Le Mur de la Honte !

L’appellation peut sembler violente, « Mur de la Honte »…

Pourtant, il faut comprendre les enjeux et les conséquences de ces kilomètres de barbelés que l’on installe à Calais…

On nous parle de sécuriser l’accès au port, de redonner la tranquillité aux routiers et de préserver l’économie de la ville.

« Sécuriser », vraiment ? Ou donner le sentiment d’être menacé ? Car c’est quand il y a des menaces, des guerres, des risques terribles qu’on érige des murs, des grilles et qu’on pose des barbelés. Le simple fait de les voir rappelle constamment qu’il existe un risque… A Calais,  c’est le risque de voir des êtres humains tenter de monter dans des camions pour se sauver, pour prendre la fuite de cette ville où ils sont maudits et harcelés.

Monter dans les camions…  Interdit, parce que l’Angleterre en profite pour faire de l’argent en collant des amendes aux routiers…   Pourtant, un chauffeur routier est un professionnel du transport de marchandises.  Les autorités britanniques, en imposant une amende en cas de passager clandestin à bord, partent du principe que le chauffeur est suspect d'office. C’est pratique, facile et surtout, ça peut rapporter gros ! Pourquoi personne ne cherche à se mobiliser pour que cette sanction arbitraire qui pèse sur les épaules des routiers ne soit pas tout simplement supprimée ? L’hypocrisie et le cynisme de L’Angleterre pousse donc le bouchon très loin : financer à hauteur de 15 millions d’euros la sécurisation du port de Calais en partie avec l’argent extorqué aux routiers !

Mais les grilles vont-elles résoudre le problème des routiers ?  Non… Le problème se déplace. Car les exilés continueront de tenter leur chance, ils s’y prendront plus tôt sur la route. Alors la tranquillité des routiers… J’ai bien peur qu’elle ne soit qu’un leurre.

L’économie… Donc la seule économie à Calais c’est le transit ? Le port ?  Ok… Quid des hôtels, des boutiques, des restos, des bars ?  Est-ce qu’une ville habitée par des kilomètres de barbelés se prête au tourisme ?  Il ne souffre pas déjà assez comme ça le centre ville de Calais ? Est-ce que l’ambiance « sous haute surveillance » se prête au tourisme ? Est-ce que ce n’est pas prendre un risque terrible pour la ville que donner le sentiment que Calais est une ville dangereuse ?  Je suis perplexe…  Nouvelles vacances : allez à Calais et faites la balade le long des barbelés, avec un peu de chance vous y verrez des CRS matraque à la main courir après de jeunes exilés… Chouette !  Ou pas.

On mise tout sur la « sécurisation », en réalité on renforce surtout le sentiment d’insécurité qui va finir pas se justifier réellement !

Car il y a des réalités que les autorités et ceux qui se revendiquent « anti migrants » n’ont pas l’air de comprendre.

Ils sont là ! Actuellement plus de 2500 personnes qui fuient des phénomènes terribles (guerres, dictatures, massacres, esclavage…). Ils ne peuvent pas repartir chez eux ! Ils n’en ont pas la possibilité. Pour beaucoup, un retour c’est un retour vers le néant : plus de famille, plus de maison, plus de ville. Pour d’autres c’est un retour à la mort dans des endroits où ils sont pourchassés par des gangs armés proches de terroristes. Pour d’autres c’est simplement impossible de renoncer si près du but alors que leur famille a tout donné pour leur permettre de partir.  Ils sont attendus, parfois par un parent, un frère, un enfant, un époux, une épouse déjà passé depuis peu ou depuis trop longtemps.  Renoncer alors que c’est à Calais la plus courte distance qu’il leur reste à parcourir alors qu’ils ont déjà traversé des milliers de kilomètres ? Qui le ferait ?

Alors ce mur qui se dresse à présent devant eux, ne va mener qu’à des prises de risques encore plus importantes, et donc à plus de morts.  Il contraint les exilés à rester à Calais !  Plus le temps de séjour à Calais est long, plus il devient difficile de survivre dignement. Et ça, les mafias l’ont bien compris.

Ce mur, au-delà de tout le symbole innommable qu’il représente, c’est un cadeau  aux mafias qui vont devenir le seul moyen de tenter sa chance.  On l’a vu depuis plusieurs mois, des gars douteux se sont installés à Calais. Mais eux sont propres, ils fréquentent les terrasses chauffées des bars de Calais nord, ils ne sont pas refoulés à l’entrée des magasins… Ils ont des papiers. Ils prennent le pouvoir.  Ils ont les moyens de faire passer les exilés.  Ils ont les moyens de faire se prostituer les exilé(e)s. Ils ont les moyens de pousser les plus jeunes à commettre des délits pour pouvoir payer le passage…  Et ils ne sont pas inquiétés.

Ce mur rend la survie de plus en plus difficile, simplement parce que le temps à passer à Calais s’allonge.  Mais qui dit survie difficile, dit « plus rien à perdre »…  Imaginez que vous viviez dans la boue, sans accès à l’eau, à dormir sous une bâche par temps de pluie et/ou températures négatives, que vous ne puissiez pas manger à votre faim, que les CRS viennent vous contrôler quotidiennement en vous sortant de votre abri au réveil à coup de gaz lacrymogène… Et qu’en plus une partie de la population vous regarde comme de la merde, vous insulte, ou change de trottoir en vous voyant de peur que vous soyez un danger. Imaginez que vous ayez perdu vos amis dans le voyage, morts noyés ou assassinés.  Imaginez que vous soyez en manque de ce qui faisait votre vie avant et que même avec toute la volonté du monde, vous ne retrouverez jamais, parce qu’il n’y a plus rien. Imaginez que vous soyez à bout de nerfs, d’espoir, de possibilités et que la colère gronde en vous.  Vous ne seriez pas prêts à tout pour survivre et y arriver quand même ?

Ce mur est la preuve concrète que les autorités se foutent royalement des droits de ces populations migrantes. Les autorités, mairie, préfecture, état se foutent du quotidien des calaisiens. Les autorités pensent politique, et profit.

A qui profite le Mur de la Honte ?

A madame Bouchart qui peut se vanter devant une population de plus en plus intolérante de faire de la politique anti-migrants. Elle est contente Mme Bouchart de voir des barbelés dans sa ville… C’est vrai, ça cadre parfaitement avec l’appel à délation…

Le préfet, il est content aussi le préfet… Lui qui se targue d’être le garant de la sécurité, il peut enfin montrer que c’est lui le shérif.  Et puis les violences policières, il va continuer à les nier. Et quand on ne comptera plus les morts à cause des prises de risques insensées, il dira que de toute façon ces « migrants » avaient pour projet de violer la loi française, alors il ne pouvait pas les aider humainement… Comme si laisser des gens vivre dans la boue n’était pas violer les valeurs fondamentales de notre république !

Il va être content le Ministre de l’Intérieur… Vous avez vu, il est fort, il est venu, et hop, un mur ! On va peut-être même l’appeler le mur Cazeneuve ? Et puis il a donné les moyens à la ville de gérer la situation : y’a plein de policiers en tenue de Robocop pour courir après les exilés ! Et des matraques, et des gaz lacrymogènes, mais vous comprenez, les policiers font un travail difficile… 

Il va être content Mr Valls ! Premier ministre sinistre qui contribue activement à faire de la situation un enfer ! Lui qui avait promis des maisons de migrants, lui qui était venu à Calais pour proposer des solutions concrètes… Bah du barbelé c’est concret ça au moins.

Comme il va être heureux notre bon président Hollande… Enfin une politique autoritaire.  Une main moite dans un gant de fer ? Des barbelés pour faire plaisir aux électeurs de droite et d’extrême-droite, on ne sait jamais, sur un malentendu ça pourrait passer ? Ou comment tenter désespérément de regagner des points en reniant les valeurs de la gauche…

Il est honteux ce mur, parce que toutes les raisons qui motivent sa construction sont écœurantes. Parce que ceux qui en décident sont aveuglés par un carriérisme malsain. Parce que ça ne résoudra rien et que ça ne va que rendre les choses plus difficiles. Pour tous.

15 millions d’euros pour des barbelés… A quand les miradors et les mitraillettes ?

Et pendant ce temps là, il y a des enfants qui dorment sous des bâches. Il y a quelques jours, un enfant de 4 ans et son papa dormaient dehors sans même une couverture… 

On a le sens des valeurs dans ce pays !  Ou pas…

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.