtes, il les étire et nous les offre en de petites histoires.

Pour la sortie de son album, huit courts-métrages ont été réalisés par Andy Maistre et on y retrouve cette chaleur, ce regard bienveillant sur la vie, sur ceux qu’il croise. L'épisode 1, "Buvons", à voir ici.

Là encore, une belle aventure humaine autant qu'artistique, et Grégory Mariscal a été présent à chaque instant, spectateur, acteur « on raconte une histoire en commun. J’avais envie de voir, de sentir ce qui se passait ».

Andy Maistre a su mettre en images d’une manière remarquable ces instants de vie, déroulant le fil de l’album au travers de personnages qui se croisent d’un film à l’autre. Dans ces images, on sent le caractère humble de Mariscal, il apparaît, disparaît, réapparaît, tel un fantôme. Ce n’est pas lui qui est mis en avant, mais la musique, les textes, les personnages et des images qui nous transportent de la grisaille d’une rue au soleil méditerranéen en passant par un port de pêche ou un terrain vague. Mais chaque univers nous touche. La sensualité dans « Le coton à même la peau », dans cette chaleur de l’été qui éveille les sens par une lumière qui transcende, la joie et la légèreté avec « Buvons », la résilience et la force avec « Je marche, je respire »… On vit avec ces personnages, et avec Mariscal nous devenons témoins des ces rencontres. Voir "La rue des Corps Saints" ici.

Cet aspect cinématographique est très important pour Mariscal, lorsqu’il écrit, il a déjà les images en tête, les chansons qu’il écrit sont des petits films dont il n’est que le témoin fantomatique mais bienveillant.

Evidemment, si ce travail de création est primordial et intense, le but ultime est d’aller sur la scène se confronter à ceux qui l’écoutent. Mariscal n’écrit pas pour lui, ne chante pas seulement pour le plaisir, mais pour partager et rencontrer, encore et toujours. Il fait plus qu'interpréter, ses concerts sont des spectacles mis en scène avec soin et imagination. Voir "Je marche je respire" en live, ici.

Et la scène, Mariscal connaît bien, avant la création de ce premier album, il a fait 200 dates de spectacles… Ce disque est le résultat de rencontres, de réflexion.  On lui a souvent demandé « à quand un disque ? », il a fini par passer à l’acte, même s’il y a longtemps été réticent, n’ayant pas l’envie de passer par l’industrie de la musique dont il se sent trop éloigné. C’est donc Kévin Douvillez avec LA FAMILIA qu’il connaît depuis 2010, qui s’est chargé de la production. Encore une fois, on retrouve l’aspect collaboratif et humain dans la réalisation de ce projet qui aura mis un an à voir le jour.

Je n’ai pas pu m’empêcher de tomber amoureuse de la chanson « La rue des Corps Saints » qui me fait autant penser aux exilés qu’aux sans-abris et aussi aux jeunes qui se cherchent une voie. Dans cette chanson, la musicalité m’a fait penser à l’artiste Fredo Viola, avec quelque-chose de solennel, grave et plein d’espoir en même temps. Et en parlant avec Mariscal je découvre que l’origine de cette chanson est une découverte marquante lorsqu’il a joué dans le camp de migrants de Grande-Synthe avant qu’il ne brûle. Il a été très touché par ces ombres qui marchaient dans le froid et le brouillard, puis par la rencontre de ces hommes et femmes qui survivaient dans des conditions extrêmes et avaient quand même des sourires à offrir… Mais la Rue des Corps Saints est aussi une rue du village de Saint-Josse, et il existait un conflit avec le visage voisin concernant la propriété de cette rue… Alors Mariscal et les artistes qui l’accompagnaient ont décidé d’en faire quelque-chose : ils ont proposé aux habitants des deux villages de marcher ensemble dans cette rue, de remonter jusqu’à l’église et d’y chanter.  Réconciliation avec l’autre, respect, bienveillance encore.

Au sujet du camp de Grande-Synthe, Mariscal cite Jacques Brel : « il faut aller voir », et d’ajouter « c’est une phrase que je garde, le fait de se mettre en route, la phrase de Brel continue avec « là où on va craquer »… On a vu de vrais sourires et de l’espoir, quelle chance on a eu de rencontrer ces gens. » Bien entendu, il a aussi ressenti la colère, et pensé à tous ceux qui justement ne mettront jamais les pieds dans cette réalité révoltante.

Et la révolte est aussi dans les mots de Mariscal, il ne râle pas, ne revendique rien, il se contente de témoigner de cette colère, plus une tristesse en fait devant une société dans laquelle il ne se sent pas forcément à l’aise « mais je suis là donc faut que je fasse des trucs. Y’a  pas de tendresse, pas de douceur, on raconte des conneries sur le pouvoir d’achat, on demande aux gens de faire de la merde pendant 40 ans de leur vie mais pourquoi ?  », Mariscal trouve cette société bizarre et a souvent envie de partir, ailleurs, et on retrouve ce sentiment dans  « All the worl flees ».  Pour lui, si chaque personne essaie de faire du mieux qu’il peut, c’est positif, et lui-même se concentre sur ce positif. Espérer le mieux, comme « Si sur un regard on pouvait changer le visage de l’homme qui tire, décidé » …

Finalement, Mariscal est un homme profondément humain, sa musique, ses mots, son univers sont ce regard que nous attendons tous, quelque-chose de chaleureux, de doux, de réconfortant. Une chose qui arrive naturellement, sans calcul, parce que justement Mariscal ne fait rien en pensant à ce que l’on attend de lui, mais crée avec le cœur en s’appuyant sur la vie : «Le hasard des rencontres qui me font avancer, sans calculer. Je réagis à des choses… »

Mariscal est concerné par l’Humanité, et se dit que si quelques personnes peuvent entendre ses mots et en être touchés, parfois prendre conscience de différentes choses,  c’est une belle chose « J’exprime et j’espère que ça fera son chemin. On est jamais sûr de rien on ne peut qu’espérer. La bienveillance est une qualité que j’essaie de nourrir.  Il faut vraiment travailler à l’être ».

Dans « Plus le temps », il dit « Plus le temps nous blesse, plus on le déteste ».  Quand je lui demande si le temps l’effraie, il répond spontanément  « Oui absolument, je suis effrayé par le temps qui passe et en même temps j’ai l’impression d’en avoir. Le temps c’est une notion. C’est différent pour chacun. On travaille à soigner les blessures, à ce que ça coule à l’intérieur de soi, qu’on soit amoureux, plus bienveillant. »

Mariscal a pris le temps de construire ce projet, de nous proposer cet album, et il a bien fait. Il continue son chemin, sans chercher à se projeter trop loin dans l’avenir, il vit, il rencontre, il partage.

Un artiste tout en douceur, en harmonie autant musicale qu’humaine, aux qualités d’auteur et de compositeur indiscutables. Donc un artiste à découvrir, son album sorti le 2 mars s’appelle « Plus le temps », et j’ai envie de dire qu’il faut prendre le temps d’écouter la voix de Mariscal nous raconter des histoires, nous réchauffer, nous emporter « quelque-part où jouer c’est beau »…

Suivre l'actualité de MARISCAL, lien vers sa page Facebook ici.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.